‹ Blessures par grains de plomb de l'organe de la visionChapitre 8 sur 17 · II. — Plombs dans la chambre antérieure · texte numérisé non relu

II. — Plombs dans la chambre antérieure

C’est une rareté déjà que de voir un corps étranger séjourner dans la chambre antérieure ; à bien plus forte raison, n’est-il pas fréquent de voir un grain de plomb ne pas poursuivre sa marehe au-delà de cette partie de l’œil.

M . de Arlt décrit ainsi les symptômes de la pénétra-

tion de la chambre antérieure : « Lorsqu’il est trop petit, et qu’il se trouve à la périphérie de la chambre, le corps étranger peut être caché par le bord sclérotical. Grâce à l’action de la pesanteur, c’est, le plus souvent, en bas qu’il se trouve. Son emplacement sera quelquefois trahi par une rougeur et une sensibilité au contact, bien circonscrites en un point du bord antérieur de la sclérotique, ou même par une défçrmation du bord pupillaire attiré vers ce point. Si l’examen n’est pas gêné par du sang, une masse exsudative, ou un trouble cornéen, on découvrira le corps étranger à l’éclairage focal. Il se forme parfois à un certain âge, de petites taches pigmentaires sombres sur l’iris, qui n’ont aucune signification pathologique, mais que l’on pourrait confondre, le cas échéant, avec des grains de poudre ou des paillettes de fer. Dans un certain nombre de cas (Geissler, Horner, Berlin), où le siège du corps étranger dans la chambre antérieure fut diagnostiqué après le développement de l’inflammation, le corps s’était entouré d’une masse exsudative d’un jaune saturé ou d’un blanc jaunâtre au centre, qui formait une petite tumeur • d’autres fois, l’une des extrémités du corps engagé dans l'iris faisait saillie dans la chambre antérieure. »

Il peut se développer une irido -kératite traumatique dont l’intensité dépend beaucoup du volume et de la mobililé du grain de plomb ; celui-ci peut aussi s’enkyster par la formation d’une enveloppe de lymphe plastique. M. Yvert (1), au sujet des corps étrangers en général, admet quatre éventualités :

Il peut y avoir une très faible réaction donnant lieu (1) Yvert. Blessures du globe de l’œil-

aune simple exsudation plastique propre à immobiliser le corps.

Ou iritis plastique traumatique,

Ou encore iritis suppuré, hypopion et fonte consécutive de l’œil possible.

Ou enfin irido choroïdite intense, oblitération de la pupille, atrophie de l’œil, ophtalmie sympathique.

Mais il peut se faire encore, surtout quand il s'agit de grains de plomb, que leur forme arrondie rend très mobiles, que le grain n’arrive à passer par l’ouverture pupillaire et ne détermine des accidents dans la chambre postérieure. Nous n’avons pas trouvé d’exemple de complications de ce genre.

Nous ne pouvons retracer la symptomatologie de la pénétration d'un plomb de chasse, dans la chambre antérieure ; nous nous contenterons de rapporter l’unique cas que nous avons pu relever.

Obs. XVIII. (Gotti. Recueil d’ophtalmologie, 1892). — Il s’agit d’un plomb de chasse réntré dans le globe oculaire droit d’un jeune etrobuste paysan. Le professeur Gotti vit le malade, le lendemain de l’accident, et put constater un vaste hyphéma à la partie inférieure de la chambre antérieure, une pupille largement dilatée et immobile, de la photophobie, du larmoiement et de la douleur ; il ne put parvenir, cependant pas plus que les nombreux élèves qui assistaient à l’examen à trouver la plus petite trace de blessure, soit sur la cornée, soit sur la sclérotique, d’où il conclut que le corps étranger n’avait pas pénétré dans le globe, et qu’il s’agissait là d’une contusion.

Un traitement énergique fut appliqué au malade, et au bout de peu de temps, ce dernier retourna chez lui, se considérant comme guéri. Son état fut excellent pendant un an, quoiqu’il V 4

conserva toujours un léger hyphéma dans la partie inférieure de la chambre antérieure. Mais tout à coup, sans cause appréciable, les douleurs reprirent, l’œil s’eflamma à nouveau et le sujet se représenta à la consultation.

M. Gotti put alors voir dans la partie déclive de la chambre antérieure, un petit corps rond, dont il fit l’extraction et quj n’était autre qu’un plomb de chasse du calibre 7. Cette fois après l’opération, le malade sortit guéri.

L’auteur émet l’hypotlièse suivante : le plomb aura perforé la cornée obliquement, près du limbe, et se sera arrêté au bas de la chambre antérieure, contre l’iris, ou il aura été masqué par le sang d’abord, et ensuite par les exsudats. lia insiste surtout sur ce fait pour lequel nous citerons à nouveau l'observation, devoir un corps étranger de ce volume, séjourner dans l’œil sans phénomène réactionnel grave.

Cette donnée est du reste en rapport avec l’opinion que formulent dans leur ouvrage MM. Nimier et Dupagnet (1) : « Les corps étrangers qui pénètrent dans la chambre antérieure s’implantent en général dans ses parois : rarement ils sont libres et tombent alors dans la partie la plus déclive. S’ils sont aseptiques, ils s'y enkystent, et peuvent être tolérés pendant des années. Dans les cas contraires, ils provoquent des accidents. » Les grains de plomb ne font pas exception; en raison de leur densité, ils exercent une pression plus considérable sur la région ciliaire quand ils atteignent les parties déclives.

(1) Nimier et Dupagnet. Traité élémentaire d’ophtalmologie.

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