‹ Blasphèmes: poèsiesChapitre 17 sur 24 · L'ÊTRE SUPRÊME · texte numérisé non relu

L'ÊTRE SUPRÊME

Gloire à ton suprême être, éloquent Jacobin, Au dieu de la Raison, qui n'est pas un bambin ; Au dieu de la justice, au principe immuable, Au dieu qui fut toujours sans enfer et sans diable. Qui créa l'homme libre, et libre par Tinstinct, Au-dessus de la mort, au-dessus du destin, Et dont la liberté n'admet d'autre limite Que le droit naturel du frère qui Fimite.

Et si grand que soit Dieu, si pénétrant qu'il soit. Il n'agit qu'au moment où l'Être le perçoit.

Ce moment vient toujours. Après la nuit du doute,

La blanche aube de l'âme apparaît à la voûte.

Dès qu'un mortel se cherche, il se trouve et se sent,

Dieu lui parle en personne, et, le doute cessant,

Laisse filtrer la foi comme un suave baume.

Devenant chair et sang, dans la raison de l'homme !

L'homme et Dieu sont égaux et libres de s'aimer;

Et Dieu laisse à son fils le droit de blasphémer,

Pourvu que son orgueil et ses hardis blasphèmes

Ne servent pas d'enseigne à d'iniques sytèmes.

Bien souvent tous les deux, brouillés dans leurs amours,

Se trouvant face à face, après de longs détours

Se donnent le baiser d'éternelle alliance,

Où la divine gloire à la mort se fiance !

Page 1