E NOUVEAU TEXTE DU « DISCOURS SUR LES PASSIONS DE LWMOUR
— L'homme est né pour penser; aussi n'est-il pas un moment sans le faire; mais les pensées pures, qui le rendraient heureux, s'il pouvait toujours les soutenir, le fatiguent et rabattent. C'est une vie unie à laquelle il ne peut s'accommoder; il lui faut du remuement et de l'action, c'est-à-dire qu'il est nécessaire qu'il soit quelquefois agité des passions, dont il sent dans son cœur des sources si vives et si profondes.
— Les passions qui sont le - plus convenables à l'homme, et qui en renferment beaucoup d'autres, sont l'amour et l'ambition : elles n'ont guère de liaison ensemble; cependant on les allie assez souvent; mais elles s'affaiblissent Tune l'autre réciproquement, pour ne pas dire qu'elles se ruinent.
— Quelque étendue d'esprit que Ton ait, l'on n'est capable que d'une grande passion : c'est pourquoi, quand l'amour et l'ambition se rencontrent ensemble, elles ne sont grandes que de la moitié de ce qu elles seraient s'il
1. Je crois devoir reproduire ici, dans son intégralité, le texte (hi Discours tel que nous le donne le ins. 4 01."): je rejette on note li's variantes du ms. 19 30:J.