C'est ce que prétend Paranin, 0p. cit, p. 38r
5. ParaDin, p. 382 : «Les morts en ceste bataille, qui furent de quatre à cinq mille hommes, gens de nom furent le capitaine Mann colonnel de la fanterie françoise, le colonel des Grisons. » MoxLuc : . et le cappitaine Velleron, colonel de l’enfanterie françoise, et don ile de quatre à cinq mille. » (1, 469.) — Le capitaine Valeron était en Piémont en janvier 1551; il servait de courrier entre Brissac et la cour. (Bibl. de Carpentras, ms. ne Fos 68 vo, 69 ro, 7o ro-vo, etc.) Quant au nombre des morts de Marciano, le cardinal Farnèse écrivait, le 4 août 1554, au connétable, que le marquis de
sieur de Strossi fist acte d’ung preux et vaillant cappitaine. » En revanche, la préoccupation de dissimuler son procédé apparaît dans l'emprunt le plus considérable qu’il ait fait à son devancier. Il lui doit, en effet, la fameuse page sur l’héroïsme des dames de Sienne, ajoutée après coup au passage où il parle lui-même du zèle des habitants à travailler au terrassement de Porta Ovile, la veille de la batterie (janvier 1555). IL est nécessaire, pour faire toucher du doigt le plagiat, de citer les deux textes côte à côte :
PARADIN, 0p. ctt., p. 169.
Les dames de la ville, voulans porter leur part du labeur et travail pour la defense de la liberté, se repartirent aussi en trois bandes... La première estoit la signora Forteguerra, vestue de violet, son enseigne et sa bande de mesme parure, avec une devise en ces mots : Pur ch'el sia il vero; et estoit ceste dame vestue à la nymphale d’un assés court accoustrement et monstrant la belle grève. La seconde estoit la signora Fausta Piccolhuomini, vestue toute de rouge ou incarnat, avec l’enseigne et bande de mesme, et la devise en ces mots : Pur che non lo butto. La troisième estoit la signora Livia Fausta, vestue toute à blanc avec la bande et enseigne blanche; en laquelle estoit une palme et la devise en ces mots : Pur che l’habia. A l’alentour de ces trois dames (qui sembloyent trois deesses) s’estoyent bien serré trois mille dames, que gentilz femmes, bourgeoises que autres d’apparencet.……
Moxzuc, IL, 55-56.
Au commencement de la belle rézolution que ce peuple fist de deffendre sa liberté, toutes les dames de la ville de Sienne se despartirent en trois bandes : la première estoict conduicte par la signora Forteguerra, qui estoict vestue de violet, et toutes celles qui la suivoinct aussi, ayant son accoustrement en façon d’une nymphe, court et monstrant le brodequin ; la seconde estoict la signora Piccollomini, vestue de satin incarnadin, et sa troupe de mesme livrée; la troisiesme estoict la signora Livia Fausta, vestue toute de blanc, comme aussi estoict sa suitte avec son enseigne blanche. Dans leurs enseignes elles avoinct de belles devises : je voudrois avoir donné beaucoup et m'en ressouvenir. Ces trois escadrons estoinct composés de trois mil dames, gentilz femmes ou bourgeoises.….
Marignan en avait compté 2.400, « tant lansquenetz, Suysses que Grisons », (B. N., fr. 20 442, fo 13 vo, orig.)
1. Le passage de Paradin est à peu près textuellement traduit de Marco Guazzo, qui est le premier à avoir fait mention de l’héroïsme des dames de Sienne. Cf. Gronica di M. Marco Guazzo ne la quale ordinatamente contienst l'essere de gli huomini antiqui et moderni…. Prima editione, in Venetia, appresso Francesco Bindoni, 1553, in-fo, fo 413 vo. Avant Monluc, Jean Bouchet avait copié le passage de Paradin. Cf. Annales d'Aquitaine, Poitiers, par Enguilbert de Marnef, 1557, in-40, fo 369 vo. Les historiens italiens de la fin du seizième siècle ont reproduit le passage de Marco Guazzo : voir ASCANIO
Monluc, on le voit, ne s’engageait guère en promettant beaucoup pour se ressouvenir de devises qu’il avait sous les yeux. L'omission est volontaire et l’intention de masquer le plagiat évidente. La lecture de Paradin a d’ailleurs eu ici cet avantage de stimuler la mémoire de Monluc et d’en faire jaillir des souvenirs nouveaux. Ce qui lui appartient aussi en propre, c’est le beau mouvement qui ouvre le morceau : « Il ne sera jamais, dames siennoises, que je n’immortalize vostre nom, tant que le livre de Monluc vivra... » La page des Commentaires est devenue classique; on voit dans quelle mesure elle mérite cet honneur ‘.
Le récit du siège de Sienne dans Paradin est très sommaire et écourté; il tient deux pages à peine. Monluc l’a pourtant lu et y a fait son butin. Parlant de la résolution qu’avaient prise les habitants de sortir contre les Impériaux « à la désespérée », il a ajouté à sa première rédaction : « Comme autrefois avoint faict les Siennois ès guerres qu'ilz avoinct eu, comme eux mesmes racomptoinct. » Cette addition est un simple souvenir d’une phrase de Paradin : « Car c’estoit leur deliberation ou de voir la fin de leurs calamités ou le bout de leurs vies. Ce que sachans les ennemys ne voulurent combatre plus avant ce desespoir, ains se retirèrent au loing, se souvenans de la sortie faicte sur les forusciz par les citoyens de Siene le vingt-cinqième de juillet lan mil cinq cens vingt et six *. »
Monluc n’a pas fait d'autre emprunt à la Continuation de l’histoire de nostre temps. Pour reviser le récit de sa dernière campagne en Piémont de septembre-octobre 1555, il a eu recours à un autre livre, les Commentaires sur le faict des dernières querres en la Gaule Belgique, de François de Rabutin. C’est en 1955 qu'avait paru la première édition de cet ouvrage, contenant les six premiers livres*; une continuation jusqu’en 1558
Cexrorio pEGLI Orrensi, La seconda parte de’ Commentarit della querre et de’ successt più notabili avvenuti cost in Europa come in tutte le parti del mondo dall” anno MDLIIT fino a tutto il MDLX, in Vinetia, G. Giolito di Ferrari, 1568, in-40, p. 6. (Bibl. Nat., M, 491, Rés.)
1. C’est d’après Monluc que l'historien siennois Pecci, au dix-huitième siècle, rappelait l’héroïsme des dames de Sienne (Memorie storico-critiche, IV, 188, note a).