Var. 19 303 : Tamitié des dames
— Cet oubli que cause l'amour, t-i cet attachement à ce que l'on aime, fait naître des qualités que Ton n'avait point' auparavant. L'on devient magnifique, sans jamais l'avoir- été. Un avaricieux même qui aime devient libéral, et il ne se souvient pas d'avoir jamais eu une habitude opposée : l'on en voit la raison en considérant qu'il y a des paissions qui resserrent l'àme et qui la rendent immobile, et qu'il y en a qui l'agrandissent et la font répandre au dehors.
— L'on a ùté mal à propos le nom de raison à l'amour, et on les a opposés sans un bon fondement, car l'amour et la raison n'est que la-^ même chose. C'est une précipitation de pensées qui se porte d'un côté sans bien examiner tout, mais c'est toujours une raison, et l'on ne doit et on ne peut souhaiter* que ce soit autrement, car nous serions des machines très désagréables. N'excluons donc point la raison de l'amour, puisqu'elle en est inséparable.
— Les poètes n'ont donc pas eu raison de nous dépeindre l'amour comme un aveugle; il faut lui ôter son bandeau, et lui rendre désormais la Jouissance de ses yeux.
— Les âmes propres à l'ajnour demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette manière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion. C'est de là que ceux de la cour sont mieux reçus dans l'amour que ceux de la ville, parce que les uns sont tout de feu, et que les autres mènent une vie dont l'uniformité n'a rien qui frappe.
— La vie de tempête surprend, frappe et pénètre. 11 semble que l'on ait toute une autre àme quand l'on aime que quand l'on n'aime pas'; on s'élève par cette passion, et on devient touf' grandeur, il faut donc quele reste aitpro-
que l'on n'avait pas....
sans ravoir jamais été....
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quand on aime ((ur quand on n'aime....
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lu 303
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portion ; autrement cela ne convient pas, et partant cela est désagréable.
— L'agréable et le beau n'est que la même chose, tout le monde en a l'idée. C'est d'une beauté morale que j'entends parler, qui consiste dans les paroles et dans les actions de* dehors. L'on a bien une règle pour devenir agréable: cependant la disposition du corps y est nécessaire; mais elle ne se peut acquérir.
— Les hommes ont pris plaisir à se former une idée dagréable si élevée, que personne 2 n'y peut atteindre. Jugeons-en mieux, et disons que ce n'est que le naturel, avec une facilité et une vivacité d'esprit qui surprennent. Dans l'amour ces deux qualités sont nécessaires : il ne faut rien de forcé, et cependant il ne faut point ^ de lenteur. L'habitude donne le reste.
— Le respect et Tamour doivent être si bien proportionnés qu'ils se soutiennent sans que le * respect étoufTe l'amour.
— Les grandes âmes ne sont pas celles qui aiment le plus souvent: c'est d'un amour violent que je parle : il faut une inondation d,e passion pour les ébranler et pour les remplir. Mais quand elles commencent à aimer, elles aiment beaucoup mieux.
— L'on dit qu'il y a des nations i)lus amoureuses les unes que les autres : ce n'est pas bien parler, ou du moins cela n'est pas vrai en tout^ sens. L'amour ne consistant que dans un attachement de pensées^, il est certain qu'il doit être le même par toute la terre. Il est vrai que, se terminant autre part que dans la pensée, le climat peut ajouter quelque chose, mais ce n'est que dans le corps.
— Il est de l'amour comme du bon sens; comme l'on