‹ Blaise PascalChapitre 45 sur 54 · I/EVOLITION RELIGIEUSE DE PASCAL · texte numérisé non relu

I/EVOLITION RELIGIEUSE DE PASCAL

« Un cas humain représenté au vif » : je ne sais pas de formule qui exprime mieux que ce mot du vieil Amyot l'intérêt Jramati(|ue et toujours vivant qui s'attache à l'histoire morale de « cet effrayant génie » auquel nous devons tout à la fois le Traité du Vide et le Mystère de Jésus.

[.Œuvres de Pascal, par MM. Léon Brunscli\ ic;r et Picrro Houlroux. Gvol.in-8, Hachette. 1904-1900: — Porl-Royal au XVlf siècle, Inuujes cl Portraits, par M. Augustin Gazier, 2* édition, in-4: Hachette, 1909: — Mémoires de Godefroi Herinant sur l'histoire ecclésiastique du XVir siècle, publiés par M. A. Gazier, 5 vol. in-8; Pion, 1905-1908;

— Pascal et son temps, par M. F. Strowski, 4^ édition revue et corrigée, 3 vol. in-16; Pion, 1900; — Pascal inédit, par M. Ernest Jovy, Vitry-le-François, Tavernier, in-8, 1908: — C Angoisse de Pascal, par M. Maurice Barrés (Journal de VLniversilé des Annales, 25 mai 1909);

— la Conversion de Pasral, par Henri Brémond (V Inquiétude religieuse, 2' série, in-16: Perrin, 1009, étude fort remarquable, et à laquelle nous ferons plus d'un emprunt): — Sotes sur Pascal et son temps, par M. Ch.-H. Boudhors (rHnsciqnement secondaire, T' et 15 décembre 1909). — Cf. Pascal, par M. Emile Boutrou.x, in-10: Hachette;

— les Époques de la Pensée de Pascal, par M. G. Michaut, in-16 Fontenloin^^

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Il est né 011 |>leine renaissance religieuse. C'est le moment où le catholicisme français, pour mériter et consolider la victoire qu'il a remportée sur l'hérésie, opère sur lui-même la rigoureuse réforme qu'on avait réclamée de lui depuis plusieurs siècles. Nombre d'ordres nouveaux se fondent; les ordres anciens reviennent à la pureté de leur institution primitive; le clergé séculier remet en honneur ses antiques traditions de science et de vertu. De saints personnages apparaissent, François de Sales, Vincent de PauL Olier, BéruUe, combien d'autres, véritables héros de l'action chrétienne, qui usent leur vie à restaurer dans le cloître et dans le monde lidéal évangélique. Le P. de Condren, qui « dirigeait tout ce qu'il y avait de saints dans Paris », n'hésitait pas à dire que ce siècle « était le siècle des saints et ne cédait en rien aux premiers temps de l'Eglise ». C'est en iG23, année de la naissance de Biaise Pascal, que Saint-Cyran entre en rapports avec la mère Angélique; et, à quatre ans de là, le duc de Ventadour créait la Compagnie du Saint- Sacrement.

Si la mère de Pascal avait vécu, aurait-elle mêlé quelque raffinement de mysticisme féminin à l'éducation chrétienne de ses enfants? Nous ne le savons pas : nous ignorons à peu près tout d'Antoinette Bégon, de son caractère, de sa tournure d'esprit, de son tempérament moral, et nous en

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sommes réduits sur son compte à cette ligne trop laconi(|ue du Recueil (VUtrecJit : « Elle avait aussi beaucoup d'esprit, et elle était très pieuse et très charitable. » Ce qui est sur, c'est que le président Pascal, resté veuf, éleva ses trois enfants fort chrétiennement, mais sans austérité, et même avec une certaine liberté d'allures : 1' « intime ami » de cet épicurien de Le Pailleur, dont M. Slrowski nous a tracé un si vivant portrait, ne semblait pas prédestiné à un jansénisme bien farouche. A vrai dire, il croyait aux sorciers, et Marguerite Perier nous a conté à son sujet une bien étrange histoire de diablerie. Mais, à l'ordinaire, sa religion, solide, sensée, dépourvue de tonte exaltation, était celle dun « honnête homme ». Il avait « pour maxime, nous dit Mme Perier. ([ue tout ce qui est Cobjet de la foi ne le saurait ptre de la raison, et beaucoup moins y être soumis » ; et ces maximes, « souvent réitérées », pieusement et docilement acceptées par son fds, avaient fait « une si grande impression sur l'esprit » de ce dernier qu'elles le préservèrent toujours, et <le son propre aveu, de tout « libertinage » et (|ue, de très bonne heure, elles le rendirent « soumis à toutes les choses de la religion comme un enfant ». Cette rigoureuse distinction des deux domaines, cette « cloison étanche » que l'on établit entre deux groupes de réalités, de facultés et de connaissances, entre le laboratoire et l'oratoire, correspondait si bien à un besoin de la pensée du temps, qu'on la retrouve au fond de la philosophie de Descartes, et que celui-ci lui dut

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une partie de son succès. Conception ingénieuse, profonde peut-être, mais surtout commode, et qui convient excellemment à une époque également éprise d'activité religieuse et de rationalisme scientifique. Pour être pleinement efficace et remplir tout son objet, elle exige de ceux qui l'ont adoptée une pondération, un équilibre qui sont toujours cbose assez rare chez un être humain. Combien d'hommes seraient capables de faire deux parts exactes de leur vie et de vouer lune k la science, et l'autre à la « connaissance mystique »? Suivant le côté où Ton penche, la théorie qu'Etienne Pascal avait inculquée à son lils peut tout aussi bien légitimer une certaine incuriosité des choses religieuses que des enquêtes rationnelles. On réserve, on met à part, — pour n'y guère pénétrer, — le domaine qu'on ne se sent point fait pour explorer; et le vers ironique du poète peut ici trouver aisément son application :

Sacrés ils sont, car personne n'y touche.

C'est ce que vérifie à bien des égards le cas de Pascal lui-même. Chrétien sincère, respectueux, et même, si Ton veut, très suffisant, il a commencé, pourtant, à l'exemple de son père, par n'être pas un chrétien très fervent. La précocité de son génie scientifique l'emporte sur tout le reste; « bornant » tout d'abord « sa curiosité aux choses naturelles », son ardeur de connaître, de chercher, d'inventer, de comprendre était incroyable: et chacun autour "ile lui, à commencer par son père, tout fier d'avoir

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un tel fils, s'entendait à encourager cette passion (les certitudes rationnelles. A seize ans, il est considéré comme un jeune maître par les plus grands savants de Tépoque, Hoberval, Fermât, Desargues; il compose un Essai pour les coniques qui contient un théorème auquel il a laissé son nom, et « qui passa pour un si grand effort d'esprit, qu'on disait que, depuis Archimède, on n'avait rien vu de cette force ». A vingt ans, il conçoit le principe d'une Machine arithmétique qui allait faire l'admiration des contemporains. Tout ce que le libido sciendi peut comporter dejouissances, Biaise Pascal l'a de bonne heure épuisé.

Si la science pure l'occupe surtout, elle ne l'absorbe pourtant pas d'une manière exclusive. La culture que lui avait donnée son père était fort suffisamment littéraire et philosophique. Nul doute qu'il ne se tînt au courant, et qu'il ne lut ce qui paraissait d'important, et probablement aussi quelques bons livres du passé. Je serais étonné, par exemple, qu'il n'eut pas pris déjà contact avec Montaigne; et comment eùt-il ignoré Corneille, lequel d'ailleurs fréquentait chez son père? 11 est à présumer aussi qu'à Paris, et surtout à Rouen, il vit un peu le monde. Mais son travail ne lui laissait apparemment pas beaucoup de loisirs, et ses affections familiales, surtout celle qui l'unissait à sa sœur Jacqueline, donnaient pleine satisfaction aux besoins de sa sensibilité juvénile. En un mot, la vie qu'il menait, peu différente de ceHe d'Etienne Pascal, était exactement celle d'un « honnête

homme selon le monde » particulièrement voué aux recherches scientifiques; et manifestement, jusque vers Tàge de vingt-trois ans, les préoccupations religieuses sont àTarrière-plan de sa pensée.

Je dis à l'arrière-plan: je ne dis pas qu'elles en aient été complètement absentes. D'abord, nous sommes très loin de tout connaître de la. première jeunesse de Pascal, et par exemple, sur une àme ardente et passionnée comme la sienne, nous serions assez curieux de savoir quel fut l'effet, si souvent décisif, de la première communion. D'autre part, si ignorants que nous puissions être de bien des faits essentiels de sa vie intérieure, nous entrevoyons néanmoins que l'idée chrétienne y était encore assez présente. L'Essai pour les coniques se termine par ces lignes fort significatives : « Après quoi, si l'on juge que la chose mérite d'être continuée, nous essaierons de la Yioussev Jusques oh Dieu nous donnera la force de la conduire. » Nous ne voyons pas bien Laplace terminant un traité de mathématique par une formule de cette nature.

11 semble bien pourtant que livresse des certitudes scientifiques soit alors la passion dominante de ce savant de vingt ans. Son invention d'une machine arithmétique l'a rempli de joie et de fierté, et il faut l'entendre, dans sa lettre dédicatoire au chancelier Séguier, célébrer « cette véritable science, qui, par une préférence toute particulière, a l'avantage de ne rien enseigner qu'elle ne démontre ». « Il a osé tenter une roule nouvelle

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dans un champ tout hérissé «l'épines, et sans avoir (lo 2:iii(le pour s'y frayer le chemin. » A ce ton «rorgueilloLise audace, à cette confiance dans son j^énie et dans la raison, on reconnaît une àme que l'humilité chrétienne n'a [)as encore pénétrée bien profondément.

Mais s'il est vrai, comme le dira plus lard l'auteur des Pen.^ce.'i, que « la maladie soit Tétat naturel du chrétien », c'est un état dont l'expérience |)ersonnelle ne devait pas lui être longtemps épargnée. Si lier et si liardi (|ue soit le « roseau pensant », c'est une loi de la condition humaine qu'il ne tarde guère à rencontrer sa limite : le « brin d'herbe », la « goutte d'eau » « qui suffisent pour le tuer » ne sont jamais bien loin de sa route. Le labeur ininterrompu auquel s'était livré Pascal depuis sa plus tendre enfance avait fini par ébranler sa santé, qui paraît avoir toujours été un peu chétive. « 11 nous a dit quelquefois, écrit Mme Perier, que, depuis l'âge de dix-huit ans, il n'avait pas passé un jour sans douleur. » Il est à croire que la maladie eut sur lui son effet habituel : elle a ramené sa pensée sur elle-même, l'a arrachée aux « divertissements », même nobles, qui risquaient de l'absorber et de la séduire, elle l'a rappelée aux méditations essentielles; elle l'a aidée à prendre conscience de sa « grandeur >> et en même temps de sa c< misère »; enfin elle dut affiner, exaspérer une sensibilité qui semble avoir toujours été à la fois très subtile et très ardente et qui, pour s'être renfermée dans le cercle étroit des

tendresses familiales, n'en était pas moins riche, ni moins profonde. Sous l'apparence régulière de ses occupations coutumières et de son activité scientifique, son àme, à son insu peut-être, se renouvelait donc. Le Dieu « sensible au cœur >> allait pouvoir y frapper.

On sait en quelles circonstances se fit ce qu'on est convenu d'appeler « la première conversion >> de Biaise I^ascal : la chute de son père sur la glace, en janvier Hii<l, Tintervention et l'apostolat de deux gentilshommes jansénistes, les nouvelles lectures de piété faites sous leur influence et, finalement, l'enthousiaste adoption des doctrines et des pratiques léguées par Saint-Cyran. On venait de publier les Lettres chrétiennes et spirituelles de. ce dernier; c'était le vivant commentaire du traité, alors récent, d'Arnauld, sur la Fréquente communion, et de YAugustinus, de Jansénius. Si l'on joint à tous ces ouvrages un discours de l'évéque d'Ypres, sur la Réformation de Vhomme intérieur, qu'Arnauld d'Andilly venait de traduire en français, et que tous les historiens nous signalent comme ayant fait une très vive impression sur Pascal, on aura là les principaux écrits dont la lecture fit naître ou redoubla dans toute la famille « le désir de se donner à Dieu ».

Biaise fut « le premier touché », et nous savons avec quelle ardeur conquérante, une fois converti

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lui-même, il convertit son père, puis sa sœur Jacqueline, et enfin sa sœur (iilberte et son l»eaufrère, M. Perier. Une fois conrerli, écrivons-nous : qu'est-ce à dire? Le mot conversion, nu xvii^ siècle et particulièrement dans la lanirue janséniste, ne s'entend pas du tout, et nécessairement, du passage de l'incrédulité à la foi, mais simplement d'une religion un peu tiède à un christianisme plus scrupuleux et plus exactement pratiqué. Tel fut bien le cas de Pascal. Rien ne nous permet de penser, — surtout jusqu'en 464G, — et, au contraire, tout nous porte à nier que sa foi chrétienne ait été, ne disons même pas entamée, mais effleurée par aucun doute. Le témoignage de Mme Perier sur ce point est formel : « Il avait été jusqu'alors préservé, par une protection de Dieu particulière, de tous les vices de la jeunesse, et ce ijui est encore plus êlrange à un esprit de cette trempe et de ce caractère, il ne s'était jamais porté au libertinage pour ce qui regarde la religion. » Il n'y a pas lieu d'y contredire.

Mais ce qui est sujet à discussion, à distinction et à réserve, c'est le caractère même de cette première conversion de Pascal, c'en est la nature ou l'espèce, et le degré, non pas certes de sincérité, mais de profondeur. S'il était possible d'expliquer et de définir d'un mot ce quelque chose d'assez complexe et obscur, qu'est toujours une crise d'àme, je dirais volontiers que cette conversion de Pascal fut essentiellement une conversion intellechi.elle. Ce «jui fut « touché » en lui. dans ce premier

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contact avec le jansénisme, ce n'est pas, ou ce n'est guère ce qu'il appellera plus tard « le cœur », je veux (lire les [tarties les plus profondes de sa nature, sa sensibilité, sa volonté, nnais bien plutôt celles qui passent à juste titre pour les plus superficielles de notre être, cette intelligence dont il était si fier et dont, jusqu'alors, il avait si àprement poursuivi les satisfactions. On se rappelle, dans V Avenir de la Science, le mot de Renan sur luimême à viniît-cinq ans : il se représente « vivant uniquement dans sa tète et croyant frénétiquement à la vérité. » Le mot s'appliquerait assez bien au Pascal de l()4o : Y « encéphalite », dont il est atteint lui aussi, a jeté en lui de vivaces racines. Il ne voit partout que questions à résoudre, théories à édifier, syllogismes à enchaîner. La solution janséniste du problème de la vie et de la destinée frappe son esprit par sa rigueur logique et il l'accepte sans coup férir. Sous les subtils raisonnements des « livres de piété » qu'il a lus, il ne semble guère avoir vu et senti la profonde vie intérieure qu'ils recouvrent. Du moins, il ne paraît pas avoir éprouvé la nécessité ou le besoin, comme après une grande crise morale, de changer du tout au tout le train de son existence quotidienne et de travailler activement àla « réformation de l'homme intérieur ». La vérité religieuse est pour lui un système déterminé d'idées « claires et distinctes » auquel il apporte l'adhésion de son intelligence, non pas une communion croissante de tout l'être intime avec une réalité ineffable qui le pénètre, le

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renouvelle et TalTranchit. Dans cette première ferveur de ses vingt-trois ans, Pascal s'est surtout converti à une théoloiiie.

Et c'est pourquoi, sans doute, il a pu. sans difficulté, et, ce semble, sans 2:i'f>nde lutle intime, se laisser reprendre à sa vie scientifique. Il n'a pas (juitté la région des idées pures et des vérités abstraites. Mme Perier, suivie en cela par le Recueil (l'L'tvecht, se trompe quand elle déclare que « la première conversion de Pascal termina toutes ses recherches, de sorte que, dès ce temps-là, il renonça cà toutes les autres connaissances pour s'appliquer uniquement à l'unique chose que Jésus-Clirist appelle nécessaire ». Les faits et textes connus sont formels à cet égard * : c'est après Kiii; que Biaise

1. 11 est pourtant nécessaire d'observer que nous sommes loin de tout connaître de cette période de la vie de Pascal, et que, peut-être, si nous en connaissions tout ce ([u'il y aurait intérêt à en bien connaître, serions-nous amenés à simplifier moins que nous ne le faisons, à nuancer davantage l'interprétation cjue nous croyons drvoir en proposer. Par exemple, de janvier 1040 à octobre 1640, date de l'expérience de .M. Petit, nous ne saisissons aucune trace i)Ositive de l'activité scientifique de Pascal, ce qui, liien entendu, ne veut pas dire qu'il n'y en eût pas. Mais il se l)ourrait aussi, — ce (|ui expliquerait dans une certaine mesure les affirmations, en tout état de cause excessives, de Mme Perier et du lierucil d'I trecht, — (jue, pendant ces huit ou neuf mois. Pascal, plus touché à fond que nous ne le pensions, par les condamnations de Jansénius, eût i)ris, et un moment tenu, la résolution lie renoncer a ses recherches, résolution ([ue la voix impérieuse de son génie lui aurait bientôt fait abandonner. Xotez que c'est pendant ce temps-là que ses pressantes exhortations détachent Jacqueline du monde. Et qui sait même si lui aussi n'avait pas d'abord sérieusement songé à prêcher d'exemple? Mme Perier dit en propres termes ([ue •< Dieu l'éclaira de telle sorte par la lecture (des écrits jansénistes), qu'il comprit parfaitement (|ue la religion chrétienne nous oblige à ne vivre que pour Dieu et n'avoir

]*ascal a fait ses plus belles découvertes scientifiquus et ses plus décisives expériences et, manifestement, la condamnation portée par Jansénius contre les vaines curiosités de l'esprit ne l'a pas atteint, ou du moins il ne s'en est pas loni^temps senti ébranlé. L'oratoire n'a point fait tort au laboratoire.

Un autre signe fort instructif, et même un peu déplaisant, de ce très naturel état d'esprit nous est fourni par l'attitude de Pascal dans l'affaire Saint- Ans-e. Un ancien capucin, du nom de Jacques Forton et qu'on appelait le frère Saint- Ange, professait à Rouen, sur diverses questions de haute théologie, des opinions dont l'orthodoxie parut suspecte à Biaise, ainsi qu'à quelques-uns de ses amis. Ils le dénoncèrent à l'archevêque à plusieurs reprises, et n'eurent de cesse qu'ils n'eussent obtenu une rétractation complète. A surprendre Pascal dans ce rôle désobligeant d'inquisiteur, nous entrevoyons du moins la conception toute formelle, littérale et j'oserai dire pharisaïque qu'il se fait alors de l'orthodoxie : il faut et il suffît à ses yeux qu'on adhère de l'esprit à un certain nombre de propositions et de formules élaborées par quelques grands penseurs chrétiens et Odèlement conservées par lEalise; l'attitude intérieure,

point d'autre objet que lui ». Et le Recueil cVitrecht : -■ 11 ne fit plus d'autre étude que celle de la Religion, et commença à goûter les charmes de la solitude chrélienne. • Peut-être toute cette histoire morale de Pascal a-t-elle été plus accidentée encore, plus diverse, plus dramatique aussi <iue nous ne la concevons, par les échos trop fragmentaires qui nous en sont parvenus.

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