‹ Blanche et MargueriteChapitre 2 sur 27 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Quand je bois du vin du marquis, il me semble que je joue du violon ; mais, hélas ! je n’en bois plus !

— Il s’agit bien de tout cela! s’écrie Jeanne avec colère. Vous êtes fou. Mi-ré ! Le marquis est emprisonné dans la tour aux oubliettes, mademoiselle Blanche est garrottée. On parle de la conduire en triomphe au citoyen Robespierre.

Mi-ré a pâli pendant cette apostrophe.

— Pourquoi faire ?

— C’est tout simple, — pour lui couper la tête.

Mi-ré essaye de cacher son émotion.

— Voilà bien des contes de ma mère l’Oie ! s'écrie Mi -ré. Le citoyen Robespierre n’est pas un Barbe- Bleue. Il ne coupera la tête qu’à la royauté.

Mi-ré allait continuer sur ce ton, mais un coup de théâtre imprévu paralyse sa faconde : Blanche, la fdle du fi(;r marquis de la Chesnaye, Blanche est devant lui. Elle vient de se jeter dans la chambre comme une biche que la meute a déjà mordue; elle est pâle comme la fleur du lotus d’argent; elle tremble et crie en joignant les mains :

— Sauvez- moi , sauvez-moi ! je ne veux pas mourir !

Jeanne-aux-Bluets la regarde avec douceur et sort pour tenir tête aux furieux.

— Mourir! s’écrie Mi-ré en prenant les mains de Blanche.

— Oui, mourir... la guillotine... jamais! soupire

(i MI, A NC H K F.r MAUaUFRTTK.

Blanche en s’ati'aissant dans les bras du ménétiier.

Mi- ré jette sur la jeune fille un regard profond ; il l’assied sur sa chaise, il s’agenouille devant elle.

— Blanche, pourquoi parlez-vous de mourir? je suis là, je vous défendrai jusqu’à la mort.

Il passe une main sur son front, et il ajoute tout bas:

— Mais, vous savez, je n’ai que mon amour et mon violon.

Blanche le regarde, elle récoule ; elle n’a pas encore eu l’air de comprendre ce qu’il a dit.

— Hélas! murmure-t-elle, mon père est enchaîné ! les barbares ! ils ont haché le portrait de ma mère...

Mi-ré se redresse ;

— Ce ne sont pas des barbai’es, dit-il froidement, c’est Dieu qui les a amenés, ils combattent pour l’Évangile.

Blanche a relevé sa tête abattue; elle regarde le musicien avec eftVoi :

— Helas! dit-elle, je suis venue à vous avec conliance, ne croyant pas trouver un ennemi.

— Moi, un ennemi! s’écrie Mi-ré avec force, oh ! non! car j’ai rencontré souvent des pauvres qui priaient pour vous.

Et il ajoute avec amertume :

— Mais s’il n’y avait qu’un mot à dire pour que le château de la Chesnaye tombât en ruine, ce mot, je le dirais avec une vraie joie.

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