‹ Blaise PascalChapitre 18 sur 54 · Kd. Mie h au t. ÎSO: — Havet, vu · texte numérisé non relu

Kd. Mie h au t. ÎSO: — Havet, vu

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rcsjU'il <!«' finesse, (|iii <'iiil>r;i.sso tout « ilimc vue », est valable tlans tous les ordres où le seiitiineul inliM'vieiif : à savoir les an'ections, les choses de l'ordre eslliéti()ue (que représente i< i réloijuence) et les choses de Tordre moral. Est-ce que cela ne revient pas à dire qu'il y a dans les choses humaines une foule d'objets sur lesquels le raisonnement n'a pas de prise, et qu'on dénature en les analysant? On ne démontre pas l'amour, dit Pascal, et l'on ne démontre pas davantaiie le goût et le dévouement. Tout ce qu'on peut faire, au point de vue rationnel, c'est d'établir que ceux qui, spontanément, naturellement, aiment Dieu et leurs semblables, goiiient les œuvres d'art, et se dévouent, que ceux-là, dis-je, ont probablement raison d'agir ainsi? Car si tout était clair, si nous étions siirs d'atteindre une absolue certitude dans cet ordre de questions, nous n'aurions plus aucun risque à courir : le mérite, le dévouement, le don spontané et sans réserve de la personne, à savoir ce qu'il y a de plus beau dans l'amour, tout cela ne serait plus qu'un vain mot.

J'ai essayé d'exposer les principales idées philosophiques de Pascal et d'en marquer l'enchaînement logique. On voit que le trait oriiiinal et profond de cette philosophie, c'est de montrer que la raison raisonnante ne se suffit pas à elle-même; qu'à la

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hase (le toutes les opérations de notre esprit, il y a un acte de foi initial et nécessaire; que, dès lors, il n'est rien d'étonnant, lorsqu'on arrive aux problèmes les plus élevés de l'ordre esthétique, moral, et surtout religieux, que l'acte de foi devienne plus nécessaire encore. Mais ici, ce n'est [dus la simple intuition des principes premiers : l'intuition s'épure, elle se rapproche de plus en plus d'une sorte de raison surnaturelle; elle devient action, elle détermine la volonté. Une philosophie morale de la bonne volonté, voilà donc la philosophie qu'a voulu édifier Pascal. Il y en a sans doute d'aussi originales et d'aussi sincères : on peut douter qu'il y en ait beaucoup d'aussi profondes, d'aussi vraiment vivantes et, pour dire le mot, d'aussi aclnelles.

Jusqu'à ces dernières années, en etTet, philosophes et savants s'accordaient à ne voir dans l'homme qu'un pur esprit. Ils professaient le plus parfait dédain pour ce qu'on appelait autrefois « les besoins moraux » de l'humanité; ils prenaient en pitié ceux qui s'intéressaient encore au tragique « problème de la destinée » ; ils ne niaient pas assurément la réalité et la nécessité des questions morales, mais ils en ajournaient indéfiniment l'étude et la solution '. Taine écrivait un traité derintelli-

I. Et cela, non pas seulement en Krance. Le ijlnlnsuphe allemand Wundt, « dans un intéressant article du lU/nc/ (^octobre 1877), nous apprend que sur un ensemble de cint[ cent trente-huit cours professés dans les universités de lanirue allemande pendant les six semestres de la période 1874-1877, trente-deux seulement ont été consacrés à la morale. Encore bon nombre de ces derniers ont-ils été professés dans les facultés catholiciues autri-

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tfctice, et nous faisait espérer un livre sur la Vohmir qu'il ne nous a jamais donné. « Nous vivons il< l'onihre «l'une ombre, du parfum d'un vase vide », avouait Henan à son tour; et l'onsail comme il a lini par prendre iiaiement son parti de cet incpiiétant état de choses. A bien des signes, on jm'uI reconnaîlre «jue le rètrne de cette philosophie toiif intellectualiste est en train de s'achever. Nous voulons enlin une philosophie plus humaine cjuidonn*' satisfaction aux exigences du cœur et qui fournisse une règle à la volonté. Schopenhaucr et Secrétan, pour ne parler (jue des morts, ont enseigné à quel- «|u<.\s-uns des jdus « libres esprits » de ce temps qu»l'intelligence n'est pas tout l'homme, et «jue « le cœur aussi a ses Taisons que la raison ne connaît

]»as » Une voix s'élève, de plus en plus forte, de

plus en plus éloquente, de plus en plus confiante aussi : elle s'adresse aux chefs de la génération précédente, et leur crie, désabusée : « 0 Maîtres, vous avez voulu nous abreuver de science. Mais la science nous a trompés. Nous croyions nous connaître, et nous ne savions pas comment vivre. Vous avez cru nous rendre plus sages ; vous n'avez pas su nous rendre meilleurs. Puisque telle n'a pas été votre œuvre, il faut que ce soit la nôtre.... » Cette voix, ils l'ont entendue avant de mourir, et elle a troublé leurs dernières spéculations. Renan disait qu'il y a telle page de son œuvre qu'il n'écri

chiennes. » (Cf. Th. Ruyssen : la Morale dans la philosophie alhmande contemporaine, Revue de Métaphysiffiic cl de Morale, mars vl septembre 18"J5.)

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rait plus aujourd'hui; et Taine déclarait qu'il regrettait de « n'avoir pas écrit sur la philosophie en latin : on risque de faire trop de mal », ajoutait-il avec sa naïveté touchante.

L'heure ne serait-elle pas propice pour revenir à Pascal, non pas sans doute pour s'y asservir, mais pour s'en inspirer? Le premier peut-être d'entre les modernes, il a posé avec une netteté saisissante, en apportant des arguments qui n'ont guère vieilli, quelques-unes des questions morales qui intéressent et passionnent le plus Tàme contemporaine. 'Là est la vraie raison de la maîtrise qu'il exerce toujours sur les esprits. De tous les grands écrivains du xvu" siècle, c'est lui qui nous attire et nous émeut le plus. Nous le comprenons mieux que Bossuet lui-même; et il semble que, s'il vivait encore parmi nous, il nous comprendrait mieux aussi qu'aucun de ses contemporains.... Mais que dis-je?s'il vivait! Il vit, n'en doutons pas, au milieu de nous; il est des nôtres : sa pensée s'est comme incorporée à la nôtre. Car d'où viendrait, sans cela, l'admiration tendre et passionnée que notre siècle lui a vouée? Dira-t-on, pour en rendre compte, avec M. Bourget, que, de tous les ennemis du scepticisme, nul n'a mieux compris ses adversaires, — qu'il représente « l'àme religieuse dans ce qu'elle a de plus tragique et de plus épouvanté », — et qu'il est enfin « l'un des princes du style »? On peut ajouter, si l'on veut, que dans ce siècle de lyrisme, on a aimé à retrouver dans un pur classique un [»oète religieux, digne de rivaliser avec notre

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Lim.irliiH' OU notre Vigny. Et l'on peut dire eniiii ijiio cet .•i[K»l()«,nste Iai(jue et ce iréomètre de jrénie oITrail à notre raison diflicile et défiante le trop rare et séduisant spectacle d'une foi plus personnelle en quelque sorte et plus éprouvée que s'ileùl été, comme Dossuet par exemple, un prêtre de profession, et (juVjn eût nourri sa jeunesse, non de sciences, mais de scolastique. Mais si, sceptiques ou chrétiens, nous ne pouvons lire Pascal sans être profondément remués ou ébranlés, il y en a une raison j)lus profonde : c'est que nous reconnaissons en lui un de nos frères ou de nos ancêtres' intellectuels : les proldèmes qu'il aîrite, ce sont ceux qui nous oI)sè(lent; les questions qu'il discute, il les pose dans les termes précis où nous exigeons qu'on les pose; les solutions qu'il en 'fournit, ce sont celles auxquelles tout TefTort de la pensée moderne nous conduit. Ainsi s'explique Finfluence singulière qu'aujourd'hui, plus visiblement que jamais, il continue à exercer sur la direction de notre pensée. Cette philosophie de la volonté que de proche en proche nous voyons renaître autour de nous, c'est la sienne. Les théories toutes contemporaines de la croyance, dans leurs parties vraiment solides et durables, ce sont les siennes '. Quelques-uns des [dus puissant>

1. Cf. Jali's l'aynt : De la croynioc lAl.aii, 1895, in-S»): —le mémoire de M. lîenouvior intitulé : Doute et Croyance dans C Année philosophique d*' 1895 (Alcan, in-8"): — et surtout l'artirle tout récent de M. Biunetièrt' sur les Bases de la croyance (Revue des Deux Mondes 'l" |.i ...t.ihr.. isOd». .iiti.li' uni. r.mime \'>>n -nit iluit

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esprits lie notre époque s'inspirent manifestement de lui : M. lirunetière n'a jamais dissimulé les obligations intellectuelles et morales qu'il a contractées envers l'auteur des Pensées; on connaît assez les belles et pénétrantes études de M. Sully Prudhomme sur Pascal, études dont la curiosité critique n'était évidemment pas l'unique objet'; tout récemment encore, c'est M. Fouillée (|ui nous signalait entre la philosophie de M. Lachelier et celle de Pascal des rapports vraisemblablement plus curieux que fortuits-. Enfin M. Boutroux professe cet hiver en Sorbonne un cours qui sera tout entier consacré à la Philosophie de Pascal^. Et parmi tous

servir de préface à la traduction dun livre déjà célèbre de M. Balfour sur le même sujet.

I. M. Gaston Paris {Poètes et Penseurs, C. Lévy, 1896) nous dit que M. Sully Prudhoinme « a l'intention de les compléter paruir essai de restauration de l'ordre logique des Pensées ». Nous espérons que le poète ne tardera pas trop à nous donner au complet cette étude sur les Preuves du christianisme diaprés Pascal.

'2. « La philosophie d»' M. Lachelier, observe très justement M. Fouillée, offre, comme l'on sait, trois parties superposées, ou plutôt trois " ordres - analogues à ceux de Pascal : mécanisme universel, finalité universelle, enfin rè^'ne de la liberté et de la grâce... La critique la plu:* hardie et la plus indépendante aboutissait ainsi, chez .M. Lachelier, à lacté de foi mural et religieu.x: par là il représentait un état d'esprit très répandu de notre temps : il donnait satisfaction au double besoin de douter et de croire. » (Le Mouvement idéaliste en France, Revue des Deux Mondes du 15 mars 1890, p. 286, 287.);

3. C'est à M. Boutroux qu'on a eu l'heureuse idée de confier le Pascal de la Collection des grands écrivains français quii dirigeM. Jusserand. — Il est des écrivains qui, par la noblesse native, le sérieux profond, la probité scrupuleuse et passioijnée de la pensée, sont comme préilestinés à bien parler de Pascal. Poètes ou philosophes de la « vie intérieure -^on les définirait assezjustement en disant d'eux que ce sont des âmes naturellement pascrz/iVnnes. Tel était autrefois Vinet. Et pour qui a lu M. Sully Prudhomme

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rciix (iiii II (Mil ririi «M'ril sur Pascal, ((Hnliirri il m est (ju'ctii |)()iinail cilcr, cl «jui, admirateurs srcrels ou même disriples tout intimes de cet Kpiclèle chrétien, se soiil imunis des Pensn's, et se les sont « converties en sang et en nourriture »! Si roii suniic d'autre part que les nouvelles éditions des Pensi'es vont se mulli|diant ', on en conclura, je pense, qu'il serait peut-être aujourd'hui téméraire d'aflirmer que « Pascal a fait son temps comme apologiste chrétien* », — et comme philosophe.

I" mars 1897.

ou «Milciidii .M. littuliuux, — on aiiiif ,i a-smiL-r cf.- (h-ux noms, — parler deux en ces termes, t'est leur rendre une stricte justice.

1. L'édition de M. Michaut est la troisième de l'année (jui vient de Unir. Dans celle du chanoine Didiot (Oesclée et Hrouwer, IS'.IG) et (lu chanoine GuUilin (Lelhielleux, ISliO). on a essaye de reconstituer a nouveau le plan de Pascal. La lihrairie Leroux réimprime en ce moment les deux volumes de l'édition Faupére, depuis lonirlemps épuisés. Enfin, il va paraître très prochainement à la librairie Hachette une édition classi(|ue des Pc/iscVs, qui sera comme une réduction anticipée de l'édition des Grands écrivoins : ces deux éditions seront l'œuvre de M. Urunschvicg. à qui nous devons déjà une étude très disliniL-^uée sur Spinoza (Alcan. 1894, in-8"). Nous croyons savoir (jue M. Brunschvicg veut classer a nouveau les Pensées.

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