‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 58 sur 533 · Cf. éd. de Ruble, V, 307, avec Il, 331-332, et IL · texte numérisé non relu

Cf. éd. de Ruble, V, 307, avec Il, 331-332, et IL

3. Cf. I, 5-7, avec II, 455-456, et I, 10-14, avec IT, 505-507. — Ces rapprochements ont été indiqués par de Ruble qui croit, d’ailleurs, que Florimond de Ræmond n’a pas donné le Preambul parce qu'il en a Jugé la publication inopportune « trois ans à peine après la mort de Henri II, sous le règne d’un prince de la maison de Navarre, propre neveu de Condé et l'héritier de sa cause, quand les passions soulevées par la Ligue étaient arrivées au plus haut point d’exaltation » (1, x1x). En fait, l'éditeur des Commentatres n'a pas publié ce morceau parce qu'il ne la pas connu; dans la copie dont il s'est servi,:il était

fondu dans l’ouvrage,

elle avait été surtout narrative; elle est maintenant didactique et oratoire.

A travers tous ces remaniements, l’auteur n’a pourtant pas perdu de vue qu’il a voulu, bien qu’il s’en défende, être historien. Il se préoccupe aussi de rendre, à ce point de vue, son livre plus parfait. Il ne lui suffit pas de prolonger son récit en y ajoutant le texte de la lettre qu'il écrivit au roi au lendemain de sa disgrâce et en dictant un supplément. L'idée lui vient de contrôler son témoignage par d’autres témoignages, de rechercher ce que d’autres ont dit avant lui des événements qu’il raconte. Il ne songe pas à le faire pour la dernière période de sa carrière; 1l prétendait la mieux connaître que personne et était sûr de sa mémoire; n’avait-il pas d’ailleurs devancé les historiens de profession ? Il n’en était pas de même pour les époques lointaines correspondant aux règnes de François I et de Henri IT. Là, 1l avait intérêt à s'assurer de l'exactitude de ses souvenirs. D’autres avaient déjà fixé pour la postérité l’histoire des guerres auxquelles il avait pris part. Il existait des livres où lon parlait de Pavie, de Cérisolles, de Sienne, de Thionville. Il se les procura et se les fit lire. Une comparaison attentive de la première rédaction et du texte définitif permet de découvrir quels furent ces livres et quel usage il en fit.

En 1569, René du Bellay, baron de la Lande, avait publié les Mémoires rédigés en 1555-1556 par son beau-père Martin du Bellay‘. L'ouvrage, dédié à Charles IX, eut un vif succès; en cinq ans, il en fut donné trois éditions nouvelles et une traduction latine”. Ces Mémoires, où l’auteur avait ajouté ses souvenirs personnels à une traduction abrégée des Ogdoades latines que son

1. Les Mémoires de messire Martin du Bellay, seigneur de Langey, contenant le discours de plusieurs choses advenues au royaume de France, depuis l'année MDATII jusques au trespas du Roy François premier, ausquels l’autheur a inseré trois livres el quelques fragments des ogdoades de Messire Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, son frère. Œuvre nouvellement mise en lumière et presentée au Roy par messire René du Bellay, chevalier de l'ordre de Sa Majesté, baron de la Lande, heritier d’iceluy messtre Martin du Bellay. À Paris, à l'olivier de P. L'Huilier, rue Saint-Jacques, 1569, in-fo,

>. Éditions de L'Huilier, in-80, en 1971 et 1573; éd. de J. Mareschal, in-80, en 1971; trad. latine de Hugo Suraeus, in-fo, en 1574. Voir V.-L. Bourrizzy, Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, 1905, pp. 398-399.

frère Guillaume, seigneur de Langey, avait laissées inachevées, embrassaient le règne entier de François I. On comprend que Monluc ait désiré les connaître. Il se les fit lire et il en fut vivement frappé. Il l’a lui-même noté : « Lisés, dit-il, ou faictes vous lire souvent les livres qui parlent de l'honneur des grands Capitaines, mesmes ceux qui ont escript de nostre temps, comme Langey ".… » Les Mémoires de du Bellay lui parurent donc utiles à Pinstruction des futurs capitaines. Mais il en avait aussi compris la valeur documentaire et il résolut de s’en aider pour reviser son propre ouvrage. Pour reconstituer sa jeunesse et cette longue période de sa carrière, antérieure à 1550, où il avait conquis laborieusement ses grades, il avait eu seulement les ressources de sa mémoire, c’est-à-dire des souvenirs fragmentaires, des faits isolés ou des groupes de faits sans lien entre eux. C’était pour Monluc une bonne fortune que d’avoir mis la main sur un livre où revivait pour lui, coordonné avec art par un véritable historien, ce lointain passé. Il allait pouvoir, grâce à du Bellay, compléter et enchaîner son récit, le rectifier peut-être. Il n’était pas assez sot pour dédaigner le moyen qui s’offrait à lui de rendre son œuvre plus parfaite.

La lecture des Mémoires de du Bellay fut, à d’autres égards, singulièrement profitable à lPauteur des Commentaires. Elle lui révéla ce qu'il n’avait pas encore soupçonné, qu'il existe des procédés pour faire un livre, qu’un auteur qui veut être lu doit certains égards à ses lecteurs; que, pour ménager leur attention, il est nécessaire d'arrêter parfois le récit, de le diviser en parties distinctes; en un mot, de composer son œuvre, de lui donner l'agrément et la beauté littéraires. C’est au contact des Mémoires de du Bellay que Monluc apprit tout cela. Après les avoir lus, il se rendit compte que le métier d’écrivain était un métier comme celui de soldat, et il s’efforça bravement de l’apprendre. Il eut l’ambition, lui qui jusque-là avait affiché le dédain des « escriptures », d’égaler le modèle qu'il avait sous les yeux ou, du moins, de limiter. Il voulut non seulement préciser et coordonner ses souvenirs, mais encore donner à son œuvre la forme qui lui manquait. | |

La comparaison des manuscrits des Commentaires et du texte

Page 1