A PROPOS DL'N NOUVEAU MANUSCRIT
DU niscouns si n les PASSioys f>E l'amolu
Il n'y a guère qu'un demi-siècle qu'on se pose la question.
Je ne crois pas qu'avant la publication, par Victor Cousin, (lu Discours sur les passions de i amour, on se soit jamais avisé sérieusement de croire ou de dire que Pascal ait été amoureux.
Mais depuis que Cousin, de sa voix grandiloquente, a proclamé l'auteur des Pensées « jeune, heau, plein de langueur et d'ardeur, impétueux et réfléchi, superbe et mélancolique », depuis qu'il a vu « ses grands yeux lancer des flammes », l'idée des amours de Pascal a fait du chemin dans les esprits, et elle a pour elle des autorités imposantes. Si quelques « pascalisants » y résistaient, ou y résistent encore, — Sainte-Beuve, Ferdinand Brunetière, M. Gazier, M. Michaut, M. Lanson peut-
UI.AI-I. l'ASCAL,
être, M. IJrunsclivici:, — (raulrcs racceplont et la <lrf('ii(I(Mit av(M- plus ou moins dViilraiii : Faup^(Tr, Ifavcl, Molinicr, Havaissoii, le iciiiTltô Siillv l*riiilli(iiiniH'. M. |{(nili<Mi\. |>oiii- ne |»;is cilor 1rs iiioindiTs. On sait (pic Mme AcUciinaiin a coinpos»'' sur cotte ilonu«''e un cpisodc d'un curieux petit |w»èriie. Tout réceninieiil. M. limite Fa^ruet a consacré à Paacffl amoureux un chapitre — aflirmatif — du livre do fine psychologie, de verve inné nieuse, spirituelle et un pou narquoise, — livre amusant comme le plus amusant des romans, — ((u'il a intitulé : Amours (Chommcs de lettres^ La question sera traitée encore dans un livre fort remarquable sur Pascal d(»nt j'ai les bonnes feuilles entre les mains, et(}ui va prochainement paraître . Elle est, on le voit, et plus que jamais, à l'ordre du jour. Et peut-être y a-t-il lieu de la reprendre avec quelque détail.
Je crois, ou du moins j'ospr^re raborder sans pré jugé d'aucune sorte. Que Pascal ait été vraiment amoureux, cela ne le diminuerait point à mes veux, — tout au contraire. Il ne me déplairait même nullement, — dut on m'accuser d'un peu de romantisme persistant, — que l'auteur des Pensées, (jui a connu, éprouvé tous les grands sentiments
1. Amours d'honniu'^ de lettres, par M. Kinilo Fno:iiot. I vol. in-lO; Société française d'imprimerie et de librairie. 1907. — Ces « hommes de lettres •• sont Pascal. Corneille, Voltaire, Mirabeau, Chateaubriand, Lamartine, Cnizol. Mrrimre. Saintt'-Beuve, George Sand et Musset.
2. Pitsc(d et son temps, par M. F. Slrowski: t. 11. \'Histoire de Pascal, \ vol. in-10; Paris, Pion.
PASCAL A-T-IL KTK AMOURKIXÏ U!)
(le rimmanité, eût connu aussi celui-là, avant d'en l'aire le sacrifice à son Dieu. Son « cas » eu serait j)eut-ètre plus siîjnilicatif" et plus complet.... Mais il ne s'agit pas ici de nos préférences ou de nos reconstructions personnelles. Voyons les faits.
Et tout d'abord, le Discours sur les passions de r amour est-il bien de Pascal?
Cousin, lui, n'en doutait pas: ne Favait-il pas découvert? « Dès la première phrase, déclaraitil, je sentis Pascal, et ma conviction s'accrut à mesure que j'avançais. Les preuves surabondent pour quiconque a eu un commerce intime avec les
Pensées N'est-ce pas Uà sa manière ardente et
altière, tant d'esprit et tant de passion, ce parler si fin et si 2Tand, cet accent que je reconnaîtrais entre )nille'?... Il faut donc que ce fragment soit de Pascal; il est signé de ce nom à toutes les lignes. »
La conviction de Cousin a été contagieuse. Elle a gagné à peu près tous les éditeurs et commentateurs de Pascal. De Victor Cousin à Sully Prudhomme, et de Faugère à ^L Michaut, on a généralement cru qu'il fallait attribuer à l'auteur des Pensées le Discours sur les passions de Vamour. Et M. Fasfuet a i»u écrire : « Le Discours sur les passions de lamour est de Pascal. Je serai bref sur ce point, la contestation étant faible, et les contestants, pour ainsi [)arler, n'existant plus... Je répète
1 èO Ml. MM l'ASiiAL.
«jue jM'rsnniH', à ma «onnaissanct', m- conteslc actuelloincnt (|ue le Ihscuurs sur 1rs /tassions fie r amour soil de Biaise Pascal. «
Deux critiques cependant, — et c'e sont les seuls (]ue je sache, — sans d'ailleurs instituer une discussion en règle, senildenl avoir eu des doutes plus ou moins formels à cet égard. Le premier en date est M. Gazier, dans une rludc vieille de trente ans, et quil a recueillie depuis dans ses Mélaiif/es de littérature et <r histoire^ : « ]1 n'est pas absolument certain, écrivait-il, que Pascal soit l'auteur de cet admirable Discours, si heureusement découvert par Victor Cousin ». Ferdinand Brunetière, un peu plus tard, déclarait « quil ne voyait pas la manjue de Pascal empreinte si manifestement ni si [jrofondément dans le Discours sur les passions de Famour, et qu'au surplus, il n'est pas prouvé que ce Discours soit vraiment de Pascal. Les manuscrits eux-mêmes, ajoutait-il, se l)ornent à le lui attribuer-. »
1. A. (ia/it-r. Pascul et Mlle ilc Homini':, Us Prétendues mnours de Pascal, dan^^ MéUiiujes de littérature et dliistoire, Paris, A. Colin, 1906. — Je dirai tout à l'heure tout te que ces pajres doivent à M. Gazier.
2. Voir dans la fievuedes Deux Mondes du 1" septembre 1885, ou dans la .3* série des Études criti'jues, l'article intitulé De quelques travaux récents sur Pascal. Et dans son Manuel de riùstoire de la littérature française (1898), Ferdinand Brunetière revenait très brièvement sur la question, et, parlant incidemment du Discours, il s'empressait d'ajouter : - en admettant que Pascal en soit l'auteur • . — M. (j. Lanson, de son coté, après avoir écrit dans Sf>n Histoire de la littérature française, 1894 (p. 445) : « De ce temps serait ce Discours sur les passions de ramour qu'on lui attribue », — formule (jui semble impli(|uer quelque scepticisme, — s^'est prononce depuis très nettement pour lallirmative : «• Le Discours
PASCAL A-T-IL KTK AMOLIUaX? 1^7
Les argumens sur lesquels on s'appuie pour admettre raulhenticité fJu Discours sont de deux sortes. Les uns sont d'ordre tout littéraire, pour ne pas dire tout subjectif. Un examine le fragment en lui-même; on est frappé des ressemblances de forme ou de fondquil présente avec les Pensées, et qui sont en effet assez nombreuses et fort curieuses. Bref, on reprend et Ton développe, avec plus ou moins d'ingéniosité ou d'éloquence, les fougueuses intuitions de Cousin que nous rappelions tout à l'heure; et volontiers on sécrierait avec lui : « Je sens Pascal ».
Avouerai-je qu'à y bien rétléchir. tout cet « im|)ressionnisme « me frappe peu?. Certes, je suis sensible autant que personne à tout ce que Ion déploie d'esprit de finesse pour « reconnaître » du Pascal dans le Discours; et même, s'il faut être franc, je ne résiste pas sans etîort aux tentantes suggestions que l'éloquence de Cousin, l'ingéniosité critique de Havet, de M. Brunschvicg, ou de }>\. Michaut dans leurs éditions, la verve persuasive de M. Emile Faguet détermineraient aisément dans mon esprit '.
Mais le moindre grain de mil Ferait bien mieux mon alTaire,
sur les passions de l'amour, qui est \)\vn de lui -, ecrit-il dans Son article Pascal de la Grand»' Encyclopédie. 1898.
I. Ce ne sont pas là, comme on pourrait le penser, de vaines précautions oratoires. M. Fa^^uet surtout a été b'wn prés de me faire partager sa conviction. J'avais parlé dans la i"et la 2* édition do mon livre sur Pascal, Vhomme, l'œuvre, l'influence fFontfmoing, 1898 et 1899) de » l'authenticité probable, mais non certaine
l »s m.MsK I'\s<:al.
je veux «lire !<• muiiidro mot, le inoiinlre téiiioiiTnaire «l'un ronlemporaiii «le Pascal, «juel qiril soil. ou «le Marguerite l*erier, ou nuMue de l'auteur du liccueil d'I'tvoL'hl. Or, ici, rieii de tel, comme nous l«' verrous tout à l'heure. Kn réalité, ce sont choses inliuiineul «lélicates et hasanleuses que ces sortes d'attrihutions posthumes, quand on est ohligé de se lier aux seules données «lu iroùt indivi«luel. « Nous sacrifierons volontiers, écrivait jadis à ce propos Sully Prudhomme, nous sacrifierons volontiers cet argument tiré du style; dans les productions de l'art, les parfaites ressemblances fortuites sont rares, mais les habiles pastiches ne manquent pas, et n«)us sommes obligé de convenir que les qualités de forme ne sont pas des marques de fabrique indiscutables; en }»einture, par exemple, de fréquents débats l'attestent suffisamment. Encore moins alléguerions-nous la répétition, dans ce Discours, de certaines sentences du recueil des Pensées; on nous répondrait qu'un faussaire ne devait pas nég^iser ce facile moyen de faire illusion. » L'observation est d'une parfaite justesse. On a pu tout dernièrement, avec une probabilité qui confine à la certitude, restituer à Fénelon une partie de sa correspondance avec Mme Guyon; mais il y avait là des indices qui portaient pour ainsi dire avec eux leur preuve matérielle '. Ces cas sont extrême-
(lii Discours «. Après avoir lu l'article de M. Faguet, j'ai eu le lort (le me corrifrer, et, dans la 3* édition (1904), d'affirmer « l'aullienticité probable, presque certaine » du morceau.
l. Voir, h cet égard, Fénelon et Mme Guyon, Documents inédits, par M. Mourice Masson, 1 vol. in-16; Ilacbette, 1907. Pour
ment rares. Je sais d'autre part un érudit qui, rencontrant dans un recueil manuscrit <le la Bibliothèque Nationale un très beau et très éloquent panégyrique de saint Thomas d'Aquin, tout à fait digne de Bossuet, avait cru dautant mieux pouvoir l'attribuer au grand orateur, que celui-ci a prononcé sur le même sujet un discours que nous avons perdu : au moment de faire part au public de sa découverte, il trouva le panégyrique imprimé tout au long dans les œuvres de... Fromentières. Quand on a dans son souvenir quelque mésaventure de ce genre, on devient quelque peu prudent, pour ne pas dire quelque peu sceptique, et, pour attribuer après coup aux grands écrivains des œuvres dont ils n'ont pas revendiqué la paternité, on exige des preuves d'un ordre moins strictement littéraire, des garanties plus extérieures et plus positives.
Ces garanties existent-elles en ce qui concerne le Discours sur les passions de r amour? On* l'affirme volontiers. Mais avant de discuter ces affirmations
démontrer que des lettres de Fénelon. iiubliées en 1768, par le pasteur Dutoit-Mambrini, et dont on avait mis en doute Tautlienticité, sont bien de Fauteur du Télémnnuc, M. Masson. dans sa line et savante Introduction, a tiré très heureusement parti de ce fait que les lettres en question contiennent des allusions précises à certains faits que Du toit n'a pu connaître, et qui nous ont été révélés par des documents mis au jour après sa mort : l'argument est en elfet décisif. Pour établir d'une manière aussi péremptoire l'authenticité du Discours, il faudrait découvrir — et je ne crois pas que l'on y parvienne, — entre certaines des Pensées retrouvées au cours du A7A'*" siècle et certains passaires du Discours des rapports si étroits, que l'identité de l'auteur s'imposerait.
ir.O IU.AI<I l'ASCAl..
OU ces jUTUves, il est (l«'ii\ (tlisorvatioiis qu'on im' peut sVinpr'clHT (le .fairt', ri (jiii, ]»• Ir sais, ont donné à pcnsrr, ou à flonhi-, ;i plus «l'un Icclour «lu Ih'scours.
11 V a (rahoni un fait (pii doit doniincr tout lo dtdtat, et (pii up laisse pas d'être un |teu inquiétant. Pendant près de deux siècles, le Ih'sronrs shj' les passions (h- rat/tour est resté complètement inconnu. Personne, ni dans Tenlourap^e immédiat de Pascal, ni dans le milieu janséniste, ni parmi ses innombrables lecteurs, admirateurs ou adversaires, au xvn^ au xvin'^ et dans la première moitié du XIX- siècle, personne, que nous sachions,' absolument j»ersonne n'en parle. pcM'sonne n'y fait la moindre allusion. Cousin est bien le [tremier, sinon à l'avoir découvert, du moins à en siirnaler publiquement l'existence. Cette ignorance, ce silence ne sont-ils pas bien extraordinaires? C'est là un fait, je crois, unique dans l'histoire littéraire de Pascal. Tous ses autres écrits, même ceux qui furent longtemps perdus, comme son Ahrégé de la Vie de Jésus-Christ, par exemple, nous sont signalés par l'un de ceux qui s'intéressaient à sa gloire ou à son œuvre. Le Discours seul fait exception. Si c'est un pur hasard, voilà un hasard bien malencontreux.
Autre coïncidence un peu gênante. Le Discours est seul de son espèce dans l'œuvre tout entière de Pascal. Si épurée qu'en soit l'inspiration, ces quelques p^ges forment un curieux contraste, je ne dis même pas avec les traités scientifiques «lu
PASCAL A-T-IL KTK AMOLRKCX ? ini
grand écrivain, ou avec le Mystère de Jésns, mais avec les plus spirituelles des Pro^^inciales et les plus a mondaines » des Pensées. Qu'il v ait dans l'œuvre de Stendhal, ou dans celle de Senancour, ou dans celle de Michelet, un traité de VAinour, nous n'en sommes point étonnés. Mais dans celle de Pascal! S'il est vrai, suivant le mot du poète, (]ue
Quelques crimes toujours piécèclent les irrands (rimes,
— précèdent, ou suivent, — nous sommes un peu surpris que Pascal, ayant d'ailleurs si bien réussi, n'ait point récidivé, et qu'il n'ait pas, dans sa vie, d'autre « péché de jeunesse ».
Et assurément, tout est possible, et, comme l'a dit un autre poète.
Le vrai peut quelquefois n'être [>as vraisemblable.
Seulement, dans ce cas, le vrai, pour s'imposer à l'esprit, doit présenter des titres doublement éprouvés. Et ceux du Discours à la créance des lecteurs de Pascal doivent être vérifiés de fort près.
Cousin, lui, avait vite fait de trancher la question. « Ce n'est point une simple conjecture de mon esprit, déclarait-il superbement. D'autres avant moi, au xvii" siècle, des gens liés avec Port-Royal, qui connaissaient Pascal et sa famille, les bénédictins, lui ont attribué ce fraîrment.... » Et il concluait : « Je ne veux point j)Ousser plus loin la démonstration; le frairment est donc bien
152 liLAISl. l'ASC.VI..
<!(' Pascal. (Ml le croyait à Saiiit-(icrnjain, l'ouvra^H' lui-iiîèmo le |>r()iivc; ce n'c^sl |M)iiil une su|»j)osilion vraiseinMalile, c'rsl un fail imluMlaMe. »
(!«' iTesl même pas i;iie sii|»|K)sition vràisemlilahle. I/(»j»iiii(ni (les lM''né(lictiiis i\o Saint-(iermaiu-des-PiM's nous (''clia|»|»e altsolumeiit, et (Cousin s'en serait itien apei-cu, s'il avait t''tu<li('' «l'un |>eu |)lus près le manuscrit «loù il a tiré le texte «lu Discours. Ce manuscrit faisait partie, non pas du tout, comme il raffirme, avec sa fougue habituelle «l'inexactitude, du Résidu de Sainl-Germain, mais bien, comme le faisait observer un peu aigrement Faugère, un an après, du Fondis dp Sainl-(irrinnin- Gesvres. Il jtuilait alors le numéro "4 : il porte aujourd'hui, sur h*s Calalofjucs de la Bibliothèque Nationale (Fonds Français)^ le numéro lîloUo. Or, voici Toriginedu fonds de Saint-Germain-Gesvres'. Louis Potier, cardinal de Gesvres, ayant légué à Saint-Germain-des-Prés en 173G sa riche bibliothèque, — (jui semble avoir compris environ deux cents manuscrits, — les bénédictins de la célèbre abbaye en prirent livraison le 0 décembre 174o; et, à partir de ce moment, à Saint-Germain, comme plus tard à la Bibliothèque Nationale, jusqu'en 4865, . les manuscrits de Gesvres avaient appartenu, ainsi qu'en témoignent les ex libris, à B.-H. de Fourcy. Le nôtre est précisément de ceux-là. Il résulte de tout ceci jusqu'à l'évidence, — et la simple vue du manuscrit est à cet égard convaincante. — que les
1. Li'opold Deli.sh'. le Cabinet des mamiscrils de l<i BibUolhcqiie yationale, in-folio, Imprimerio nationale; t. II, 1874, p. 40-47, Ci.
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indications et renseifirnements qu'il fournit ne sont nullonient iniputahles aux bénédictins, pas plus «railleurs qu'ils ne le sont au cardinal <le Gesvres : ils ne le sont même pas à M. de Fourcy, mais simplement au copiste anonump qui a travaillé pour lui. Les moines de Saint-Germain se sont sans doute contentés de recueillir, avec les autres, le manuscrit qui contenait le Discours, de le cataloguer, et de le placer sur leurs rayons. S'ils l'ont lu, ou feuilleté, ils se sont abstenus de nous dire ce qu'ils en pensaient, et à qui ils en attribuaient les diverses pièces.
Quant à M. de Fourcy lui-même, — dont nous ignorons également l'opinion, et s'il en avait une, — il est, m'écrit M. Gazier, absolument inconnu dans le monde janséniste : ni les Xccrolofjrs, ni les Nouvelles ecclésiastiques ne le mentionnent. Les seuls renseignements que j'aie pu trouver sur son compte sont les suivants. Baltbazar-Henri de Fourcy appartenait, comme d'ailleurs le futur cardinal de Gesvres, à une grande famille parlementaire. Né le 24 juillet 1GG9, il fut nommé abbé commendataii'e de Saint-Yandrille-en-Gaux, diocèse de Rouen, en 1690, et reçu docteur en théologie de la Faculté de Paris, « de la maison et société de Sorbonne », le 2 août 1696. Il était chevalier de Malte depuis 1673'. Comme il est
I. Bibliothè({ue Nalionalo. Dr-partement des manuscrits. Dossiers bleus, 280. — M. Ch. 11. Boudiiors, dans .la revue VEnseignemeiit secondaire, a depuis donné quehiues nouveaux détails, sans très grande iinpoitaiice "d'ailleurs, sui' c.o ]{alllia/ar-lleuri de Fourcv.
itti HI,AI>I. l'AX.Al..
iialiirrl, l«»s qin'sti(m^ llipoloniinics diîv.iirnl liiih'iM'ssiM* vivoinenl, cl il seinltli' avoir recueilli (le loiih's mains des ilocmnents sur ces (juestioiis. .le note, parmi les manuscrits <jui j»roviennenl de sa IdldiotluMjue, un Traitt' <h hi prédestination, par \\v\ auteur |)rotestanl, des Mélangea sur le jansénisme, la Véritdlih' tradition de riù/lisr stir In prédestination et la f/ràce, par M. de Launoy, « docteur en tliéol(>irie de la maison et société de Navarre' ». Avait-il ac<|uis tons ces manuscrits, au fur et à mesure que» l'occasion s'en présentait? Ou bien faisait-il prendre des copies des |)ièces qu'il voulait conserver? C'est ce que l'on ne saurait dire. Quoi qu'il en soit, et pour en revenir au seul manuscrit (jui nous occupe, il y a lieu d'en donner une description plus minutieuse et plus exacte (|ue celle qu'en a donnée Victor Cousin. Ce manuscrit, de format petit in-quarto, que le catalogue date <lu x\uf siècle, est à proprement parler un recueil factice où l'on a réuni et relié après coup cinq pièces différentes de format analogue. Ces pièces qui, rappelons-le, sont de simples copies, sont intitulées ainsi, d'après les indications de la première page, qui sert de Table des matières : 1° Systèine de M. Nicole sur la Grâce; 2" Si la dispute de la grâce ne^t quune dispute de nom; 3" Discours sur les passions de C amour, par M. Pascal; 4° Lettre de M. de Saint-Kvremond sur la dévot ion feinte; 0° Introduction à la chaire. Ces cinq morceaux,
i. Catalogue général des nianuscrils de la Bibliothèque nationale. Ancien Saint-Germain français, t. III, 1000: Ernest Leroux (p. 290).
J'ASHAL A-T-II. KTl': AMOUREUX ? l'.o
(l'étendue fort inégale, — le recueil a 165 pages, numérotées d'un seul enté, mais écrites au recto et au verso, — sont tous d'écritures dillérentes, sauf le Discours et la Lctfrr de Snint-Evremond, fjui sont de la même écriture, et qui ont été copiés sur un papier identique et d'un filigrane différent de celui des autres pièces. Le titre général, au dos du manuscrit, — la reliure est du temps, — est le suivant : Nie ole^ de la gh[ace] AutreFs] pièc[es| M ANUsciuTE^s. Eu tète du Discours, de la même main et de la même encre que le texte même du Discours : Discours sur (es passions de l'amour. On rattrilnie à Monsieur Pascal. L' « attribution », on le voit, n'a rien de très sur d'elle-même; et elle est, — on ne saurait trop insister là-dessus, — lo fait d'un copiste anonyme^ Si l'auteur, également anonyme, de la Table des matières. — elle est d'une autre écriture que tout le reste du recueil, — a été plus affirmatif, il est visible que la seule raison qu'il en ait eue a été de faire court, et il a abrégé le titre du Discours, comme il a abrégé les titres des autres pièces qui composent le recueil. Ne disons pas, comme on le dit couramment encore, que les bénédictins ou les jansénistes ont cru que le Discours était de Pascal. Un seul homme, que nous sachions, avant Victor Cousin, l'a cru, ou du moins nous a dit que d'autres le croyaient, — quels sont ces autres, il a négligé de nous le
I. Le iiKil l'attribue a élé écrit en surcharge par-dessus un ct»nimencement de mot barré. Je ne note ce détail que pour être exact, et je ne songe à tirer de là aucune espèce de consécjuence.
liiO UI.AISK PASCAL.
•lire; — ri ccl hnmm(% il est possihlc, «jiioicjiH' jkmi probalilc, (ju'il ail rli'' héncdictin, <ni (|iril ait rt('; janséniste; mais Ir fait est c|U(' nous n'en savons rien; et tout ee (jue nous savons de lui, r'est qu'il s'est fait le copiste anonyme du Itiscourx sur Irs passions (Ir Idmnuv et d'un<' Lrtfrc de Saint-l^^vremoinl.
Cette Lettre, — je laisse à dessein de coté les autres pièces du recueil, <jui sont d'une autre écriture, et donc d'une» autre provenance, — cette Lettre est bien de Saint-Kvreinond : elle fijL'^ure dans les Œuvres imprimées du célèbre épicurien, et on la trouvera déjà, étrangement mutilée d'ailleurs, au tome II de l'édition in-quarto, de 1092' ; elle est atlressée .4 Mme D. /). IL ('. Elle est d'un caractère assez énigmatique. L'auteur parle-t-il sérieusement? On pourrait le croire par endroits. Ou bien se nioque-t-il plutôt? Il se pourrait qu'il ne l'eût pas très nettement démêlé lui-même. La langue en est parfois assez ferme; d'autres fois, la forme, qui veut être légère, est Itien lourde et bien contournée. Le fond en est un |)eu maigre : c'est une suite de variations sur les diverses sortes iVArsinoé. En voici le début :
A ce que j'apprends. Madame, vous voulez devenir dévote. J'en rends grâces à Dieu de tout mon cœur, ayant plus besoin en vos entretiens de la pureté des sentiments que vous allez avoir que de ceux qui pourraient vous être inspirés par le commerce des hommes. Je vous conjure comme intéressé avec le ciel de prendre une dévotion véri-
l'ASCAL A-T-IL KTÉ AMOUREIX? 157
table, cf pour rendre votre ilévolion telle que Je la veux, il sera bon devons dépeindre ce'le de nos dames telle qu'elle est, afin que vous puissiez ôviter les défauts qui raccompagnent....
Et plus loin :
Ces beautés bizarrts qui se donnenlàDieu pensent avoir éteint de vieilles ardeurs qui cherchent secrètement à se rallumt'r, et leurs amours n'ayant fait que changt-rd objet, elles gardent pour leurs dernières souffrances les mêmes soupirs et les mêmes larmes qui ont exprimé leurs vieux tourments; elles n'ont rien retranché des premiers troubles d'un cœur amoureux, des craintes, des saisissements, des transports; elles n'ont rien perdu de ces chers mouvements, des tendres désirs, des tristesses délicates et des langueurs précieuses....
J'en ai connu qui faisaient entrer dans leur dévotion le plaisir du changement, et qui, se dévouant à Dieu, goûtaient une joie malicieuse de l'infidélité ([u'elles pensaient faire aux hommes.
Ailleurs, enfin :
En quelques-unes. Dieu est un nouvel amant qui les console de celui qu'elles ont perdu; en quelques autres, la dévotion est un dessein d'intérêt et le mystère d'une nouvelle conduite. Vous en verrez de sombres et de retirées (lui préfèrent les Tartufes aux galants bien faits, quelquefois par le goût d'une volupté obscure, quelquefois elles voulaient s'élever au ciel de bonne foi, et leur faiblesse les fait reposer en chemin avec les directeurs qui les conduisent...
Tout cela est d'un tour assez « libertin », comme on disait alors, — si libertin même que l'éditeur de 1(')92 n'avait pas osé tout imprimer'. Si le
1. La Lettre est publiée intégralement au tome I de l'édition de 1705 des Œuvres meslées de M. de Saint-Evremond (Londres,
j:,h l;I.AI.sK l'AS(..U..
copislc rldil jaiisénisle, ou riUMiic lirnédicliu, ou même simpl(Miu'iit clerc, ou cou(;oil Irè.s bieu que, altin'' |>ai- le i:iau(l nom — supposé — de Pascal, il nous ait conservé le Discours : on ne comprend pas du tout qu'il ait [)ns la peine de copier ces quel(jucs pages de Saint-Evremond. La conjecture la plus vraisemblable que suggère tout cet ensembb' d'observations est peut-être la suivante. Un copiste laïque, et très laïque, sans rai)j>orts, (jue nous sachions, avec le monde janséniste, a eu communication de deux pièces qui circulaient sous le manteau dans la société polie ou épicurienne de la fin du \y\f siècle. L'une était bien de Saint- Evremond. L'autre présentait, en certaines de ses parties, de si curieuses analogies avec quelquesunes des Pensées alors connues, que certains, sans y regarder de trop près, sans se poser même la question de pastiche possible, ou d'imitation invcjlontaire, ont pu prononcer à ce sujet le nom de Pascal. Il nous a transmis ces deux pièces; il s'est fait l'écho des propos, plus ou moins consistants, quil avait entendus. On a relié ces deux morceaux
chez Jacob Touï«uii) et d.iiis les édiliuns suivantes. Elle est iiililuiée simplement à Madame de ***. L'édition de 1705, « publiée sur les manusciils de l'auteur » par Silvestre et Des Mai/.eaux, est la première édition officielle et avouée de Saint-Evremond. « 11 faut encore remarquer, disait la Préface, que dans les éditions de Paris, on a supprimé, ou du moins déliguré tous les noms, et qu'on a retranché bien des endroits qui paraissaient trop libres. » — Il y a donc tout lieu de croire que la copie de la Lettre dont nous nous occupons est antérieure à 1705 : car (juel intérêt aurait-on eu, après 1705, à faire la copie d'une pièce qu'on pouvait lire tout au long sur Timprime? Et peut-être la copie du Discours sur l'Amour est-elle éiralemeut antérieure à cette date.
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avec trois autres pièces de format analogue et relatives à des questions religieuses. Et le recueil ainsi compose' est allé échouer dans la bibliothèque de Tabbé de Fourcy, puis dans celle du cardinal de Gesvres, puis à Saint- Germain -des-Prés, et enlin à la Bibliothèque'Xationale. Et Ton voit combien il est inexact de dire avec Havet : « Qui donc, parmi les personnes attachées à Port-Ruyal ou à la famille Perier, et qui conservaient les traditions de la petite Église, qui donc se fût avisé de dire ou de laisser croire qu'un discours sur CAmour fût de Pascal, s'il y avait eu moyen de croire le contraire? » ou avec M. Brunschvicg : « Quel est le janséniste qui se serait soucié de le recopier et de le conserver, ou qui se serait amusé à faire un pastiche de Pascal sur cette matière de Tamour? » Nous ne pouvons pas même affirmer, et rien ne nous permet de supposer qu'un seul janséniste ait connu l'existence de ce Discours.
Et enfin, voici, pour confirmer tous nos doutes, un fait nouveau d'une extrême importance, et qui, si je ne m'abuse, change singulièrement les données du problème. Le manuscrit étudié par Cousin et utilisé par tous les éditeurs successifs, — ou plutôt, car ils ne s'y sont guère reportés, par Faugère et par M. Brunschvicg, — ce manuscrit n'est pas le seul que nous possédions du Discours. Il en existe un autre à la Bibliollièque Nationale, et qui semble avoir été découvert à la Bibliothèque même aux environs de 1860. Le texte en est beaucoup plus salisfaisaFit à tous égards (jue le texte courant,
16»» lil.MM. l'A.sCAL.
«I(nil il dillViM.' sur niic ciiniuaiilaino di' points; cl surlnut, rlioso assez curieuse, le nota dr Pascal )t'i/ est 7m'mr juis prononcé. Quelle est l'exacte prove nance île ce manuscrit? C'est ce qu'il est assez dif licile de dire. Le cataloiiue imprimé le date du xvuT siècle. 11 paraît bien, comme le 19303, une pure <'t simple copie : mais l'écriture, la ponctua tion, la disposition même des matières en soûl beaucoup plus soiiiuées. Celte copie, comme l'autir du reste, a-t-elle été faite sur l'original, nu sur une autre copie? Est-elle antérieure à l'autre? ou contemporaine? ou postérieure? Ce sont Là des questions dont la solution nous échappe, au moins présentement. Tout ce que l'on peut dire, encore une fois, c'est que la version qui nous est ici présentée par ce second manuscrit' est incontestaldement
i. Catalogue général des manuscrits français de la Bibliothcqnr .Sationale. y ouvelle^ .acquisitions françaises, Ernest Leroux, 190n. t. II, p. 110. — Cl' second manuscrit est coté iOl.i. C'est un tout petit volume in-IS, de 52 papes : il avait dabord été classé, et peut-être trouvé parmi les imprimés. La reliure en est toute moderne : évidemment, il a été pairiné et envoyé à la reliure par la personne (jui la découvert. Il comprend deux pièces : d'abord, et d'une très belle écriture, le Discours : en tète, comme titre, simplement. Discours sur les passions de l'amour. Les différentes pensées ou maximes qui composent le Discours sont séparées les unes des autres, non seulement par des alinéas beaucoup plus intellip-emment distribués que dans le manuscrit rival, mais encore par de petits traits verticaux à la fin de chaque paragraphe. A la suite du Discours, d'une autre encre et d'une autre écriture et d'un autre papier, une petite pièce de vers, qui, manifestement, en était primitivement indépendante, et qui est intitulée le Pater noster des Jésuites. C'est une méchante rapsodie irallicane ou janséniste à l'adresse du roi d'Espagne Philippe IV, et qui remonte apparemment à la régence d'Anne d'Autriche. En tète, une petite croix, comme en font d'ordinaire les prêtres
I»ASCAL A-T-IL KTK AMOl KKL'X? 161
meilleure, et, vraisemldaMement. plus conforme à roriizinal que celle du mauuscrit découvert par Victor Cousin. Des mots omis, ou lual lus, ou mal transcrits j)ar Fautre copiste, et <pie Fou avait dû conjecturer, sont, dans ce nouveau texte, Festitués en leur teneur authentique. Des phrases inintellig-ibles, et à propos desquelles on avait fait des prodiges de subtilité pour arriver à ne les point entendre, apparaissent ici d'un clarté limpide. On lisait, par exemple, jusqu'alors : « Quoique ce soit une même |)assion, il faut de la nouveauté; Fesprit s'y plaît; et qui sait se la procurer sait se faire aimer ». Il faut lire désormais : « Et qui sait la j>rocurer [la nouveauté] ». On lisait encore : (( Dans Famour. ces deux qualités [le naturel et la vivacité] sont nécessaires : il ne faut rien de force, et cependant il ne faut rien de lenteur ». Qu'on lise avec le second copiste : « Il ne faut l'ien de forcé, et cependant il ne faut poirtf de lenteur »,
quand ils écrivent. Kn voici, à litre de curiosité, la première ;«trnphe :
Pliilippe. Koi de tous les liommes, Nous ne serons jamais ninets De confesser tous que nous sommes Tes chers enfants, et que tu es Pater noster.
Ce manuscrit m'aurait très probablement échappé, si M. Gazier, (|ui a bien voulu maider au cours de mes recherclies, avec une oblig-eance et une activité dont je ne saurais trop lui exprimer toute ma gratitude, ne l'avait découvert comme par hasard, en feuilletant les cataloirues manuscrits de la Bibliothè(|ue, et ne m'en avait signalé l'existence et l'intérêt. Puisque M. Gazier n'a pas voulu tirer parti lui-même de sa découverte, il est de toute justice que l'on sache que je lui en suis redevable.
lf,2 HL.MSK PASCAL.
ol tout sVx|>li(|ii(\ Ailloiirs enfin, nous lisions, non sans (|url«jii(' lioiiMo : « L'amour n'a point d'à^^r : il est toujouis naissant . Ia's portes l'ont dit; c'<»st pnur cela (pi ils nous le représentent romine un enfant. Mais sans lui rien demander, nous le sentons'. » Il faut lire, ce qui oITre un sens : « Mais sans h'ur rien demander [aux poètes], nous le sentons ». On pourrait multijdier les exemples. Ceux-là suffiront peut-être à établir l'incontestalde supériorité, sinon l'antériorité, du second texte par rapport au premier. Et ne peut-on pas, à tout le moins, s'étonner qu'un copiste aussi consciencieux, si réellement le Discour.^ était de Pascal, n'en ait l^as été informé, et n'en ait pas fait mention?
Mais, dira-t-on sans doute, si le Dhcoiirs sur les passions de V amour n'est point de Pascal, de qui est-il-? Nous ne sommes point tenus de le recher-
1. Le dernier éditeur du Discours sur les jinssimts dr i'amour. M. G.Michaut, s'est évertné, après M. Brunschvicfr, à expliquer ee passa^re: et voici l'explication qu'il nous proposait : « Cela veut-il dire, se demande-t-il : L'amour a dans notre àme une éternelle jeunesse: il a toujours la nouveauté d'un sentiment qui vient de naître. Mais, tout enfant qu'il soit, nous ne le sentons pas moins, nous le subissons, sans avoir a lui demander compte de sa durée, de son àtrc? •■ Notre nouveau texte, on Je voit, rend toute cette ingéniosité d'interprétation inutile.
Il n'y a guère (ju'un point où le texte de l'ancien manuscrit me paraisse réellement supérieur au texte nouveau: et la divergence s'explique par une faute d'inattention du copiste qui a simplement passé une ligne. 11 a écrit : - Les autqurs ne nous peuvent pas bien dire les mouvements de l'amour de leurs héros : il faudrait (|u'ils fussent héros eux-mêmes ».
2. Notons un i»etit détail de langue sur lequel il serait puéril de vouloir échafauder tout un système, mais qui peut contribuer, s'il est tout à fait exact, à renforcer l'opinion de ceux (jui inclineraient à croire que le Discours n'est pas de Pascal. « C'est
cher: et nous y sommes même tenus d'autant moins qu'ici les indices positifs nous font entièrement défaut, et que les hypothèses les plus diverses peuvent se donner carrière. Pour ne citer que des noms connus, le Dhcours est-il de Saint -Evremond, de Méré', de Miton, — et pourquoi pas de La Bruyère? N'est-il pas plutôt d'un esprit, sinon « supérieur », tout au moins extrêmement disting-ué, et qui, nourri de Pascal et de Descartes, — car M. G. Michaut, dans son édition du DiscourR-, a fort bien montré qu'il y avait dans ce morceau presque autant de Descartes que de Pascal, — et doué d'ailleurs d'un très joli tour de style, comme tant de gens, même obscurs, de son temps, — on
de là, y lisons-nous, c'est de là que ceux de la cour sont mieux reçus dans l'amour que ceux de la ville. » — Je ne crois pas avoir rencontré l'expression « la ville » opposée à « la cour » avant 1660 : il me semble, — et M. Huguet. dans son tout récent et préciewc Petit Glossaire des classiques françaises du XVII" siècle, Paris, Hachette, 1907 [article iu//e], me confirmerait dans cette impression. — il me semble que ce tour date du règne personnel de Louis XIV. Et le Discours, s'il est de Pascal, ne pouvant pas être postérieur à 1634. on voit la conséquence, — que je ne veux point tirer, n'étant pas assez sûr de mon fait.
1. L'attribution au chevalier de Méré, — l'idée m'a été suggérée par (juelqu'un qui devrait bien la reprendre et la développer publiquement, pour le plus grand plaisir des lecteurs du Journal des Débats, puisqu'elle est de M. Chantavoine, — cette attribution pourrait s'appuyer sur ce fait que la fameuse distinction entre l'esprit géométrique et l'esprit de finesse, qui figure et dans le Discours et dans le traité de VEsprit géométrique et dans les Pensées, semble bien avoir été empruntée par Pascal à Méré. Toutefois, — et j'emprunte cette observation au livre de -M. Strowski dont j'ai parlé plus haut, — il y a lieu de noter que la formule même « esprit géométrique - et « esprit de finesse » n'est nulle part dans Méré, et qu'on ne la trouve que dans Pascal, — ou dans ceux qui ont lu Pascal.