‹ Blanche et MargueriteChapitre 13 sur 27 · LES DEUX PRISONNIÈRES · texte numérisé non relu

LES DEUX PRISONNIÈRES

vieux, parvint à les réprimer et à les détacher de lu berline. Lui aussi voulait sauver Blanche.

—Laissez en paix cette pauvn* fille, leur dit-il (l’une voix émue. Si vous aviez du cœur, vous n’insulteriez pas ainsi une orpheline, dont le seul crime fut de pleurer son père. Serez-vous assez lAches poui’ ne pas la délivrer?

Marguerite fondit en larmes.

— 0 mon père je vous remercie, murmura-t-elle en sanglotant.

Une rumeur sourde se répandit dans la foute. I.es plus mutins, las d’obéir à Jacques Maillefer, le menacèrent du regard. Il se jeta vers la berline, mais les autres se jetèrent sur lui. 11 eut beau faire, la berline s’éloigna.'

— Si tu veux la sauver, nous la tuerons sous tes yeux pour l’apprendre à vivre.

Maillefer bénit de la main Marguerite.

— Fille des la Chesnaye, que Dieu vous conduise !

La berline repartit au bruit des huées. Dans la nuit profonde, le ciel, couvert d’épais nuages, éclairait à peine le sommet des montagnes ; ciependant au couchant, les derniers feux du jour sillonnaient encore la trame brune. Le silence de la nuit n’était troublé que par les cris féroces des révoltés. Marguerite écoulait ces cris et croyait voir dans l’ombre les pâles imagesde Raoul et de Blanche. Les chevaux allaient lentement et à son gi-é ; il lui semblait qu’en

dépassant la belle vallée de son pays, son cœui- sei-ait plus triste encore. Enfin il fallait sortir de cette vallée tant aimée. La noble fille se tourna vers Armagny, et laissant tomber ses bras et son front :

— Adieu, Raoul, adieu, mon père, dit-elle.

Une heure avant le jour, un fougueux alezan emportait Raoul à travers les plaines du Vermandois. Raoul avait la pâleur de la mort; ses cheveux bruns flottaient au vent, ses yeux éteints jetaient encore des éclairs ; de temps en temps, il appuyait une main sur sa plaie pour apaiser ses douleurs. Alors plus que jamais ses regards dévoraient l’espace ; son coeur battait avec violence; ses éperons déchiraient les flancs du cheval.

Il était près de midi, deux fois il s’était trompé de route, quand il s’arrêta devant un groupe de vendangeurs et leur demanda s’ils n’avaient pas vu une berline traînée par deux chevaux gris. Une petite femme s’empressa de répondre, en branlant sa serpette, que la berline venait de passer devant sa porte.

Raoul reprit sa course, et en moins d’une demiheure il rejoignit la voiture.

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