‹ Blessures par grains de plomb de l'organe de la visionChapitre 10 sur 17 · IV. — Cristallin · texte numérisé non relu

IV. — Cristallin

Nous savons que toute lésion de l'œil qui amène une ouverture de la capsule, expose la substance corticale au contact de l’humeur aqueuse. Les masses corticales, après cette imbibition, se gonflent en prenant une coloration blanchâtre, sortent de la plaie capsulaire, et tombent dans la chambre antérieure.

Mais il peut arriver aussi que le traumatisme n’ait pas atteint la cristalloïde antérieure, et que la cataracte ne s’en soit pas moins formée. C’est alors par suite de la rupture de la zonule, que cet accident s’est produit. Nous voyons donc que, tout en aboutissant au même résultat, l’action du grain de plomb peut être très différente ; en effet, d’une part, nous le voyons respecter la

lentille cristallinienne, amener seulement soit directement, soit parla commotion, la rupture de la zonule; d’autre part, nous le voyons pénétrer dans le cristallin, et produire alors la lésion classique de tous les corps étrangers. Nous pouvons donc trouver une lésion soit de la capsule antérieure, soit du noyau -, nous verrons que la capsule postérieure peut, elle aussi, être intéressée seule. Enfin, il est une particularité dont nous devrons nous occuper, c’est celle d’un grain de plomb septique venant blesser le cristallin.

En présence d’une cataracte traumatique, on devra voir où s’est faite la porte d’entrée, et si l’on peut, qu’il est le trajet suivi par le grain de plomb. La porte d’entrée sera d’abord cherchée dans la cornée, son siège le plus ordinaire ; nous avons insisté déjà sur les difficultés que présente à découvrir la solution de continuité légère due à un grain de plomb de petit calibre. Pour la découvrir, nous savons qu’il faut quelquefois un examen minutieux à l’éclairage focal, non seulement lorsque la cicatrisation est achevée, mais aussi dans les cas tout à fait récents. Si le corps vulnérant a en même temps transpercé l’iris, la perforation de cette membrane peut être située assez loin de la plaie, et sera par conséquent, dans certains cas, assez difficile à découvrir. « Enfin, dans les cas récents, il ne faudra pas négliger d’examiner le degré de tension du globe. Après la cicatrisation de la plaie extérieure, on trouvera la tension normale diminuée, mais parfois aussi considérablement augmentée. »

La direction du projectile, comparée à la situation de l’orifice d’entrée, est d’une assez grande importance.

En effet, la sclérotique seule, peut faire dévier le projectile de sa direction primitive ; cette membrane , traversée par le plomb, on peut admettre que la direction n‘a pas varié. Quand l’orifice d’entrée sera bien établi, il faudra, par les renseignements du malade, bien s’enquérir de la direction dans laquelle était tiré le coup de fusil. On peut ainsi se rendre compte du trajet suivi dans l’œil par le grain de plomb. Soit, par exemple, une blessure de ce genre située en pleine cornée, -mais la direction de la charge étant oblique, par rapport au blessé, le corps étranger pourra fort bien s’engagerpar le canal de Petit et respecter le cristallin. C’est ainsique l’on explique comment des grains de plomb ont pu pénétrer dans l’œil en respectant le cristallin.

L'observation suivante en est un bel exemple :

Obs. XXVI. (Stœber. An. d’oc., 1840.) — G. M..., 9 ans, bien constitué, reçut un grain de plomb dans l’œil droit. Toute la figure se tuméfia. Quand il put ouvrir l’œil blessé, il était très rouge, il n’y voyait plus. La rougeur disparut et fut remplacée par une tache blanchâtre qui cachait seulement la moitié du bleu et du noir de l’œil (iris et pupille). Mais le malade restait aveugle.

Un an après, on observa qu’un corps étranger se mouvait au-dessous de la paupière inférieure, suivant les mouvements du globe de l’œil; on abaissa la paupière, on découvrit un corps rond et noir.

Le corps en question était entre la sclérotique et la conjonctive, à la partie inférienre et externe du globe de l’œil. Cornée et sclérotique étaient normales. La cornée présentait une taie allongée, large d’une demi-ligne, dirigée de dehors

en dedans. A la partie inféro-externe du bord de la cornée, on voyait nne seconde taie qui semblait venir d’une cicatrice; la sclérotique avoisinante était recouverte d'une portion légèrement boursouflée de la conjonctive. Le reste de la cornée était clair. L’iris était bleu, mais présentait à sa partie inférieure externe, près de la seconde taie de la cornée, une ouverture ronde mais frangée, comme déchirée, qui avait dû être faite par un corps étranger. La partie de l’iris qui correspond à la taie centrale de la cornée, et qui se trouve être le tiers à peu prés du bord pupillaire, était adhérente à la cornée. La pupille était immobile, le fond de l’œil noir, la vision réduite à une faible perception de la clarté.

Le grain de plomb ne fut pas enlevé.

Je parvins, il y a quelques jours, à retrouver ce garçon. Le corps étranger était toujours à la même place, les taies de la cornée avaient diminué ; l’iris était encore attaché à la cornée; et l’on voyait sur ce bord pupillaire adhérent, un petit filament lymphatique flottant ; la pupille avait les trois quarts de son étendue normale, elle réagissait ; l’ouverture faite à la partie inférieure de l'iris subsistait. Depuis un an la vue s’était améliorée, bien que plus faible que de l’autre œil, le malade distinguait des objets petits.

Dans cette observation, une lésion très-grave de l’œil, une plaie pénétrante de cet organe, n’est suivie d’aucun trouble dans le système lenticulaire ; il est vrai de dire •que le corps étranger a pénétré dans l’œil près du bord de la cornée, qu’il a percé l’iris près de son bord ciliaire, et qu’il a pu arriver dans le fond de l’œil sans blesser le cristallin ou sa capsule.

1° Cataracte par contusion simple.

Il n’est pas nécessaire, pour que le cristallin s'opaci-

fie, que la pénétration, du grain de plomb ait eu lieu. Il peut arriver, en effet, que la commotion du gdobe oculaire, produite par le grain de plomb, amène une rupture de la capsule, suivie de troubles du cristallin, ou qu’ exceptionnellement cette déchirure ne se montre pas M. Warlomont (1) met en doute cette dernière hypothèse admise par Folin et par Wœber (de Strasbourg).

« L’ébranlement moliculaire, subi par le système cris tallinien peut -il en troubler la nutrition, et par suite, la transparence, sans que la capsule ait été ouverte ? Le fait est contesté.» Quelle que soit l'opinion à laquelle on se rattache, toujours est-il que dans certains cas, on ne peut trouver aucune porte d’entrée du grain de plomb. Témoin le cas rapporté par Mackeurie, dans lequel le grain de plomb n’avait laissé comme trace de son passage qu’une légère injection scléroticale, la cataracte ne s’en était pas moins produite.

Obs. XXVII. (Mackensie. Traité des maladies des teux.) — Un plomb atteignit l’un des yeux sur la scléroyique; il ne détermina sur le moment qu’une légère injection très circonscrite; il n’y eut plus de douleur, à peine la sensation d’une tape légère. Au bout de quelques semaines, le cristallin était devenu complètement opaque.

Ce cas de grain de plomb atteignant l’œil avec une force suffisante pour produire une opacification du cristallin par ébranlement du globe, ne peut s’expliquer que par la résistance du tissu sclérotic al, qui se laisse déprimer par un plomb, assez profondément, sans être transpercé, d’autant plus qu’il s’agissait d'un projectile exactement sphérique et volumineux dans le cas

(1) Warlomont. An. d’oc.

particulier. Il est intéressant (le noter ce cas au point de vue du pronostic de ces sortes de blessures : on est en effet' tenté, quand il n’y a pas pénétration, de porter un pronostic bénin.

2° Lésions de contiguïté portant sur les connexions •

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