Cf. entre autres les pensées 335 et
2. Je n'ai cerles pas la prétention de compléter dans une note cet essai de bibliographie pascalienne. Mais puisque M. Michaut n'en a pas fait mention, je rappelle ici les très curieux commentaires sur les Pensées de Pascal qu'on trouve dans les fragments du Journal intime de Maine de Biran publiés par M. Ernest Naville LMaine de Biran. sa vie et ses pensées, troisième édition. Perrin, i877).
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fjiial)le édition, laquelle joint à tous ses autres mérites celui d'une exécution typographique des plus luxueuses et vraiment admirable d'élégance et 'le netteté.
Enfin, M. Michaut ne s'est pas contenté de fournir aux « pascalisants » un instrument de travail des plus précieux : il a placé en tête de son livre une excellente Introduction qu'il a intitulée : Les époques de la pensée de Pascal, et qui, sans les faire oublier, se lit avec plaisir et profit, même après les belles études de Sainte-Beuve et de Vinet, de Havet et de Sully Prudhomme. Ces cinpiante-cinq pages sont, comme le titre l'indique, un « essai de biographie psychologique » analogue à celui que, il y a deux ans, M. Séailles a consacré à Renan. Je ne sais rien de plus sage, de plus juste, de plus persuasif que la manière dont M. Michaut pose et discute la question du scepticisme philosophique et théologique de Pascal, dont il caractérise et définit ce qu'on a si improprement appelé sa « conversion ». Les dernières lignes de cette étude en montrent bien l'esprit et le charme littéraire : « Heraclite dit que le feu divin qui compose la substance de l'univers, tour à tour grandit et décroît, s'assoupit et brille de nouveau, sans jamais cesser d'être. Telle me paraît la foi de Pascal : elle a eu son rythme, elle a eu ses attiédissements et ses ardeurs, mais jamais au fond de son âme n'a cessé de brûler cette flamme infatigable 'l divine : t.-jz Oslov, àxà;j.a-:ov r.'jz. » On aimera, j(,' [)ense, ce ton d'émotion sobre et comme voilé.
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le seul qui convienne pour parler «le Pascal. Nous voilà hicn loin des déelanialions de Cousin et des liyj)olhèses jdus poétiques que vraisemblables que Chateaubriand est peut-être le premier à avoii* mises à la mode parmi nous *. Il y avait encore un peu de romantisme dans l'idée que Sainle-Beuve se faisait de l'auteur des Pensées. Félicitons M. Michaut de nous avoir rendu un Pascal — dirai-je plus classique? — en tout cas plus vrai.
Telle est cette édition des Pensées, que j'aime à croire défmitive en son genre, véritable monument de patience, d'érudition discrète, consciencieuse et mélhodi(iue. de tact littéraire et de goût moral. Puisqu'elle est là qui nous invite à relire notre Pascal et à nous refaire en quelque sorte sur son compte une opinion personnelle, relisons-le donc; ne cherchons pas dans ces « brouillons immortels » un plan nouveau; mais tachons d'en ressaisir l'esprit, et, si le mot n'est pas trop ambitieux, d'en dégager la philosophie de Pascal.
Il peut sembler étrange au premier abord de parler de la philosophie de Pascal. N'est-ce pas en effet Pascal qui a dit : « Se moquer de la philoso-
1. Cf. a ce sujet une très. curieuse déclaration de Clialeauhriand rapportée par Sainte-Beuve {Portraits contemporains, t. Y, p. 213. 214). L'auteur du Génie du Christianisme garde d'ailleurs le mérite d'avoir le premier, je crois, en son siècle, bien compris Pascal, dont il a voulu reprendre et continuer To-uvre. et dont il a heureusement commencé la réhabilitation.
LA PHILOSOPHIK DK PASCAL. 0
phie, c'est vraiment philosopher ' » ; et ailleurs, après une critique de Descartes : « Nous n'estimons pas que toute la philosopliie vaille une heure de peine' »? Notez que ce ne sont pas là des paroles en l'air, elles font corps avec les autres idées de Pascal, elles rentrent dans ses vues les plus générales sur le monde et sur l'homme. Et pourtant, il a une philosophie : quand on est Pascal, quand on a une raison aussi puissante et aussi exigeante que la sienne, on ne se contente pas de formuler à la légère un jugement aussi grave : on le prouve. C'est ce qu'il a fait. Et comme, selon la j»rofonde remarque d'Aristote, même pour nier la philosophie, il faut philosopher, Pascal, quoi qu'il «■n eût, a dCi philosopher. C'est cette philosophie que nous allons étudier.
Il est, au reste, assez difficile et fort délicat de saisir très nettement la pensée philosophique de Pascal. Pas plus que de Bossuet, on ne peut dire de lui qu'il ait eu un système philosophique à jiroprement |)arler, et, son œuvre capitale nous • 'tant parvenue dans l'état d'inachèvement que l'on sait, voilà qui doit nous mettre en garde contre les « reconstructions » hâtives et les interprétations aventureuses. — D'autre part, Pascal n'est pas une pure intelligence : il n'a jamais séparé la spéculation de la pratique; sa vie a été le retlet fidèle <'t constant de sa pensée; de l'une à l'autre il n'y a jamais eu interruption, mais prolongement naturel