PREMIERE PARTIE
— A VOUS entendre, fit observer le comte, je vous aurais pris pour un de ces hommes qu'il est impossible de désarçonner.
> — Il nV a pas de cheval, si enragé qu'il soit, reprit le groom, que je ne sois prêt à monter, mais quant à prétentendre qu'on ne peut être désarçonné, c'est là une fanfaronnade dont Bob est incapable... Et, après tout, si j'étais un gentleman comme monsieur le comte, je ne garderais jamais un cheval qui ne pourrait pas me jeter par terre si la fantaisie lui en prenait. Le tout est de la lui ôter.
— Mais que faire, après tout, d'un méchant animal qui vousjette par terre?
— Remonter dessus, reprit tranquillement le groom.
D ne fallut rien moins que l'assistance d'un postillon, d'un vétérinaire et de deux gendarmes qui passaient là, par hasard, pour seller Lucifer pendant que Bob le caressait et lui tenait la tête.
Le cheval fut conduit sans trop de difficulté hors de la ville, dans une plaine environnée d'un mur.
Les gendarmes et le vétérinaire avaient suivi par curiosité.
Lucifer piochait le gazon et manifestait en quelque sorte son étonnement par une aspiration bruyante.
Bob bouclait ses éperons.
Pendant ce temps, le vétérinaire cherchait à prouver que les étriers étaient trop courts, ce à quoi les gendarmes ripostaient par de longues remontrances sur la folie de monter une bête aussi rétive sans gourmette : conseils sur dissertations et dissertations sur conseils.
Bob avait assez bien l'air d'un écolier qui reçoit les leçons de vingt maîtres à la fois et ne sait plus auquel entendre.
— Monsieur le comte, demanda Bob, est-ce moi qui dois le monter?
126 BLANCHE IlU)RTIMER.