‹ Blanche MortimerChapitre 54 sur 96 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

La robe grise, les narines dilatées, les yeux de feu, le col arque, la crinière luxuriante, son hennissement ressemblait à an défi.

Bob Bridle avait vu le cheval, et ses yeux, qui depuis si longtemps se détournaient avec mépris de tout ce qui n'appartenait pas à la vraie race anglaise, n'avaient plus pu s'en détacher. Il le trouvait doué de mille perfections jusque-là fort cachées ; à ce point que, l'ayant vu mordre et jeter sous ses pieds un palefrenier, il l'avait déclaré adroit comme un singe et gai comme un jeune chat.

Naturellement le palefrenier n'avait pas été de cet avis, que Bob avait failli appuyer d'arguments tirés de ses poings vigoureux.

Cette même nuit, il avait rêvé de cheval gris ; il lui sembla voir le noble animal dans une stalle propre, large et commode, pendant que lui Bob Bridle lui préparait une litière abondante et fraîche, car son imagination n'allait pas au delà de ces magnificences, et, selon lui, le seul, le vrai paradis devait exhaler des parfums de foin et contenir de magnifiques chevaux de toutes les couleurs.

Le jour suivant. Bob se mit en position à la porte de l'hôtel, de façon à ne pas perdre de vue Técurie de Lucifer. Sa veste à longue taille, son gilet rayé de rouge et de blanc, sa culotte de peau faite par Hammond, et ses bottes à revers par homas, je ne sais quel soin minutieux de sa personne, et jusqu'à sa cravache qu'il tenait à la main, tout dénotait qu'il s'était armé en guerre à la suite d'un plan longuement médité.

Le comte Horace fit sortir son cheval anglais, et ses yeux tombèrent naturellement sur le groom, dont la nationalité était aussi évidente que celle du cheval.

— Vous êtes Anglais, ce me semble? demanda-t-il.

— Oui, monsieur le comte, reprit Bob en .ôtant poliment sa cape.

— En ce cas, poursuivit le comte, vous allez me dire votre avis sur cette bête.

Comme un indomptable taureau, Lucifer était conduit par quatre hommes qui, disposés deux à deux, le tiraillaient de chaque coté par une corde attachée à la têtière. 11 fouillait le sol de ses pieds impatients.

— N'est-ce pas que c'est un bel animal? demanda le comte.

— Je crois qu'il a de grandes qualités, répliqua Bobv Est-il réellement pur sang ?

— Ne le voyez- vous pas?

— Non, monsieur le comte ; personne ne peut dire, au premier aspect, qu'un cheval est pur sang ou demi-sang. Or, c'est dans le presque ou le tout à fait que gît toute la question. Un cheval de race aux trois quarts peut paraître plus pur sang qu'un pur sang lui-même.

— Cependant...

— Ainsi, monsieur le comte, en voyant un fouet bien monté, pourriez- vous dire s'il y a dans l'intérieur un jonc ou une baleine?

— Mais en ce cas, mon ami, si le demi-sang ressemble si fort au cheval de race, qu'importe 'alors qu'il le soit ou non?

— Ah, voilà ! reprit Bob.

— Celui-ci, dit le comte, est né d'un étalon et d'une jument fort estimés en Angleterre... Je dois avoir leurs noms quelque part, ajouta-t-il en fouillant [dans son portefeuille.

— C'est que, voyez-vous, monsieur le comte, je le dis à regret, mais les marchands anglais ne se font aucun scrupule de tromper les étrangers, surtout lorsqu'ils ne s'y connaissent pas. On leur dit qu'un cheval est né de Mousetrap S

i. Souricière.

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