‹ Blanche MortimerChapitre 71 sur 96 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Uti marchand du Gostiuol-Dvor.

Une fois sorti, Matthéus s'achemina vers la perspective Newsky, principale rue de la métropole, et la suivit pendant la longueur d'environ deux milles, et, arrivé au point où la splendide capitale européenne se perd dans la ville orientale, il s'arrêta devant le vaste bazar de GostinoI-Dvor.

^ Le Gostinoï-Dvor est un vaste quadrilatère présentant à l'extérieur l'aspect d'une douWe galerie couverte, l'une bâtie sur l'autre^ et laissant entrevoir à chaque étage, à travers d'étroites arcades, une longue suite de cellules. Ces cellules servent de magasins à quelques milliers de marchands à longue barbe, qui n'ont pas là leur isibitation, mais seulement leur comptoir.

Quelques-uns de ces magasins ont maintenant des fenêtres et se sont accommodés ili l'européenne ; mais la plupart restent ouverts à tous les vents et ne sont fermés, le soir, que par de lourds panneaux de fer verrouillés et cadenassés comme des bastilles. '

Matthéus traversa la foule bigarrée qui circulait sons les arcades, coudoya les vendeurs aaabulants de thé froid, de caviar ei de lamproies salées, et entra dans le magasin, autant dire sous l'étal ou l'échoppe, jde Nicolas Petrowitch (Nicolas, fils de Pierre).

Des pièces d'étoffes, suspendues en sautoir indiquaient; ce que nous appelons une maison de draperie.

A l'intérieur se tenait un jeune homme orné de cheveux roux partagés par le milieu, et d'une barbe naissante de la

même couleur ; il portait un cafetan doublé de renard rouge, lequel, sous une graisseuse cravate de satin bleu de ciel, enrichie d'une épingle en mosaïque et parsemée de boutons de roses, laissait galamment entrevoir une de ces chemises sans nom qui naissent et meurent sur le dos des patients, dans la plus profonde horreur des blanchisseuses et de l'eau : la prétention parisienne unie au costume moscovite.

A ses pieds était un samovar^ l'urne à thé nationale, en cuivre poli.

Ce jeune homme faisait trois choses à la fois, contrairement à tant d'autres qui n'en font pas une seule : il surveillait l'ébuUition de l'eau, guignait le repas qui s'achevait sans lui f'îînp r arrière-boutique, et recommandait aux passants les marchandises confiées à sa surveillance.

Lorsque Matthéus entra, le rusé courtaud s'inclina profondément, et il se mit à psalmodier, de sa voix la plus insinuante, toute la kyrielle de mensonges usités pour séduire les acheteurs.

— Dites-moi, mon ami, demanda Matthéus, Nicolas Petrowitch est-il ici ?

— Le voilà, dit le jeune homme en l'introduisant dans 1 ' arrière-bou tique .

Nicolas Petrowitch portait un cafetan de drap sombre, lequel, naturellement plus léger que les vêtements de fourrures grossières en usage parmi tes paysans, indiquait à ToBil exercé de Matthéus quelque chose comme un bourgeois.

Petrowitch était sensuellement en train de plonger une cuiller de bois dans une écuelle d'argent, où grouillait du marc d'huile de chènevis non clarifiée, dont le parfum raîice et nauséabond vous serre à la gorge.

En entendant prononcer son nom, Petrowitch se leva vivement, et, s' adressant à Matthéus, qu'il ne reconnaissait pas :

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