‹ Bleu, blanc, rouge [microforme]Chapitre 10 sur 79 · MON PREMIER LIVRE · texte numérisé non relu

MON PREMIER LIVRE

en grosses lettres d’or. Pour l’indifférent, Pour le viveur égoïste, Mon Dremier Livre, à tranche lumineuse, est le missel fermé d’une Châtelaine, Mais il suffit d’un simble effort de la volonté, pour en faire saillir l’agrafe d'ar. gent, Alors, sur la finesse du Parchemin, se détachent des caractères brillants, que lenfant peut lire sans l’aide

Conte ses luttes avec la matière brute jusqu’à la Conquête du monde Par l'électricité, La Philosophie Chante son Premier hymne à l’immortalité de l'âme ; la Poésie rythme

ses naïves inspirations «ur le battement des flots contre la grève ; la musique emprunte au rossignol d’harmonieuses cantilènes. En livrant ses secrets au lecteur stadieux qui l’interroge fièvreusement penché sur ses Cornues, ou l’œil braqué sur le télescope, le Livre admirable a créé la chimie, la physique et l’astronomie.

Au petit, dont l'intelligence dort encore, le grand Livre offre d’amusantes distractions : de grands oiseaux fantastiques, dont la queue en roue lance des feux d'artifice de pierreries, de grosses mouches ressemblant à des topazes ou des rubis volants, de larges fleurs blanches qui glissent sur l’eau comme de petits bateaux, d’autres mignonnes fleurettes bleues, jaunes lilas, des élégantes avec des minois chiffonués de jeunes coquettes.

Au garçonnet, à la fillette, la prévoyance des four mis, l’industrie du Castor, l’ardeur travailleuse des abeil. les, offrent d’utiles leçons. Au vieillard, dont le corps s’incline vers la terre, le spectacle des mondes se balan- Sant dans l’espace donne l’esp ‘rance d’une immortelle patrie.

* Ah ! que de sublines élèves Ont fait leur cours dans ce Livre : Homère, Virgile, Socrate, Platon, Aristote, Newton, Thomas d'Aquin, Saint-François de Sales.

‘© Les cieux racontent la gloire de Dieu”? chante le psalmiste !

Les hautes sciences vous effraient, vous aimez le roman les idylles honnêtes, la Pastorale ingénue ?.. Ecoutez la bluette du rouge-gorge à sa bien aimée. Voyez son empres sement à lui plaire : quels amours délicats ! Il butine tont le jour, heureux de Ini apporter, le soir, un grain de mil, une cerise, un appétissant petit ver... Croyez-vous qu’il guettera le départ de son voisin Pour aller fleuretter avec sa voisine ? Ah ! non,le vent mauvais de l'adultère ne souf.

fle pas dans les nids. Jamais VOUS n’avez vu le rouge. 89rge arriver le Soir, ivre de rosée ou de Parfum, avec quelque plume jaune prise à l’aile, titubant, le bec pâteux, le caquet aSsSourdissant, dire des bêtises. Et, si l’imprudent est pris dans un trébuchet, rarement ji] consent à chanter Pour payer son loyer, Sa tendre compagne, elle, ne Survit pas à la Perte de son amoureux : Convoler en

Plaintifs. Un jour, vous la trouvez morte, les pattes raides, tombée le bec dans son nid.

Le livre porte en dédicace : Aux sensibles, aux déli. Cats que blesse, tous les jours, la vulgarité de Ja vie, à.

de brume, lugubres, au milieu d’une fête générale, étouffant dans une salle de bal, écœurés de cette joie bête et san. tante, souffrant comme d’une écorchure du mauvais goût des meubles, des tons criards d’an chromo Masquant un tableau de maître, etc... A tous les aSsoiffés d’idéa. lisme, aux affamés de vérité —à ceux Qui soüffrent du mal d’aimer—tole et lege.

Le livre est Sratuit, A l'aurore de chaque siècle, il en paraît une nouvelle édition, Considérablement augmentée. Les feuillets se renouvellent d'eux-mêmes cha-

—Bénévole lecteur, pauvre brebis tondue, tu trembles... et me SOupçonnes de Vouloir pousser un nouveau Lirre... Rassure.toi, MmOn premier Livre, c'est le Livre de la Nature! Je voudrais que Parfois, échappant au tour.

billon qui t’entraîne, tu viennes sous l’œil de Dieu méditer ses pages sublimes.

10 LEÇON.—Que dit le grand Livre, à nous, femmes ? Mettons le signet aux derniers feuillets.

C’est la fin d’un jour d’automne, des parfums de fleurs mourantes traînent dans l’air attiédi comme dans la chapelle du cloître l’odeur de l’encens brûlé et les échos des antiennes chantées, La forêt dissimule son feuillage éclairci sous de larges plaques de fard qui baignent l’œil de splendeurs caressantes. Le lit des rivières s’est creusé, le torrent ne bondit plus sur les roches : un filet d’eau aminci coule sur la mousse jaunie avec de petits bruits de sanglots, come Pour pleurer le ciel bleu et les jolies pâquerettes qui se miraient dans son onde.

des grands arbres, c’est comme le premier cheveu blane, un funèbre présage de la fin des jours d’amour : le front

Couronné de pampres, la nature, ainsi qu’une déesse,

drapée dans sa robe de Pourpre, a le suprême orgueil de vouloir charmer toujours et de se faire regretter...

Quand sonne pour nous l’antomne de la vie, quand desrides osent souligner la pâleur des joues, quand lesdents déchaussées montrent les alvéoles noires, rendons les armes, Comme des vaillantes—soyons fières d’être de belles grand’mères. Certaines femmes Onû grand air sous leur diadème de cheveux d’argent, Une pointe de guipure plutôt qu’un bonnet, un mantelet dissimulant la taille déformée, des lunettes d’or qui voilent l’azvr terni des yeux—et la vieille grand’mère est heureuse, elle sourit Quand ses

, Soleil Couchant, dont ur passée par Ja trainée lumineuse qui dore encore le ciel. k

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