‹ Blanche et MargueriteChapitre 5 sur 27 · PROLOG UE · texte numérisé non relu

PROLOG UE

— Avez-vous des cordes? deinanda-t-il d’une voix brève.

— Allons, rassieds-toi, lui dit Mi-ré, voici l’histoire... Il y a un an, j’étais seul avec mademoiselle Blanche dans le grand salon du château. Elle touchait du clavecin, je jouais du violon. C’était un air d’opéra, je nesais plus lequel, mais si triste, si triste, que j’en ai encore les larmes dans les yeux. Tout d’un coup mademoiselle Blanche devint pâle, se renversa sur son fauteuil et s’évanouit.

— La ci-devant avait des vapeurs! dit un sansculotte en riant.

— Mon devoir était d’appeler, continue Mi-ré, mais elle était si belle, que je tombai agenouillé comme devant la vierge Marie, sans avoir la force de dire un mot. J’osai lui prendre la main, elle ne se réveilla pas. J’étais effrayé des battements de mon cœur. J’allai ouvrir la fenêtre, je revins au clavecin, je repris cette main adorable... Voyez, citoyens, comme elle est blanche ! s’interrompt Mi-ré en soulevant jusqu’à ses lèvres la main de la jeune fille immobile.

— C’est une main d’aristocrate, nous le savons bien, dit Curtius. — Après?

Mi-ré hésite encore, mais il continue ainsi :

— .Mademoiselle Blanche avait brisé son peigne en laissant tomber sa tête à la renverse; sa belle chevelure, libre comme l’air, s’éparpilla sur ses épaules.

Quel tableau ! quel souvenir! — Le marquis survint alors; il avait son fusil, car il partait pour la chasse, il me coucha en joue, mademoiselle Blanche poussa un cri, se leva d’un bond et se jeta dans les bras de son père. « — Pas un motl » dit-il en laissant retomber son fusil avec fracas. — Et moi, vous croyez peut-être que j’essayai d’attendrir le marquis à force d’éloquence? — Non, je m’enfuis à toutes jambes, car je voulais encore jouer du violon.

Quelques sans-culottes rient; Curtius relève sa moustache en fronçant les sourcils. Mi-ré se tait.

— Après? demande Curtius avec impatience.

— Après? Eh bien ! c’est tout !

Un patriote éclate de rire •

— C’est tout? dit-il. Alors c’est trop ou pas assez. — Tu t’imagines donc que tu a'sépouséla ci-devant, parce que vous avez fait un duo au château?

— Tais-toi, dit sévèrement Curtius à son acolyte. Vous ne comprenez pas, vous autres, qu’un si beau duo a dû amener un trio.

Le délégué de la nation se penche à l’oreille de Mi-ré, et lui dit finement :

— Où est l’enfant?

— Voyons ! s’écrie un sans-culotte impatient, on se moque de nous ici. Il n’y a point de mariage làdedans; qu’on en finisse! emmenons-les tous!

— Mais, butor, répond Mi-ré, on ne se marie pas

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