VISION
Jeune, pauvre et tout seul, cheminant au hasard,
Sans savoir où j'allais, le cœur gros, l'œil hagard,
Je m'endormis, le soir, à Tabri d'un vieux chêne,
Où sans peur le corbeau gravement se promène.
Soudain je vis un homme, un envoyé d'en haut,
Arriver dans un char, sans bruit et sans cahot.
Autour de ses cheveux flottait une auréole;
Il m*imposa sa main et, prenant la parole.
Il me dit: « Imprudent jeune homme, qu'as-tu ait,
« Pour Venfuir et passer la nuit dans la forêt?
« Lève-toi, malheureux! Tu dors sur un abîme;
« Le lit de ton repos est la fosse du crime!
<( Et le ciel de ton lit, c'est Tarbre des pendus! »
Frémissant à ces mots, et les bras étendus,
Je m'évertue et dis de ma voix la plus haute:
« Quoique pauvre et fuyard, je n'ai point fait de faute!
a Je suis l'unique fils d'honnêtes travailleurs,
a Et je veux, — je voudrais pouvoir sécher leurs pleurs
« Me fiant à ma force, au feu de mon courage,
« J'ai quitté mes troupeaux sur leur gras pâturage»
« Voilà trois mois que j'erre à travers monts et vaux,
c Côtoyant des palais et foulant des tombeaux.
« Je dîne dans la rue et je dors dans les granges ;
a J'implore tous les jours le Seigneur et ses anges.
" Et souvent je répète avec l'échu des bois
s Les psaumes do David, le plus divin des rois.
,1 — C'est moi, mon lils, dit-il, qui le trace ta roule;
Conserve ta croyance et que jamais le doute
1 Ne ravage ton cteur. » Puis, me prenant la main, Il me mit doucement au bord de mon chemin.
Il part et je m'éveille. — Un éclat de tonnerre Tourbillonne dans l'arbre et le jette par terrel