‹ Blanche MortimerChapitre 26 sur 96 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

ble selon moi, mais parce que l'on i)eut jusc]u'à un certain point, avec de la prudence et du sang- froid, amoindrir les chances sanguinaires d'une rencontre... Le défi, conçu dans les termes les plus outrageants, énonçait qu'aucune excuse ne serait admise, à moins que l'agresseur ne consentit à recevoir les coups de fouet que lui destinait l'insulté.— A ces mots, la charmante tête de Blanche se redressa soudain ; il y eut comme une fanfare de guerre dans l'éclat de son regard, et nous eroyons bien que, en ce moment, elle se fût volontiers battue en personne, comme firent autrefois mesdames de Nesle et de Polignac pour les beaux yeux de Richelieu. — Eh bien! miss Mortimer, poursuivit sir Blunt, vous êtes une noble fille, et je suis un vieux gentilhomme très-pacifique au fond, je vous l'assure, malgré l'apparence; mais voudriez-vous que votre frère, voudrais-je, moi, que mon fils, fût-il unique, se résignât à l'infamie d'une pareille dégradation?.

— Non, assurément I

— Eh bien 1 imaginez-vous que, le matin même du jour fixé pour la rencontre, je trouvai ce prétendu à l'eau de rose en proie à la plus violente agitation..,

— Mais, cela se conçoit.

' — Là n'est pas le mal... J'admets qu'un pauvre diable ait peur de mourir, bien qu'il soit de mauvais goût de le laisser paraître... Mais de voir un grand gaillard, jeune et vigoureux, pleurer comme une femme, protester qu'une mystérieuse fatalité pèse sur lui et l'empêche de se battre... ahi voyez-vous, miss Mortimer, c'est là un des plus lamentables spectacles qu'un homme puisse donner à son semblable. — Et le brave baronnet appliqua, sans le vouloir, un si vigoureux coup de canne sur la patte du king'&Charles que la pauvre bète, jappant et boitant, se réfugia sous le fouteuil de sa maîtresse. — Maladroit que je suisi

— C'est votre généreuse indignation qui en est la cause,

I ■ »— — — ^1*»^— ^.^^^ !■ I p ^ IIIBI 11 II I !■■! ■^■iWM— P^— ^— Il ■!

reprit Blanche en donnant une friandise au blessé ; Stop et moi nous vous pardonnons.

— Je me taxe à vingt-cinq gimblettes d'amende.

— A ce prix, Stop vous permettra d'être indigné tous les jours.

— Bref, miss Mortimer, pour en finir, j'eus beau répéter à ce malheureux qu'on nous attendait à la porte Capoue, que je n'étais ni un lecteur de roman ni une jeune fille exaltée pour me laisser prendre à ces fadaises de destinées fatales et de secrets terribles... c'est en vain que je lui représentai le déshonneur qui allait non-seiilement l'atteindre mais rejaillir encore sur la crédule et infortunée jeune femme qu'il devait épouser... rien n'y a fait!... L'heure du rende^vous a sonné lentement, sans retentir dans le coBur qu'il n'a pas, et je l'ai laissé s'arrachant les cheveux de rage et de peur à la fois.

— Mais qu'a de commun...

— Et maintenant, miss Mortimer, pensez-vous qu'il était de mon devoir d!honnéte homme de dévoiler à la fiancée de ce lâche l'abîme où elle allait tomber?

— A coup sûr, monsieur.

— Et que croyez-vous qu'elle fit?

•— Pauvre abusée 1 reprit Blanche en soupirant, que pouvait-elle faire, si ce n'est de chasser de son cœur cet indigne amour! Puis elle ajouta avec un sourire plein de douce sécurité : ^ Mais, encore une fois, qu'a de commun ce misérable avec monsieur Matthéus?

— Écoutez-moi, miss Mortimer, et armez-vous de courage. J'ai été dioisi pour être le second de monsieur Mat^ théus.

— Ôh ciel! il a provoqué le prince!... j'en étais sûrel.*.. Que faire pour empêcher ce duel?*.. Ce maudit homme le tuera !

— Oh que non pas! miss, car c'est le prince qui a envoyé le cartel, et comme j'ai laissé monsieur Matthéus très-

Page 1