‹ Blaise PascalChapitre 46 sur 54 · LÉVOLLTION RELIGIEUSE DE PASCAL · texte numérisé non relu

LÉVOLLTION RELIGIEUSE DE PASCAL

Tétat concret de Tàme individuelle, href, tout ce qui constitue la vie morale et vraiment religieuse, tout cela ou lui échappe ou lui reste indifférent. Et c'est pourquoi sans doute ce nouveau théologien se fait si promptement persécuteur.

De la superhe confiance qu'il met alors dans les constructions de Tintelligence, nous avons un témoienaire fort curieux, d'autant plus curieux même qu'il nous permet de rapporter à une époque ai)paremment peu éloignée de sa première conversion les premières velléités apologétiques de Pascal. Il écrit de Paris, le 26 janvier 1648, à sa sœur, Mme Perier, qu'il a vu M. Rebours, lun des confesseurs de Port-Royal : « Je lui dis, ajoutet-il, avec ma franchise et ma naïveté ordinaires, que nous avions vu leurs livres et ceux de leurs adversaires, que c'était assez pour lui faire entendre que nous étions de leurs sentiments. 11 m'en témoigna quelque joie. Je lui dis ensuite que je pensais que Von pouvait^ suivant les principes mêmes du sens commun, démontrer beaucoup de choses que les adversaires ' disent lui être contraires

I. S'agit-il ici des adversaires de la religion en général, ou plutôt, etexclusivenient, connue le pense M. Strowîski. des adversaires des jansénistes, à savoir les Jésuites? Le texte est obscur et admet les deux interprétations, lesquelles d'ailleurs ne sont point inconciliables. Même dans les Pensées, qui sont pourtant dirigées « contre les athées », Pascal n'a jamais distingué très nettement entre les ennemis du christianisme et ceux de Jansénius. Et si, dans le passage en quesliou, il a surtout songé aux molinistes, l'application de ses vues apologétiques à un ordre d'idées plus vastes et plus hautes était chose si simple, si naturelle, que ce serait vraiment miracle qu à un esprit généralisateur comme le sien la pensée n'en fût pas venue.

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et (jue le rai sonne ment bien condnit portait à les croire^ qnoiqnil les faille croire sans raide du raisonnement. Ce furent mes propres termes, où je ne crois pas cjuil y ait de quoi blesser la plus séA'ère modestie. Mais, comme tu sais que toutes les actions peuvent avoir deux sources, et que ce discours pouvait procéder d\ui principe de vanité et de confiance dans le raisonnement, ce soupçon, qui fut auiimenté par la connaissance qu'il avait de mon étude de la géométrie, suffit pour lui faire trouver ce discours étrange, et il me le témoigna par une repartie si pleine d'humilité et de modestie, qu'elle eut sans doute confondu l'orgueil qu'il voulait réfuter.... » Ne saisit-on pas ici sur le vif Topposition intime, irréductible, qui existe entre le véritable esprit chrétien, si défiant à l'égard de la raison raisonnante, si profondément convaincu que la foi n'est point atlaire de raison-nement, et ce rationalisme obstiné qui est celui de tant d'apologistes, et qui leur persuade trop aisément que la foi est et doit être au bout d'un syllogisme, comme un corollaire au bout d'im théorème? De ce rationalismelà, Pascal, quoi qu'il en dise, est, à cette époque, plus féru qu'il ne le pense.

Ce fut vers le même temps qu'il fut repris plus fortement par la maladie qui le tenaillait. Maladie bizarre qu'on n'a pas encore étudiée comme elle le mériterait, et qui, jointe aux étranges remèdes dont on la compliqua, Taffligea de douleurs peu communes. « Mon frère, nous dit Mme Perier, ne s'en plaignait jamais, il regardait tout cela comme

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un irain pour lui. Car comme il ne connaissait pas •l'autre science que celle de la vertu et qu'il savait (ju'elle se perfectionnait dans les infirmités, il faisait avec joie de toutes ses peines le sacrifice de sa pénitence. » N'exagère-t-elle pas un peu ici? Et de morne qu'elle prête à son frère un désintéressemont à l'égard de la science qu'il ne professa que plus tard, ne lui attribue-t-elle pas, sur lo chapitre de ses infiruiités, une résignation, un stoïcisme joyeux, une ardeur ascétique de mortitlcation, qu'il n'a peut-être pleinement atteints que dans les dernières années de sa vie? Je ne sais, et. en l'absence de documents directs ' et de témoignages contemporains, on no peut guère que poser la question, sans protendre à la résoudre. Ce qui qui est sur, c'est que les médecins conseillèrent très vivement une vie moins surmenée, moins

I. J'avais cru long-temps, avec la plupart des pascalisants, sur la foi de raverlissement de la première édition des Pensées, que la célèbre Prière pour le bon usage des maladies était de cette époque : « Une prière que M. Pascal composa étant jeune », dit la Préface. Mais un nouveau texte de la Vie de Pascal par Mme Perier. qu'a découvert et publié M. Brunschvicg, se prononce si affirmativoraent pour une époque ultérieure, qu'il me parait bien difficile de ne pas 1»' suivre : « On ne peut mieux connaître les dispositions particulières dans lesquelles il souffrait toutes ses nouvelles incommodités des quatre dernières unnées de sa vie, que par cette prière admirable que nous avions apprise de lui qu'il fit en ce temps-ln pour demandera Dieu le bonusaiie desmaladies... ». L'affirmation, on le voit, est catégorique. J'ajoute. — et sans vouloir attacber à ces impressions, nécessairement un peu subjectives, plus d'importance qu'il ne convient, — qu'à y regarder de plus près, il me semble bien maintenant que l'inspiration, l'accent et le style même de la Prière ne sont pas en elTct du premier Pascal. Oui. tout le morceau parait bien contemporain du mot fameux : • La maladie est l'état naturel det* cbrélicns. ..

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préoccupée et moigs claustrale, bref, des « divertissements », « cest-à-dire, en un mot, — nous explique Mme Perier. — les conversations du monde : car il n'y avait point (Vautres divertissements convenables à mon frère, mais quel moyen à un bomme toucbé comme lui de pouvoir s'y résoudre ! En eflet // // eut beaucoup de peine a abord : mais on le pressa tant de toutes parts qu'il se laissa aller à Ja raison spécieuse de remettre sa santé: on lui persuada que c'est un dépôt dont Dieu veut que nous ayons soin. » Acceptons sans discussion ce témoignage: croyons (ju'en effet Pascal eut d'abord beaucoup de peine à suivre ces conseils. 11 n'en est pas moins vrai qu'il les a finalement suivis, que ses habitudes et ses goûts d'humaine logique ont fini par trouver « spécieuse » « la raison « qu'on faisait valoir à ses yeux. L'ascète chrétien qui, dans sa dernière maladie, va « appréhender même de guérir », n'est pas encore parvenu à ce degré de ferveur mystique qui lui fera préférer à la santé les plus violentes souffrances physiques.

Cette disposition à fuir les suggestions ou les entraînements de la sensibilité, à concevoir toutes choses, et même la religion, sous les espèces de l'intelligence, se traduit dans toutes les lettres d'alors que nous avons conservées de lui. Ce ne sont que sermons didactiques et austères, dures dissertations de théologie. En voici le ton. J'extrais ces lignes au hasard d'une lettre à Mme Perier : « C'est pourquoi tu ne dois pas craindre de nous

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