‹ Blanche MortimerChapitre 78 sur 96 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

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— Ah I c'est désespérant !

— J'avoue, poursuivit Ivan, que je ne me doutais pas qu'il eût épousé une si jolie fille ; sans cela... Je joue vraiment de malheur depuis quelque temps !

— N'importe , reprit Durakoff, je jure par les besicles de JalH>f que la petite ne m'échappera pas.

— Tiens, mais à propos de Jakof, où est-il donc ? demanda Lesseps. Je me disais bien qu'il nous manquait qaelque chose.

— Chut ! dit Pushkin ; i! lui est arrivé un grand malheur. -Bah!

— Lequel ?

— Deux grands malheurs même.

— Commencez par le premier.

— Ou par le second, à votre choix ; mais ne nous faites pas languir.

— D'abord, reprit Pushkin, je vous demande le secret.

— C'est entendu.

— Vous le demanderez également à tous ceux à qui vous raconterez la chose.

— Très-bien.

— Ceux-là en feront de même à l'égard de leurs confidents.

— Cela va sans dire.

— En sorte que j'espère bien que tout le monde le saura ce soir.

— Soyez tranquille... Eh bien ?

— Vous savez tous que Jakof porte perruque, n'esl-c*e pas? commença Pushkin.

— Je ne m'en suis jamais aperçu, interrompit Lesseps. H y a frfus, c'est qu'il me semble bien qu'il s'est fait couper les cheveux devant moi.

— Raison de plus.

— Comment, raison de t)Ius ?

— Suivez-moi bien, reprit Piishkin. Jakof porte perruque, mais il a la faiblessse de s'en cacher.

— Je trouve qu'il a raison.

— 11 a tort.

— Tort ou raison, pousuivit Pushkin, il n'en est pas moins vrai qu'il donne annuellement une petite fortune à Léonard, ce coiffeur français de la Perspective. Figurez-vous qu'il a une trentaine de perruques dont les cheveux sont de longueurs progressives, et qui imitent la nature de manière à s'y tromper, depuis le poil ras de Brutus, qu'il met lorsqu'il veut faire croire qu'on vient de le tondre, jusqu'aux longues boucles qu'il laisse flotter un peu à la Louis XIV.

— C'est charmant ! dit le comte Horace en éclatant de rire.

— Lorsqu'il en est là, reprit Pushkin, il dit à tout le monde, en promenant ses doigts dans sa frisure : « Il faut que je me fasse couper les cheveux. » Que s'il vous arrive alors de le regarder d'un air soupçonneux, il y adix àparier contre un que la première fois que vous irez le voir il trouvera moyen de se les faire tailler devant vous, de façon à lever tous vos doutes. C'est ce qui sera arrivé à l'égard de Lesseps.

— Sans doute, reprit ce dernier.

— Mais ce malheur ? demanda Lochadoff.

— Ce malheur, le voici : Je ne sais quel mauvais plaisant a envoyé des boucles de cheveux...

— De perruque?

— De perruque soit, à une vingtaine de dames de la cour.

— Jusqu'ici je ne vois pas...

— • Attendez donc ! Chacune de ces boucles était accompagnée d'un tendre billet signé Jakof, à qui toutes ces belles courroucées se sont naturellement empressées de les renvoyer. Jugez de la situation d'un homme portant perruque, qui fait tout au monde pour le cacher, et à qui Ton restitue de vingt côtés différents des cheveux qu'il n'a jamais eus!

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