‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 94 sur 533 · LES CAUSES DE LA DÉFAITE DE PAVIE · texte numérisé non relu

LES CAUSES DE LA DÉFAITE DE PAVIE

dont ils pâtissaient, s’en sont allés du service du Roi Très- Chrétien *. L’archiduc Ferdinand disait, le 12 avril 1925, dans une instruction à Martin de Salinas, que le départ des cinq mille Grisons, trois jours avant la bataille, fut une des causes de la victoire ?. Sébastien Moreau, dans sa Relation, dit que six cents Grisons, qui étaient à Milan, se mutinèrent, quoiqu’ils fussent bien payés, et s’éloignèrent du camp français, malgré les démarches que le roi fit faire par La Trémoille pour les retenir 5. Remarquons que le chiffre de trois mille, donné par Monluc, s’accorde mieux avec les documents que celui de Sébastien Moreau. Mais il n’en est pas moins certain que l’auteur des Commentaires a imaginé que François I* cassa les Grisons par économie ou qu'on lui conseilla de les renvoyer *. Il faut noter qu'après avoir dicté ce passage, il a pu lire lexplication fort différente que donne du Bellay du départ des Grisons et qu’il n’a pas modifié sa première rédaction $. L’erreur commise par Monluc à été relevée par les éditeurs de 1785; eile n’a fait, à ma connaissance, qu'une dupe, lhistorien piémontais Cambiano 6.

Une troisième cause de la défaite, acceptée par tous les historiens, a été indiquée un peu plus loin par Monluc. C’est la mort de Jean de Médicis, le fameux condottiere, le chef des Bandes-

1. &« Dapoi che io scrissi a Vostre Signorie, oltre i duo mila Vallesani, che furono svaligiati, ancor i quattro mila Grigioni si partirono dal servitio del Christianissimo, senza molti altri, i quali straccandosi dei molti disagi, che pativano, se ne andavano alla sfilata. Anche più di due mila persone ammalate s’erano ritirate a Vigevano. » (Leltere di Principi, 1570, fo 81 ro.)

2. « Item mas asi con Suycos como Grisones a tento todas las praticas posibles al principio para los retener, que no fuessen en servicio de Franceses, y despues para retirarlos, como en efecto lo hizo en especial con Grisones, los quales tres dias antes de la batalla se retiraron en cantitad de cinco mil, y con ellos otros tres mil lansquenects"y Suycos, que despues de Dios fue causa del vencimiento de la batalla... » (Lawz, I, 684.)

3. Captivité, pp. 71-74. — La relation de Sébastien Moreau donne, défiguré, le nom du capitaine des Grisons : Z'hesgnes. C’était Dietingen de Salis. Monluc dit qu’on l’appelait « le grand Diau » (le grand diable).

4. 11 donne cette autre explication un peu plus loin (I, 90).

5. Du Bellay raconte que les six mille Grisons furent éloignés de l'armée par une ruse de Gianjacopo de Medici, le futur marquis de Marignan (coll. Petitot, XVIL, 479-481). Le récit de du Bellay a été adopté par Miexer (Rivalité, I, 40-41). Branrôme l'avait déjà suivi (1, 292).

6. Campraxo, Aistorico discorso (Monum. lustor. patr., vol. 1, Serrpt.,

col. 1012).

Noires. Il fut blessé d’un coup d’escopette, en revenant d’une escarmouche, le samedi 18 février ‘. Le 24, il fut apporté à Plaisance, où il fut soigné par Abraham de Mantoue et Jacques de Carpi; mais on ne lui coupa pas la jambe et il ne mourut pas quelques jours après, comme le disent les Commentaires. Guéri de sa blessure, Jean de Médicis fut blessé mortellement d’un coup de fauconneau, le 24 novembre 1526 seulement, dans une escarmouche près de Mantoue. Transporté dans cette ville, il y mourut dans la nuit du 29 au 30 novembre *. Relevons une autre défaillance de mémoire : Monluc dit que les Bandes-Noires s’appelaient ainsi parce qu’elles portaient le deuil de Jean de Médicis. C'est à la suite de la mort du pape Léon X que son neveu substitua les couleurs noires aux couleurs blanche et pourpre des cadets de Médicis sur les drapeaux et les baudriers de ses soldats 3. Monluc paraît encore faire erreur en disant que Jean avait sous sa charge à Pavie «trois mil hommes de pied » et « trois cornettes de gens de cheval ». Sa charge était, d’après les Diarix de Sanuto, de cinquante hommes d'armes sans archers, deux cents chevau-légers et deux mille fantassins *. On comprend, du reste, l'admiration qu'inspiraient à Monluc les terribles Bandes- Noires. Il les avait vues à l’œuvre devant Pavie; il les retrouva au siège de Naples >.

Monluc n’a guère insisté sur la Journée de Pavie elle-même.

1. TæG1o (p. 54) place à tort le fait le 20. Une lettre du cardinal Jean Salviati, beau-frère de Jean de Médicis, à sa sœur Marie, une lettre de Lannoy et une autre de Jean lui-même le placent le 18. M. Prerre GAUTHIEZ, qui a publié ces lettres dans son beau livre : Jean des Bandes-Noires, 1901, pp. 256, 257, 260, place lui-même, par inadvertance, la blessure le 17, d’après Vir&izr, Otto gtornt avanti alla battaglia di Pavia (Archiv. stor. ttal., 5e série, 1889, IV, 183), qui s’est évidemment trompé d’un jour.

Page 1