Kd. Mitliaut, II: — Havot, xxiv
i\c cetto vie. Or, votre condition est telle (|iie vous «levrez fnrrénient prendre parti pour l'une «)ii l'antre de CCS deux alternatives : être chrétiens et voii-^ sauver, si le christianisine est vrai; — être damnés éternellement, si le monde a tort. N'cst-il |)as saj:*' et raisonnable de parier pour ralternalive ([ui von assure la plus irrande somme possilde de honheui, c'est-à-dire pour le christianisme? C'est rariiumenl célèlu'e connu sous le nom de règle des |»artis. Il est d'ailleurs bien évidrnl (juici Pascal ne s'adresse qu'à une classe d'adversaires : à ceux que je viens d'appeler les utilitaires. J'avoue que le calcul qu'il leur propose n'est pas fait pour .séduire certaines âmes délicates auxquelles il répugnerait de faire, même en pareille mati».'re, une sorte de [)lacemenl à gros intérêts. Aussi Pascal, qui avait lame trop grande pour s'abaisser à des considérations d'ordre aussi vulgaire, n'insiste-t-il pas outre mesure làdessus. Et l'on sent bien que ses préférences sont acquises à ceux qui croient spontanément, par sentiment, ce parce qu'ils ont une disposition intérieure toute sainte, et que ce qu'ils entendent dire de notre religion v est conforme ». Il ajoute : « Il v a trois movens de croire : la raison, la coutume, linspiration'. La religion chrétienne, qui seule a la raison, nadmet pas pour ses vrais enfants ceux
1. On noiera que ces trois procédés correspondent Irait pour Irait aux trois ordres de réalités que distingue Pascal, dans une pas-e célèbre que je n'ai pas citée, tant elle est connue, el qui symbolise et résume toute sa philostqihie : l'ordre de la matière, l'ordre de l'esprit, l'ordre de la grâce. Kvidemment, ce parallélisme n'est pas une simple rencontre.
qui croient sans inspiration : ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume, au contraire; mais il faut ouvrir son esprit aux preuves, s'y confirmer par la coutume, mais s'olTrir par les humiliations aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et -ilutaire effet '. »
Mais la nature humaine éprouve à accepter le joug divin une répugnance si invincible que peutêtre ne se rendra-t-elle pas encore. « Et pourtant, nous ne pouvons pas croire » : voilà l'objection dernière, presque irréfutable, à laquelle va se heurter Pascal. Il le sait : aussi ne réclame-t-il de nous que de la bonne volonté : il nous supplie de « diminuer nos passions- », de « quitter les plaisirs », de « faire comme ceux qui croient », de « prendre de l'eau bénite », de « faire dire des messes », de « plier l'automate », de « nous abêtir enfm-^ » : Dieu fera le reste, et nous doonera la grâce.
En résumé, la religion est, d'après Pascal, affaire de cœur et de volonté; mais la raison y peut conduire. Je voudrais maintenant montrer que celte