Var. 19 -303 : on a beau se cacher, l'on aime
forme J«"s id»*es de beau ou de laid sur toutes choses. Cependant, quoique Thomme cherche de quoi remplir le grand vide qu'il a fait en sortant de soi-même, néanmoins il ne peut pas se satisfaire par toutes sortes d'objets. Il a le cœur trop vaste; il faut au moins que ce soit quelque chose qui lui ressemble, et qui en approche le plus près. C'est pourquoi la beauté qui peut contenter Thomme consiste non seulement dans la convenance, mais aussi dans la ressemblance : elle la restreint et elle l'enferme dans la difîérence du sexe.
— La nature a si bien imprimé cette vérité dans nos âmes, que nous trouvons cela tout disposé ; il ne faut point d'art ni d'étude; il semble même que nous ayons une place à remplir dans nos cœurs et qui se remplit effectivement. Mais on le sent mieux qu'on ne le peut dire. Il n'y a que ceux qui savent brouiller et mépriser leurs idées qui ne le voient pas.
— Quoique cette idée générale de la beauté soit gravée dans le fond de nos âmes avec des caractères ineffaçables, elle ne laisse pas que de recevoir de très grandes différences dans rapplication particulière; mais c'est seulement pour la manière d'envisager ce qui plaît. Car l'on ne souhaite pas nùment une beauté, mais l'on y désire mille circonstances qui dépendent de la disposition où l'on se trouve; et c'est en ce sens que l'on peut dire que chacun a l'original de sa beauté, dont il cherche la copie dans le grand monde. Néanmoins les femmes déterminent souvent cet original. Comme elles ont un empire absolu sur l'esprit des hommes, elles y dépeignent ou les parties des beautés qu'elles ont, ou celles qu'elles estiment, et elles ajoutent par ce moyen ce qui leur plaît à cette beauté radicale. C'est pourquoi il y a un siècle pour les blondes, un autre pour les brunes, et le partage qu'il y a entre les femmes sur l'estime des unes ou des autres fait aussi le partage entre les hommes dans un même temps sur les unes et sur les autres.
— La mode même et les pays règlent souvent ce que l'on appelle beauté. C'est une chose étrange que la coutume se
' mêle si fort de nos passions. Cela n'empêche pas que chacun
APPENDICK. 203
n'ait son idée de beauté sur laquelle il juge des autres, et à laquelle il les rapporte ; c'est sur ce principe qu'un amant trouve sa maîtresse plus belle, et qu'il la propose comme exemple.
— La beauté est partagée en mille différentes manières. Le sujet le plus propre pour la soutenir, c'est une femme. Quand elle a. de l'esprit, elle l'anime et la relève merveilleusement.
— Si une femme veut plaire, et qu'elle possède les avantages de la beauté, ou du moins une partie, elle y réussira; et même si les hommes y prenaient tant soit peu garde, ({uoiqu'elle n'y tachât point, elle s'en ferait aimer. Il y a une place d'attente dans leur cœur, elle s'y logerait.
— L'homme est né pour le plaisir : il le sent, il n'en faut point d'autre preuve. Il suit donc sa raison en se donnant au plaisir. Mais bien souvent il sent la passion dans son cœur sans savoir par où elle a (^ommen<é.
— Un plaisir vrai ou faux peut remplir également l'esprit. Car qu'importe que ce plaisir soit faux, pourvu que l'on soit persuadé qu'il est vrai?
— A force de parler d'amour, l'on ' devient amoureux. Il n'y a rien si aisé. C'est la passion la plus naturelle à Ihomme.
— Lamour n'a point d'âge; il est toujours naissant. Les poètes nous l'ont dit; c'est pour cela qu'ils nous le représentent comme un enfant. Mais sans leur- rien demander, nous le sentons.
— L'amour donne de lesprit, et il se soutient par l'esprit. Il faut de l'adiesse pour aimer. L'on épuise tous lesjours les manières de plaire ; cependant il faut plaire, et l'on plaît.
— Nous avons une source damour-propre qui nous rei)résente à nous-mème^ comme pouvant remplir plusieurs places au dehors; c'est ce qui est cause que nous sommes* aises d'être aimés. Comme on le souhaite avec ardeur, on le remarque bien vite, et l'on se ' reconnaît dans
\. Var. 19.30:3 : on dcvirnl....