PREMIÈRE PARTIE
Cette lettre était postérieure de quelques semaines à celle de Matthéus ; mais Blanche ne songea même pas à en comparer les dates ; cette preuve n'eût rien ajouté à toutes celles qu'elle avait de son désintéressement.
était prêt à unir son sort à celui de Forpheline dépendante et pauvre ; celle-ci, riche héritière et libre^ ne devaitelle pas l'accepter ?
Yoilà comment Blanche était allée du malheur au bonheur par un chemin d'épines. Nous savons si peu où nous allons, en ce monde, que peut^tre allait<elle maintenant rebrousser chemin par une route fleurie.
Quoi qu'il en soit, c'était un mois environ après ces derniers événements, et huit jours à peine avant l'époque fixée pour leur mariage^ que Blanche et Matthéus étaient ensemble au théâtre de San-Garlo, àNaples, lorsqu'était survenue la catastrophe que nous avons racontée.
QuMl ne fout ptn confondre les lois de la graTiIfttlon ATec celles du Gode péDâl.
Nous avons laissé le prince Ivan Isaakoff gisant au milieu des pupitres brisés et des musiciens de l'orchestre, les uns épouvantés, les autres meurtris par la chute de cet aréolithe d'une nouvelle espèce.
Retournons à lui au moment où l'on vient de le relever, non pas mort précisément, mais le sang jaillissant à gros bouillons de sa bouche, les membres disloqués, et privé de mouvement.
Il est étendu 8ur une banquette ; ses amis l'entourent, et, derrière eux, la foule se presse en flots tumultueux. Les assertions les plus saugrenues volent de bouche en bouche, tronquées, brodées, exagérées ^elon les imaginations de ce peuple de badauds et de fantaisistes par excellence que Ton appelle les Napolitains.
Un homme entre deux âges, d'une tournure assez distin- . guée, vient dQ fendre la presse avec tous les signes de la désolation la plus profonde ; il relève avec précaution la tôte du prince, lui fait un oreiller de ses genoux, lève au ciel ses mains consternées, et demande avec des larmes dans la voix, sinon dans les yeux :
— Ohl estr-il mort?... est-il mort?
Bien que ce Jérémie ne ressemblât pas trop mal à un homme du monde^ il y avait comme un manque d'harmonie, comme une tare indéfinissable dans toute sa personne ; ses regards obliques étaient tamisés par une visière de soie verte.
C'était néanmoins un spectacle touchant que de voir la douleur de ce père, de cet oncle, que sais-je I de ce tendre ami tout au moins.
Le médecin du théâtre , nécessairement absent au moment de la catastrophe, était accouru en toute hâte. Sa première impression avait été que le blessé ne tarderait pas à se trouver beaucoup mieux... à moins qu'il ne devînt décidément plus mal.
— Vous m'en répondez, disait l'homme à la visière verte : s'il meurt, je m'en prends à vous. •
— Le crâne est intact, reprit le docteur ; tous les membres me paraissent entiers... Il n'y a guère que les os du tronc . . . Déshabillons-le . . .
■— Ce serait une inconvenance, objela le commissaire de police, et je m'y oppose.
— Comment!