‹ Blanquisme et opportunisme; la question sociale, légitimité de la revendication du prolétaire, fausseté de la théorie des coups de forceChapitre 7 sur 14 · IG · texte numérisé non relu

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« Oui, tout cela changera, et pour cela que faut-il ? Bien peu de chose ! Le vouloir seulement ! Il y a en France trois millions d'individus qui détiennent la propriété territoriale ou autre, et les trente-sept millions restants sont entre les mains de ces trois millions... Si nous mettions les trois millions sous la main des trente-sept autres millions, ça vaudrait mieux, n'est-ce pas? Eh bien, nous le ferons, et pour cela, ce qu'il faut, c'est constituer la propriété collective... Nous ne voulons pas que le travailleur qui rentre chez lui, les bras épuisés de fatigue, ne trouve pas un morceau de viande à manger ; nous ne voulons pas que le bien-être soit l'apanage exclusif d'une certaine classe de la société. Le communisme seul peut nous donner ce que nous désirons.... Il faudra qu'à notre tour nous venions dire ce qu'ont dit nos pères : Vivre en travoj'llant ou moianr en cornbattant. )>

Le second orateur entendu sur la question n'a pas été moins vif, le lecteur en jugera par quelques-unes de ses paroles :

« Citoyens, il est une bonne conseillère, c'est la faim, la faim qui n'est que le résultat du chômage; cette faim a dit à l'homme : tu vis et tu travailles pour vivre, d'autres ne travaillent pas et ils vivent. Toi, quand tu ne travailles pas, tu ne vis pas ! Et pourquoi alors doivent-ils vivre, si je dois mourir ? Voilà ce que dit la faim ! L'homme à qui elle parle ainsi, un beau jour se lève, car la faim parle plus haut que tous les raisonnements, et alors il prend une arme quelconque et s'en va se faire tuer sur le pavé des faubourgs. »

« La bourgeoisie ! ces ennemis, en 93, ils ont laissé passer un jeune ambitieux qui, recevant la France grande de la Révolution, nous l'a rendue petite et courbée sous la lance du Cosaque ! Voilà ce qu'ils ont fait, ces ennemis. En 1830, ils nous ont tendu la main pour se sauver; en février 1848, ils ont fait la même chose; en juin, quand vous avez voulu avoir votre tour, ils vous ont répondu par la mort... L'ouvrier ne peut se sauver que par les mêmes moyens qu'il a employés en 93 ! »

C'est assez de citations; il est inutile de reproduire des variations sur ces thèmes toujours les mêmes et toujours applaudis. En résumé, nous sommes en face de revendications légitimes au nom de la justice, de récriminations violentes contre la bourgeoisie, de l'exposé de moyens impossibles pour obvier au mal, et finalement d'un appel à la force.

Il convient d'examiner chacun de ces points de la thèse incessamment débattue ou plutôt acclamée dans les réunions populaires.

Et d'abord la revendication. Nous en avons admis la légitimité sans aucun détour. La plainte du prolétaire est la même, sous une autre forme, que la plainte de Tesclave et du serf. Aujourd'hui, ces derniers ayant eu gain de cause, leur revendication parait aux yeux de tout le monde équitable et naturelle. Semblable justice ne peut manquer au prolétaire par le bénéfice du temps et le progrès des idées et des mœurs. C'est une question à résoudre jour à jour, heure par heure, et tous les développements de la science et de Tindustrie y concourent efficacement.

Mais, autant les revendications faites au nom du prolétariat sont justes, autant elles sont utiles par les études qu'elles commandent et par l'incessante mise cà l'ordre du jour des questions les plus essentielles de l'économie sociale ; autant, nous allons le voir, les récriminations sont folles, autant les moyens d'y faire droit sont impraticables, et les appels à la force radicalement impuissants, puérils, et de plus, contraires au succès de la cause de ceux qui ont raison de faire entendre leur plainte.

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