PREMIÈRE PARTIE
Blanche renaissait comme une plante, le soir, après les ardeurs du jour ou rinciémence du ciel.
— Je le jure par tout ce que je suis sur le point âe perdre, le seul tort que ma conscience me reproche est de vous avoir aimée, Blanche, et ce crime, si c'en 'est un, je n'en implore pas le pardon, car j'en serai coupable jusqu'à mon dernier jour.
— Sornettes que tout cda! interrompit le baronnet, dont la canne cette ibis, ne rencontra fort heureusement pas la patte du king's-Charles.
— Aujourd'hui, Blanche, reprit Matthëus sans s'émouvoir de cette interruption, nous devons nous séparer pour toujours.
— Que dites-vous?
— Dans une minute, ce sacrifice suprême sera peutr-être accompli ; mais quant à vous laisser l'idée que moi Matthëus je puis être un lâche; quanta supporter que ces lèvres, qui m'ont parfois souri avec tant d'amour, m'écrasent sous une expression de mépris, cela ne sera pas !
— Je suis curieux de savoir comment vous vous y prendrez, dit sir Blunt. •
Matthëus s'était approché d'une table ; il écrivit une seule ligne d'une main ferme et hardie, et l'ayant tranquillement saupoudrée de sable, il la tendit au baronnet, et reprit :
— Vous voyez ce fauteuil sur lequel est mon chapeau ; vous voyez là-bas l'ottomane sur laquelle j'ai jeté' mon manteau... Eh bien! chère Blanche, soulevez ou le chapeau ou le manteau, et vous aurez la conviction que sir Thomas s'est trompé en vous disant que je craignais la mort.
Sir Blunt lut ces mots sans trop les comprendre :
« Quel que soit celui que Blanche aura choisi, je ferai
usage de l'autre. »
Pendant ce temps, miss Mortimer courait au fauteuil et
soulevait le chapeau.
— Que vois-jel s'écria-i^He, un pistolet I
Au même instant, Hatthëus s'emparait vivement d'un autre pistolet caché sous son manteau, Tannait, et en dirigeait le canon vers sa tempe.
— Blanche ( s'écria-t-il, raf^le^vous que, pour ne pas perdre votre amour, je perds mon âme en commettant un suicide.
Sir Blunt voulut s'ëlancer vers lui ; mais son pied s'embarrassa dans un tapis, il fit un feux pas, «t Matthéus lâcha la détente.
On n'entendit que le claquement sec du ressort.
La main de Matthéus n'avait pas vacillé.
Le baronnet avait eu le temps de s'emparer du second pistolet, et tira sur la muraille. Cette fois l'arme partit, un éclair brilla dans l'espace, la balle ricocha du mur sur une glace, qui fut brisée en mille pièces.
Blanche poussa un cri de terreur.
Il a fallu dix lignes pour écrire cela ; il Mut dix secondes pour l'accomplir.
•— Ah çà 1 dit sir Thomas à Matthéus, vous êtes fou I
— Nullement, monsieur, reprit ce Mernier avec calme ; mort, vous n'eussiez plus douté de mon courage, que je pense ; vivant, je vous demande si Thomme qui vient bénévolement de jouer sa vie et son âme à pile où face pouvait craindre de se trouver en face d'un adversaire qud qu'il fût?
— Eh ! de par tous les diables, reprit le baronnet, mieux vaut la peur qu'un pareil courage I On y risque sa peau, et on a encore l'infamie par-dessus le marché.
— Ah ! disait Blanche qui s'était agenouillée pour faire monter une prière à Dieu, si j'étais allée à l'ottomane au lieu d'aller au fauteuil , je serais morte du même coup que lui !
Et n'écoutant que la voix de son cœur, elle se leva, et alla d'un bond river ses deux bras au cou de Matthéus.