‹ Blaise PascalChapitre 8 sur 54 · td. Michaut. 708: — Havet, vi · texte numérisé non relu

td. Michaut. 708: — Havet, vi

LA l'HILOSOPHII. 1)K PASCAL. 13

science de Dieu, voilà donc, avec des alternatives diverses, les trois phases par lesquelles les hasards de la vie ont fait passer Tàme de Pascal. On vr^ra si sa pensée en porte la trace.

Elle porte aussi la trace des lectures proprement philosophiques que nous savons avoir été les siennes. — Des trois traditions philosophiques qui auraient pu se disputer la direction de sa pensée, Tantiquité, Montaiirne et Descartes ', on peut dire qu'aucune ne lui fut complètement étran2ère. De toute la philosophie antique il ne connaît pruère, il est vrai, qu'Epictète. En revanche, Montaigne lui résume tous les arguments du scepticisme des anciens. Peut-être n'est-il pas indifférent de constater dès maintenant que Pascal semhle avoir ignoré les grands métaphysiciens de l'antiquité, et que les seuls auteurs auxquels il s'attache sont des moralistes : car Epictète et Montaigne ne sont pas autre chose -. Mais, Descartes, ce devancier immé-

1. J'omets, à dessein, Bacon, qui n'avait pas alors la réputation européenne que lui fit le siècle suivant. L'article que lîaylc, dans son Dictionnaire, a consacré au philosophe anglais est d'une brièveté et d'une banalité dans l'éloge qui peuvent sembler singulières de la part de ce maître avéré des encyclopédistes.

2. On a souvent étudié l'inlluence de Montaigne sur Pascal : on n'a jamais défini très nettement celle qu'a exercée sur lui Kpictète; on ne s'est même jamais bien demandé pourquoi Pascal avait fait au philosophe grec l'honneur de le considérer comme le chef des dogmatistes, de |)référence à Platon, à Aristote, ou à Descartes. A étudier de près l'histoire des idées au xvii" siècle, nu y démêle comme un courant stoïcien, qui, issu sans doute de la Renaissance, s'est frayé une voie plus ou moins souterraine à travers toute la |)hil(»sophie et la littérature des deu.\ derniers siècles et du nuire. 11 y a du stoïcisme dans Balzac, dans Corneille, dans Hotrou : il y en a même dans Descartes et dans Spinoza (cf. les .irlirl..^ .].' MM l'.uiilr.uiN p( |>,r.M|,;,nl d.uw la It'-mr

1 i- BLAISE PASCAL.

«liât de Pascal, comment échapper à son influence Hien de plus curieux à étudier que les rapport intciJortueis de ces deux irrands hommes. Visiblement, Pascal n'aime pas Descartes. II lui n'jiroclie son amhition philosophique, ses titres « fastueux » : Lk'S j)fiiici/)cs de la pliUosophie, aussi vains que celui-ci : De omni re scibili '. Il traitait de rêverie, au témoignage de Mme Perier, son opinion sur la matière et sur Tespace. Il veut écrire contre lui, parce qu'il approfondit trop les sciences -. Il note : « Descartes. — Il faut dire en gros : « Cela se fait par figure et mouvement »>, car cela est vrai. Mais de dire quels, et composer la

de Métaphysique de juillet 18061. La Bruyère, Montesquieu, Vauvenargues, Rousseau surtout, et Kant ont, eux aussi, subi rinfluencc du stoïcisme. Chose curieuse! le xviii* siècle vit se multiplier 1<éditions et les traductions du Manuel d'Épictète, et à presqu» toutes les tentatives faites par la philosophie antichrétienne du temps pour séculariser la morale, on trouve associé le souvenir admiratif des doctrines et des vertus stoïciennes (cf. Egger. Histoire de l'hellénisme, t. II, p. 289, 290). On sait, d'autre part, l'admiration si sincère et tant de fois exprimée d'un Renan, rt surtout d'un Taine, pour les idées et le caractère des héros du Portique. Il y aurait tout un livre à écrire. — et (jui pourrait ètncomme le pendant du beau livre que Guyau a consacré à ii Morale dÉpicure, — sur la Morale stoïcienne dans ses rapports ava les doctrines contemporaines. Il est fort res-rettable que Guyau n'ait pas écrit ce livre qu'il avait peut-être médité, ou, du moins, dont il avait rassemblé certains éléments (cf. l'appendice intitulé : Stoïcisme et Christianisme : Épictete, Marc-Aurèle et Pascal, dans l'ouvrage pdslhume de Guyau : Éducation et Hérédité, et ses deux éditions classiques de VEntretien avec M. de Saci et du Manuel d'Épictète). Cette étude, telle que je la concevrais, devrait comprendre un chapitre sur Pa5ca/ et le stoïcisme. J'essaierai peut-être un jour d'écrire cet intéressant chapitre d'une histoire posthume, mais non pas inglorieuse, de la philosophie stoïcienne.

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