PROLOGUE. W
VOUS donne ma bénédiction. Signons, et allons-nottsen. Mais je ne sais pourquoi, voilà que je pleure comme une bête. Ma foi, tant pis, comme dit Jeanne, mais vive le roi et vive la république, pour aujourd’hui ! Laissons les épousés s’épouser tout à fait. Nous danserons dimanche...
Après cette allocution patriarcale, tout le monde signe. Jeanne-aux-Bluets fait le signe de la croix toujours éplorée et ne comprenant guère. Et puis on s’en va en beau désordre au pigeonnier du curé oü rugit sans doute le père de Blanche.
Les nouveaux mariés sont restés seuls; Blanche est toute rêveuse au bord de la fenêtre ; sa pensée parait suivre les sans-culottes qui vont délivrer son père. Mi-ré la œntemple avec amour ; ses regards sont des actes d’adoration. Il se parle tout haut :
— Qu’elle est belle ! Quel rêve j’ai fait aujourd’hui ! Mais ce n’est qu’un rêve... Un mariage en Espagne...
De son côté. Blanche se parle aussi tout haut :
— Mon père, que va-t-il faire?
Mi-ré a deviné sans doute les pensées de Blanche, car il prend son chapeau et son violon :
— Adieu, mademoiselle '. dit-il en se détournant pour essuyer ses larmes.
Blanche se retourne, elle le regarde avec surprise:
— Adieu, mademoiselle? Qu’est-ce que cela veut dire, monsieur Mi-ré?
— Cela veut dire que je m’en vais.
— Vous allez me laisser seule ?
— Ne craignez plus rien. Maintenant mon nom vous sauvera. Aujourd'hui même ils vous rendront votre père.
Blanche s’avance vers Mi-ré :
— Vous n’avez pas le droit de vous en aller sans moi.
Mi-ré regarde autour de lui, il semble dire adieu à sa chambre, puis il salue Blanche :
— Adieu, mademoiselle. Un jour, peut-ijtre, je reviendrai.
— Je ne vous comprends pas...
— Oui, je reviendrai .. quand je serai digne de vous.
— Digne de moil s’écrie Blanche enjoignant les mains.
— Sans doute... Je veux que cette main qui a touché la vôtre fasse une grande action. La patrie est en danger, et je cours à la frontière... avec mon violon et une épée !
— C’est votre femme. Mi-ré, qui est en danger...
— Ma femme !
— Oui, votre femme! ci-oyez-vous dont que c’est une comédie, notre mariage
‘ — Ne parlez pas ainsi, vous me feriez mourir de joie, dit Mi-ré en saisissant et en portant à ses lèvres les mains dé Blanche.
Puis il fait un pas vers la porte en répétant :