‹ Blasphèmes: poèsiesChapitre 12 sur 24 · CONFESSIONS · texte numérisé non relu

CONFESSIONS

Maintenant que je sais qu'il n'est pas de pardon. Et que sur un chardon vient toujours un chardon ; Maintenant que je sais que vaines sont les larmes; IJu'il faut couper le mal, dût-on prendre les armes, Je frappe avec ardeur sur le mal que j'ai fait, Du temps que dans Paris le peuple triomphait !

Hélas! il est trop tard ! et mes coups de cognée [battent seulement des toiles d'araignée !

Gomme un dragon, ce mal, devant moi s*est dressé»

Barrant mon avenir et narguant mon passé!

Ma vie était unie et maintenant scindée;

Une de ses deux parts a Tair d*étre fardée.

Mon esprit si mordant, qui fut fort, qui fut un^

A perdu la saveur et n'a plus son parfum!

Et l'expiation n*est point encor finie.

La liberté se venge en coups de tyrannie !

On m'a vu volontaire, au milieu des cafards (1),

Qui; se grimaût en saints et se couvrant de fards.

Ont fusillé le peuple aux cris de : « Vive l'ordre ! »

Et, comme des goujons, nous sommes allés mordre.

En frélillant de joie, à l'hameçon de fer

Qui nous prenait notre âme et qui n'était qu'un ver.

Car ils n*ont combattu que pour sauver leur caisse

Et que pour nous mener comme des chiens en laisse.

Et quand le coup d'État est venu s^nstaller,

Us ont dit : « C'est pour nous. Il est temps d'étaler

« Nos bimblots. En avant 1 et relevons la cape !

« Il n'est pas d'autre Dieu que notre Dieu, le pape!

(1) Pour rendre justice à qui de droit, je dois excepter de cette ca tëgorie les rédacteurs de la Gazette de France de 18 is: MM. de Genoude de Lourdoueix et de Croze. Tous trois ayaat franchement accepté les principes de 89, voulaient la liberté pour tous. Hélas I ce furent les der niers rameaux verts poussés sur un arbre creux et décrépit. Ils dures disparaître. Car nulle liberté n'est compatible avec le dogme catholique. Un principe qui dit par la bouche d'un homme: t Moi seul je suis U vérité, » est l'incarnation de la tyrannie et conduit forcément, ijiévita< blement, à Tinquisition.

Il en est de même de toutes les religions qui se disent révélées.

Dieu n'a donné la raison à l'homme que pour être et rester libn comme lui !

Le droit du geulilhomme est un droit permanent,

£i que le travailleur redevienne manant !

< Â bas la liberté 1 La raison est un crime !

Et la philosophie un appel de l'abîme !

I Ecrasons tous ces gueux de nos rouges talons ! |( Pas de honte ! En avant ! Allons ! allons ! allons 1 »

J'ai vu des vautours noirs de leurs griffes pointues^

p'abattre et s'accrocher à de fortes statues.

[De sa fauve envergure, et comme un souverain^

L'an d'eux, s'ôtant perché sur la tôte d'airain.

Mordillait de son bec la prunelle fendue.

h croyais la statue aveuglée et perdue.

Vint un petit enfant, jouant dans le ruisseau,

Qui chargea son clifoire et leur lança de l'eau ;

Et ces fiers conquérants, croassant de colère,

De fuir à titre d'aile et de trahir leur aire !

Et le soir, les chasseurs, meurtris^ mais triomphants,

Les promenaient mourants, suivis d'un tas d'enfants.

Ainsi ces noirs héros, sortis des séminaires. Chassés par nos enfants révolutionnaires.

Seraient pris, comme on prend le poisson dans un rêt, Le jour où le pouvoir du peuple le voudrait 1

Tous ceux qui sont marteaux nous serviront d'enclumes. ft quant à leurs canons, on en fera, des plumes !

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