‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 80 sur 533 · PaRADIN, 0p. cit · texte numérisé non relu

PaRADIN, 0p. cit

3. Commentaires sur le faicl des dernières querres en la Gaulle Belgique,

fut publiée en 1559, contenant cinq nouveaux livres ". Dans une curieuse épître dédicatoire au duc de Nevers, l’auteur explique comment 1l a composé son ouvrage. Il commença à l'écrire pendant ses campagnes ; puis, étant venu s'établir à Paris, il communiqua à M. Barthélemy, maître des requêtes, ses « brouillards et memoires ». Celui-ci l’engagea vivement à les publier, après les avoir soumis à des personnes doctes. Rabutin les montra à l’historiographe officiel de Henri II, Pierre de Paschal, « qui, dit-il, voyant mon œuvre mal digéré et le stile mal limé et poli, ce que moy mesme je cognoissois, tant à cause du peu de temps qui m'estoit resté à les disposer en bonne forme, que pour le default que je puis avoir des lettres, s’offrit de bon cœur à m'y vouloir ayder; et ne pouvant satisfaire à ce labeur, pour estre continuellement occupé à escrire nos histoires françoises en latin, il pria un gentilhomme sien amy, nommé Guy de Brués, de Languedoc, prouveu de grand savoir et humanité, vouloir m'ayder de son opinion. Lequel, pour divers empeschemens qui lui ostoient le moyen de veoir les autres, retint seulement le sixième livre. Or desjà prevoyant, par grandes apparences, que sur la nouvelle saison nous faudroit retourner à la guerre, ne voulant laisser mon œuvre manque et imparfait, je priay un mien amy, nommé Bernard du Poey, de Luc en Béarn, qu’il daignast tant prendre de peine pour moy, que de me secourir en ce qu’il cognoistroit y defaillir de proprieté de langage, liaison de sentiments et autres choses. En quoy, comme il est homme non seulement amateur de toutes sciences, ains qui est gracieux et secourant à ceux qui les suyvent, m'y a aydé et en tout esté amy”. » Rabutin eut donc, de son propre aveu, un collaborateur pour les cinq derniers livres de ses Commentaires. Ce Bernard du

entre Henry second très chrestien roy de France et Charles cinquieme Empereur, dedié au duc de Nivernois par François RABUTIN, Bourguignon, gentilhomme de La compagnie du duc de Nivernois. Paris, Vascosan, 1555, in-/40.

1. Continuation des Commentaires des dernières querres en la Gaule Belgique entre Henry IT du nom et Charles V empereur et Philippe son fils, par François DE Ragurin. Paris, Vascosan, 1559, in-80. — Les onze livres furent réunis en 1274 : Paris, M. Loqueneulx, in-80; Paris, G. de La Noüe, in-80, avec des additions jusqu’en 1562. Les Commentatres de Rabutin ont été réimprimés au dix-neuvième siècle dans toutes les collections de mémoires. Il n’en existe pas d'édition critique.

>. RagunN, Commentaires, coll. Petitot, XXXI, 10-11.

Poey, natif de Lucq-de-Béarn, qui laida, était un humble régent de collège; il fut professeur à Lectoure, puis à Auch, et il avait en 1551 et 1554 publié des vers français et latins". C'était des titres insuffisants pour écrire l’histoire. Il ne craignit pas cependant de prendre la plume des mains de Rabutin. Parmi les historiens contemporains, il en était un au moins qu'il connaissait bien : c'était précisément Paradin. Il avait dû lui emprunter beaucoup pour écrire ce poème sur les malheurs de Bordeaux, Deploratio Burdigalae, où il avait retracé la terrible émeute de la gabelle de 1548 °. Du Poey n’hésita pas : à la fin du septième livre des Commentaires, il inséra un récit de la campagne de Piémont de 1555, à laquelle Rabutin n’avait nullement pris part, et ce récit n’est qu'un démarquage de celui qu’en avait donné Paradin dans sa Continuation. Monlue, qui a eu sous les yeux ce dernier ouvrage, ne s’est pas aperçu de cette supercherie littéraire. Mécontent peut-être de la maigre provende qu'il avait faite dans Paradin pour les premières campagnes de Brissac et le récit du siège de Sienne, il a rejeté avec dédain cette œuvre d’un historien de profession et pensé qu’il trouverait plus à glaner dans un livre écrit, comme le sien, par un homme d’action, par un soldat. Il ne s’est pas douté que les Commentaires de Rabutin étaient en partie « fabriqués », et il a donné dans le piège où il devait faire tomber les historiens qui n’ont pas soupçonné les emprunts qu’il a faits lui-même à ses devanciers.

L'étude du texte de Monluc ne permet aucun doute : c’est bien

1. Ode du Gave, fleuve du Béarn, du fleuve de Garonne, avec les tristes chants de la caranite, Tolose, par Guyon Boudeville, 1551, in-80 de 56 pp. — Bernardi Podii Lucensis odae tres, prima cygnus in laudem Tholosae, secundo (sic) ad Petrum Ronsardum, terlia Venus, excus. Tholosae, 1551, G. Boudevilleum. V. Duverdier, 1554. — Poestes en diverses langues sur la naissance de Henri de Bourbon, fils d'Antoine de Bourbon, duc de Vendosme, comte d'Armaïgnac, et Jeanne d'Albret, Tolose, 1554, par Jacques Colomiès, in-80 (Bruner, 5e édit., t. IV, col. 763. — DE CasreLLane, Essai de catalogue chronologique de l'imprimerie à Toulouse dans le seiztème siècle, dans Hém. de la Soc. archéol. du Midi de la France, V, 42). — Voir, sur pu Pory, Gouser, Brblioth. françoise, 17952, XIT, 106, 338-340, un sonnet et une épitre de lui donnés par T. DE LARROQUE (Rev. de Gascogne, XII, 1872, pp. 477-480) et un article de Léoxce Courure dans la même revue (1886, p. 570).

2. Paradin en avait donné un récit très détaillé dans son ZZistoire de nostre temps. L. Couture pense que ce poème de B. du Poey n’a probablement jamais paru.

de Rabutin copiant Paradin et non de Paradin lui-même qu'il a tiré certains détails de son récit de la campagne de septembreoctobre 1555, au début du livre IV des Commentaires. Il lui doit les chiffres de lParmée de Brissac qui assiégea Volpiano ; il les a, du reste, transcrits bien à la légère, s’il faut lui attribuer lerreur, imputable peut-être à un copiste, qu'il a commise; il parle, en effet, de cing mille hommes de pied, chiffre évidemment inexact, tandis que Rabutin avait écrit : vingt ou vingt-deux mille hommes de pied". Il a lu dans Rabutin aussi comment le duc d’Albe, après avoir mis le siège devant Santhia, «commença à abbaisser ses grands coups età moderer et refroidir sa première furie », si bien qu'il se retira piteusement ?. Il lui a emprunté encore quelques noms de seigneurs qui vinrent au siège de Volpiano * et la mention de la perte que subirent les Espagnols de D. Emanuel di Luna lorsqu'ils tentèrent de pénétrer dans la place *. Après avoir raconté l'assaut du bastion qui couvrait le château, il a transcrit presque textuellement une phrase

de Rabutin : « Là feust thué ung neveu du duc d’Albe ; entre

1. Moxiuc, I, 145 : « .… laquelle estoict composée de cinq mille hommes de pied, mil hommes d’armes et douze cens chevaux légers ». RABUTIN : €... montant au nombre de vingt ou vingt deux mille hommes de pied, françois, suisses, allemans et italiens, de huict cens ou mille hommes d’armes et mille ou douze cens chevaux légers ». (Coll. Petitot, XXXI, 381.) Paradin indique pour la cavalerie un chiffre global de quatre mille chevaux. L’ambassadeur mantouan Lodovico Tridapali, dans une dépêche datée de Pontestura, 2 septembre 1555, dit que Brissac avait « xv" fanti et duo millia trecento cavalli ». (Bibl. d'Auxerre, ms. 366, fo 76, copie moderne.)

2. Voici l'addition de Monluc : « Car le duc d’Albe ayant mal faict ses besongnes avoict quitté Saint Jlago. » — Cf. Rasurix, XXXI, 380, et PARaDIN, 0p. cit., 424-1426.

3. La liste de Rabutin, copiée presque textuellement sur cel'e de Paradin, est plus complète que celle de Monluc.

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