‹ Blanche MortimerChapitre 88 sur 96 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

— Obstination ! dites fermeté, Benkendorf. Vous appelleriez donc ce Romain... celui que représentent les sculpteurs... comment donc?... Mucius Scœvola, je crois... vous rappelleriez donc obstiné? Allons, continua le grandduc avec une . cordialité si franche et si naturelle que j'irritation d'Horace s'en apaisa tout de suite, j'ai oublié ce que je devais à vous et à moi-même. Je suis allé trop loin; pardonnez-moi. Quant au désordre de votre cravate, vous n'êtes pas en uniforme. Voyez du reste dans quel état je* suis moi-mém^. — Et il lui tendit une main qu'Horace pressa dans la sienne.— Vous ne m'en voulez plus?

— Nullement, monseigneur.

— Mais vous avez là une mauvaise brûlure... Benkendorf, un docteur.

— Je rends grâce à Votre Altesse... ce n'est rien... J'envelopperai ma main dans l'ouate de mon manteau, et si vous permettez que je me retire...

— Si je le permets, j'exige que ce soit dans ma propre voiture et avec mes meilleurs chevaux ; quant à l'ouate, coupons la doublure du manteau de Benkendorf.

Et à la parole il joignit l'action.

— Là ! maintenant que vous êtes pansé, adieu. Rappelezvous que vous avez en Constantin un ami.

Horace salua profondément, et se disposait à sortir, lorsque le grand-duc, le rappelant au moment où la porte allait se refermer sur lui :

— Attendez I s'écria-t-il ; oui, ma foi I il a six pieds, je le parierais...

— Votre Altesse Impériale a daigné me rappeler?

•^ Vous n'avez aucune intention de prendre du service?

— Pas la moindre, monseigneur.

. -^ Tant pis I allons, adieu et pas de rancune... Benkendorf, si on touche à un seul cheveu de sa tête je le considérerai comme fait à moi-même.

En rentrant au palais Isaakoff, le comte Horace y trouva un écrin et un billet à son adresse.

L'écrin renfermait une magnifique émeraude.

Le biljpt ne coi)tenait que ce mot :

(( Merci, duchesse J. de L... »

— Ohl dit le jeune 'comte, je suis content de moi- Ce seul mot d'une femme m'émeut plus que n'ont pu le feire les menaces réunips du grand-maître et du grand-duc.

Où le prince Ivan se donne des passe4empf de tigre.

Etait-ce réellement Blanche que le prince Ivan avait entrevue dans les jardins de Péterhoff, et, en ce cas, pourquoi et comment y était-elle allée?

On se rappelle qu'Ivan avait ordonné a Dietrich d'avoir pour l'Anglaise les plus grands égards, ce à quoi l'intendant n'avait pas manqué de se conformer, en surenchérissant même un peu sur les gracieuses intentions de son maître, et cela en raison de certains calculs d'avenir, de certaines prévisions plus ou moins fondées, qui lui faisaient une loi d'avoir un pied 'dans chaque camp, afin de participer à la victoire, de quelque côté qu'elle se déclarât.

Cela s'appelle indifféremment s'asseoir entre deux selles, nager eptre deux eaux ou manger à deux râtelier^.

La tentative avortée de Blanche n'av^jt même apporté aucune restriction aux prévenances dont elle était I*pbjet,

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