‹ Blaise PascalChapitre 16 sur 54 · Éd. Michaut. 2i7: — Havet. .\.\v. ISl · texte numérisé non relu

Éd. Michaut. 2i7: — Havet. .\.\v. ISl

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que le raisonnement, qui n'y a point de pari, essaie (le les combattre.... Car la connaissance des premiers principes, comme qu'il y a espace, tevips, mouvement , nombres, est aussi ferme qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c'est sur ces connaissances du c(pur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle y fonde tout son discours. {Le cœur sent qu'il // a trois dimoîsions dans fespace, et que les nombres sont infinis; et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carrés dont l'un soit double de l'autre '. Les principes se sentent, les propositions se concluent; et le tout avec certitude, quoique par ditTérentes voies.) Et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes, pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre pour vouloir les recevoir.

« Cette impuissance ne doit donc servir qu'à humilier la raison, qui voudrait juger de tout, mais non pas à combattre notre certitude, comme s'il n'y avait que la raison capable de nous instruire. Pliit à Dieu que nous n'en eussions au contraire jamais besoin, et que nous connussions toutes choses par instinct et par sentiment! Mais la nature nous a refusé ce bien ; elle ne nous

1. Cf. dans le premier fra'z-ment sur V Esprit <iéomélruiiic {Pensées, éd. Havet, t. II, p. 283, 284) un passage très remarquable où les mêmes idées sont exprimées avec beaucoup de lorce. Pascal n'y parle pas du cœur, cette fois, mais de la nature, ce qui, dans sa pensée, revient absolument au même.

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a, au rontraiiv, doîiru'i que ln*s j>ou de connaissances de celte sorte; toutes les aiiti«'s iir jm^uvciiI être acquises (jue par raisonnement .

a Et c'est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la ndicrion par sentim«Mit du cœur sont lucn heureux «'l Itirn l('';^iliunMn«Mil |»ersu;id(''s. Mais roux (|ui ne lOnl jtas, unus ne pouvons la Icui' doniici' qiu' pai' raisonnement, en attendant (|ue Dieu la Inn- donne par sentiment de C(eur, sans (juoi la foi n'est (|u'huniaine, et inutile pour le salut'. ■

Il me semble que dans cette j)age apparaît clairement la pensée dernière de Pascal. Cœur, charité, foi. volonté aimante, instinct, sentiment, nature, voilà qui désigne pour lui une seule et même chose; et ce (juelque chose est ce qu'on pourrait exprimer d'un seul mot : Vinluition. Mais Tinluilion n'a pas seulement et uniquement droit dr cité dans Tordre religieux : elle j)énètre toutes les facultés de l'homme; elle est à la hase de toutes ses démarches. La raison même ne peut se passer d'elle : il faut croire en la raison et en les principes qui la constituent pour raisonner. En d'autres termes, pas d'activité, même purement intellectuelle, sans un acte de foi préalable. On voit les conséquences, et comme le point de vue s'élargit. La religion n'est pas une exception, une province isolée dans l'homme : les procédés qui lui sont propres se retrouvent au fond de toutes les spéculations humaines, et la raison discursive qui est

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