‹ Blanche MortimerChapitre 24 sur 96 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

■■ -■ » I ■■ ■■ ^ ■ I .. — Il II I

— El qu'est devenu votre oncle Georges? dèmanda-t-il.

— Il est mort aux Indes.

— C'est dommage, car il montoit à cheval à ravir.

Rien n'est pénible conune d'avoir une idée fixe que Ton n'ose exprimer, et d'être obligé de parler de choses étran> gères à cette idée ; aussi ce pauvre sir Blunt pataugeait à faire pitié.

-Et William? •

— Mort.

— Mort aussi I et Ralph?

— Il a rendu le dernier soupir auprès de moi, reprit Blanche, et c'est de lui que je porte le deuil.

— Juste ciel î que la mort fait de ravages I Quand je pense ^u'il n'y a guère que huit, dix, douze... permettez qae je compte... ma foi 1 oui, il y a bien vingt ans que nous étions tous [rassemblés... Et ont-ils laissé de la famille?

— Aucune, excepté moi, reprit tristement Blanche, à qui cette question rappdait son isolement.

— Quoi! vous seulement? Ici le baronnet se baissa pour ramasser une bobine de soie qu'un king's-Oharles s'amusait à dérouler par l'appartement ; et, croyant avoir trouvé le

* joiut, comme on dit, il ajouta d'une voix émue ; — Alors, miss Mortimer, seule et privée d'appui naturel comme vous Tètes... peut-être que la parenté, si éloignée qu'elle soit, que j'invoque ici, et surtout mes pures et loyales intentions, serviront d'excuse à la liberté que je vais prendre d'aborder un sujet excessivement... délicat. Blanche fit un signe de tète pour l'engager à continuer ; toutefois ses joues s'empourprèrent un peu, car elle avait comme une perception instinctive de ce qu'on allait lui dire. -7 J'ajoute que je crois remplir un devoir, reprit sir Blunt, et si mes paroles vous affligent, vous apprécierez au moins, je l'espère, le motif qui les dicte.

— Achevez, monsieur, répliqua Blanche, dont l'embarras

croissait en raison des précautions oratoires da baronnet.

— Ah ! pensa sir Blunt, voilà précisément le point difficile... elle veut que j'achève, et je n'ai pas encore commence. C'était un excellait cœur, au fond, que sir Blunt; un peu trop adonné aux paris et à Findigestion, mais incapable de tuer une mouche. Aussi hésitait-il, parce qu'il avait con* science de la blessure qu'il allait faire. Cependant il mit lo doigt sur la gâchette, et lâcha le coup en ces termes : — Quand je vous vis, par hasard, à San-Carlo, miss Mortimer... le soir en question... et que je fus assez heureux pour vous rendre quelques légers services qu'autorisait la circonstance, vous n'étiez pas seule... Un certain monsieur Matthéus vous accompagnait.

— Oui, monsieur, reprit Blanche avec dignité ; et je vous remercie en son nom de l'appui que vous lui avez si noMejnent prêté.

— Quant à cela, chère miss, je n'ai aucun droit à vos remerciements, et pas plus aux siens qu'aux vôtres; je me suis conduit selon l'équité, rien de plus. J'aurais certainement châtié comme lui l'insolent capable d'insulter une femme. Seulement, ajouta sir Ralph en faisant décrire une ellipse à ses poings britanniques, je crois que je lui aurais fait son affaire dans la loge, au lieu de le précipiter dehors... Du reste, monsieur Matthéus a été personnellement prodigue des expressions de sa reconnaissance.

■— Vous l'avez donc revu?

— Plusieurs fois, chère miss ; je le quitte même à l'instant.

— Ah!

— Il n'est pas plus Anglais qu'Américain.

Blanche s'inchna en signe d'assentiment*

Le baronnet regarda le plafond, les gravures, les parquets, prit une pincée de tabac, et se moucha bruyamment. Après quoi, ne sachant plus comment retarder le moment fatal, il soupira et reprit :

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