‹ Blanche MortimerChapitre 48 sur 96 · PREMIÈRE PARTIE. ft · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. ft

lorsque vous x&e rencontrerez à Favenir, de Mre coiQBie si TOUS ne m» connaissiez pas. »

— Quoi! voB&avez ose?... demanda Jakof.

— Oh! nous sommes très-bien ensemble, et lorsqu'il vieDt à mon ateMer, nous causons comme une paire d'amis, il m'a £ût remarquer dernièrement que l'habit d'un générât dont je venais de Mte le portrait avait dix boutons au lieu de neuf qu'il Mait, et que le schako avait trois lignes de trop esk hauteur.

— Quelle sagacité \

— Nos discussions tournent même parfois à l'orage. Figurefrvous qu'il m'a demandé un jour si les invalides, ces soudards en bonnets de poii d'ours qui montent la garde aux portes du palais, ne valaient pas bien la vieille garde de feu Napoléon. « ils sont aussi bien hsfbiUës, aussi bien équipés, aussi bien disciplinés, me dit-il, aussi fidèles et aussi braves, et, après tout, ils ont battu les vôtres. — Battus ! ai-je repris; oui, avec le secours de vingt degrés de froid, et grâce à ce qu'ils étaient trois contre un. »

— Mon cher Lesseps, dit Jakof en regardant autour de lui avec défiance, ne pourriez-vous vous dispenser de ces dangereuses allusions?

— Qui est-ce qui a peur ici? demanda Lesâeps.

— ChutI chut! chut! firent tous les assistants, sauf le comte Horace.

— Et pourquoi me tairais-je? J'ai mon firanc-parler^ et je le garde ; mes tableaux sont à ce prix. « Oui, sire, sÂ-je repris, grâce au froid et à ce que vous étiez trois contre un. k conviens que vos inval^es s(»it aussi bien mis que disciplinés ; mais, pour valoir les nôtres, il ne suffit pas d'avoir des broderies de laine et d^ médailles d'argent sur la poitrine, il faudrait encore que Votre Majesté les fit nourrir avec quek|ue chose de plus sdide que du pain de seigle et

choux, —Mais n'ont-ils pas de la viande? — Oui, sire,

lOi BLANCHE MORTIMER.

à peu près autant en un mois que peut en avaler un Anglais d'une seule bouchée... » Contre son habitude, le czar faisait la grimace. Cependant, comme il était venu pour (concerter avec moi un sujet de tableau tiré de l'histoire de Napoléon, il me demanda si j'en avais trouvé un. « Pas encore, sire.

— Eh bien î reprit-il avec une maligne intention, que ne choisissez-vous par exemple l'épisode de la retraite de 4842? — J'ai un meilleur sujet, sire. — Lequel, Lesseps?

— Napoléon sur le radeau de Tilsit. Voyez-vous cela d'ici? L'empereur votre frère à sa droite, l'empereur d'Autriche à sa gauche, car vous vous rappelez qu'ils lui avaient cédé la préséance, et Napoléon commençant à leur raconter l'anecdote suivante : « Quand j'étais officier d'artillerie, au siège de Toulon... »

— Si vous continuez sur ce ton, interrompit Jakof, je vais m'en aller.

— En ce cas, reprit Lesseps, vous ferez justement ce que fit le czar , qui me tourna les talons sans demander son reste.

— N'avez- vous pas été militaire avant d'être peintre? demanda Ivan.

— Légèrement, cher prince.

— Et qui vous a fait quitter l'épée pour le pinceau?

— Ceci est tout une histoire. Vous saurez d'abord que j'ai débuté dans la vie comme Bacchus, à califourchon sur un tonneau, suspendu aux épaules d'une cantinière qui otait ma mère; de là à être d'abord tambour, puis sergent et maître d'escrime, il n'y avait que la main. Sous-lieutenant après l'affaire du Trocadéro, je^fus envoyé, par je ne sais quel malentendu, dans un régiment de la garde royale ; les officiers de ce régiment étaient tous de brillants fils de famille qui n'avaient vu que de loin les guerres de l'empire. Dès le second jour, ils affectèrent de me tenir à dislance ; je ne parus pas m'en apercevoir...

Page 1