‹ BlancheneigeChapitre 7 sur 10 · UNE VIEILLE · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE

J'ai coiffé d'une perruque blanche mes lourds cheveux noirs. Ma taille se courbe et ma voix chevrote. Blancheneige ne reconnaîtra pas sous ce costume la Reine brune sa marâtre et je pourrai me venger enfin !

LES TROIS OISEAUX

Effroyable danger !

Les bulles se hâtent.

LE CORBEAU

Que faire ?

LE HIBOU

Vole prévenir les gnomes.

Le Corbeau s'envolait.

LA REINE

Le miroir enchanté qui montre la plus belle femme m'avait toujours fait apparaître à mes propres yeux, et je triomphais dans mon orgueil.

Les bulles se pressent.

LA REINE

J'aime ma beauté. Je me réjouis de lire le désir dans les regards des hommes et l'envie dans ceux des femmes. Mais que m'importe d'être belle si je ne suis pas la plus belle?

Les bulles se bousculent et une fois en haut redescendent vite pour recommencer : c'est le rire contenu.

LA REINE

Ce jour-là, je prononçai la formule habituelle : « Gentil miroir, dis-moi, gentil miroir, qui du pays est la plus belle à voir? » Comme d'ordinaire, la glace se troubla, pareille à une eau verte agitée de remous, et une image imprécise se dessina, ainsi les princesses captives que les voyageurs aperçoivent au fond des lacs.

Le manège devient plus précipité, plus bruyant.

LA REINE

Je me regardai avec confiance monter des eaux maintenant dormantes. L'apparition s'approcha, surgit.

Et les trois petits couvercles se soulèvent en faisant chaque fois : ho î ho ! ho ! ho ! C'est l'éclat de rire.

On l'entendait rire elle-rdême,

LA REINE

Je poussai un cri : ce n'est plus moi ! C'est Blancheneige ! Blancheneige est à présent la plus belle !

La soupe...

LA REINE

Pleine de rage, j'ordonnai qu'on me querre le chasseur de la Forêt.

LE HIBOU

Je frémis.

LE RAMIER

Méchante femme!

Une carotte, deux carottes, trois carottes T Je les compte comme Rùbezahl.

LA REINE

Le chasseur m'assura s'être acquitté de sa besogne et je crus manger à la sauce verte le cœur de ma rivale. Puis, je montrai au Roi une écharpe teinte de sang et lui dis qu'une bête sauvage avait dévoré sa fille. Rassérénée, je revins vers le miroir. Hélas ! de nouveau Blancheneige m'apparut. J'étais jouée : le cœur que m'avait donné le chasseur était un cœur de marcassin !

LE HIBOU

C'est épouvantable !

Patatras ! un château de braise qui croule î

LA REINE

Les sortilèges m'ont révélé sa retraite.

Mais de nouvelles flammes montent bleues. verteSj rouges ; de nouveaux châteaux vont s'édifier et resplendir.

LA REINE

Quiconque met à son doigt cette petite bague s'endort et ne s'éveille plus !

Les saucisses babillent gentiment dans la graisse qui pétille.

LE HIBOU

Par bonheur les gnomes ont défendu à Blan cheneige de sortir ou d'ouvrir à personne.

LA REINE entrait dans V enclos et frappait à la porte de la cabane en appelant d'une voix chevrotante :

Bonnes gens !

Qui frappe à la porte ?

LA REINE

Une pauvre vieille perdue dans la forêt.

Que puis-je faire pour vous ?

LA REINE

J'ai faim.

Je vais vous passer par la fenêtre une écuelle de soupe.

LA REINE

Ma belle enfant soyez bénie ! Je suis si lasse que mes pieds ne me portent plus. Ce serait grande merci de me laisser entrer et m'asseoir un peu.

Hélas ! j'ai été comme vous perdue, exténuéCj,.

affamée, et voudrais de tout mon cœur que vous vous reposiez ici, mais les maîtres de la maison m'ont défendu d'ouvrir la porte à personne.

LE RAMIER

Ah î je respire. Je craignais qu'elle lui permît d'entrer.

LE HIBOU

Je savais bien, moi, qu'elle ne désobéirait

pas.

LA REINE

Je n'en puis plus, je défaille...

Pauvre femme !

LA REINE

Je meurs..,

BLANCHENEIGE ouvrait hi porfe, se précipitait, un escabeau à la main, et soutenant la vieille, l'aidait à s'asseoir.

Venez... mettez-vous là...

LE RAMIER

La méchante Reine est bien rusée.

LE HIBOU

Comment sauver Blancheneige?

LE RAMIER

Nous ne pouvons même l'avertir du danger.

LE HIBOU

Et les gnomes n'arrivent pas !

Je vais à leur rencontre,

LE HIBOU

Dis-leur...

Le ramier s'envolait.

BLANCHENEiGE penchée sur la vieille.

Etes-vous mieux ?

LA REINE

Je renais.

Buvez cela bien chaud.

LA REINE

Je ne sais comment vous remercier. Prenez cette petite bague.

LE HIBOU

Oh ! voilà le moment pathétique. Les gnomes ! les gnomes !

// s envolait.

Mais, madame, ce que je fais est tout simple et ne mérite pas de récompense.

LE REINE

Pour me faire plaisir.

Cette bague est trop belle, madame.

LA REINE

Laissez-moi l'essayer à votre doigt; elle siéra fort bien, en vérité, à cette main douce et fine.

Madame, je ne dois pas. . .

LA REINE

Si, si, laissez-moi faire...

Elle lui passait la bague au doigt. Blancheneige tombait comme foudroyée.

LA REINE se redressait, s'écriait:

Blancheneige est morte !

et s'enfuyait en riant. Lojtg silence. Le corps gisant couvrait plusieurs carrés du jardin minuscule.

LE TOURNESOL /)^//r7;^77 ses cocardes jaunes et noires :

Blancheneige est morte !

yers elle les liserons rampaient, les coquelicots se tendaient :

Blancheneige est morte !

Des fleurettes^ inaperçues jusqu'alors, se haussaient. Le houblon détachait du mur ses longs bras et les inclinait sur elle. Et tandis qu'autour de la petite princesse se dressait un catafalque de verdure et de fleurs,

mille petites voix pleuraient:

Blancheneige est morte !

T{IDEÀU.

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