‹ Blanche MortimerChapitre 77 sur 96 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Bien entendu que les pourvoyeurs sont cachés, et que l'empereur met sur le compte de son adresse et du hasard ce qu'il ne doit qu'à la délicate attention de son grandveneur.

Nous avons dit qu'il y avait fête dans les jardins de Péleriioff.

Toutes les classes, le mougik, le marchand, le banquier, le noble, le noble surtout, dont l'absence pourrait être enregistrée dans quelque livre noir, sont admises à ces réunions bigarrées. Les visages blêmes, les joues creuses et les vêtements sordides en sont seuls exclus. Le czar veut, avant tout, de la santé et de la joie.

Nous retrouvons naturellement là le prince Ivan, le comte Horace, Durakoff, Lesseps le peintre, Pushkin le poëte, et le lieutenant Lochadoff.

Jakof seul manque à la pléiade. ^ ^

— Cher Ivan, dit Pushkin, vous êtes triste; ce me semble ?

— Je n'ai jamais été plus gai, dit le prince en exhumant un sourire pâle comme un soleil d'automne.

— Aurait-il attrapé l'amour? demanda Lesseps; un vilain mal!

— C'est .cela même, reprit le comte ; on parle d'une

esclave...

— Qui aurait elle-même réduit son maître à la servitude, acheva Durakotf. C'est très-adroit.

— Une grande dame, dit Pushkin.

— Une Anglaise, ajouta Lochadoff.

— Dont le mari... insinua Lesseps.

— Messieurs, dit le prince, parlons d'autre chose, jo vous prie.

— Comment, c'est à ce point? En ce cas, cher Ivan, reprit Durakoff, puisque votre cœur a parlé...

— Qui aurait jamais cru cela de la part d'un muet? dit

*7i BLANCHE MORTIMER.

Pushkin. G est le moment ou jamais de vous faire une demande...

— De quoi s'agit-il ? demanda le prince.

— D'un de vos esclaves que je voudrais acheter.

— Son nom?

— Nicolas Petrowitch, un vieux marchand dont tous n'avez peut-être jamais entendu parler.

— Et que voulez-vous faire de ce Petrowitch ?

— Je vais vous le dire. Le vieux bonhomme vient d'épouser la petite chanteuse Katinka...

— L'imbécile! dit Pushkin.

— 11 l'enferme dans une boîte, continua DurakofT, comme un Savoyard fait de sa marmotte. Or, j*ai juré de l'en faire sortir, dussé-je pour cela révolutionner l'empire

— Pas de plaisanteries là-dessus, dit Lochadoflf en regardant avec défiance autour de lui.

— Une fois mon esclave...

— Une fois votre esclave, vous deviendrez peut-être le sien, comme cela arrive à ce pauvre prince.

— Lesseps, je vous en prie ! dit Ivan d'un air de reproche.

— Eh bien? demanda Durakoff' au prince.

— Ce que vous désirez est impossible.

— Pourquoi ?

— Parce que quelqu'un vous a devancé. Petrowitch est vendu.

— A qui ? demanda Durakoff. J'offrirais à l'acquéreur un tel bénéfice...

— Il refusera, j'en suis sûr.

— Il n'est donc pas intéressé ?

— Oh ! extrêmement.

— En ce cas, je réponds du succès. A qui l'avez-vous vendu ?

— A lui-même, reprit Ivan.

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