UNE
derrière un rideau de hautes broussailles qu’ils viennent de traverser, nos Chasseurs aperçoivent devant eux, et à 2 ou 300 mètres de distance, une ligne longue et compacte de cavaliers ennemis, qui, en voyant le petit nombre de leurs adversaires, les accueillent par une immense clameur. L’intrépide commandant Raphel et ses 30 Chasseurs avaient donné dans une embuscade organisée, de concert, par les Hadjouth et les familles indigènes qu’il avait eu l’imprudence d'autoriser à camper sous la protection de son Camp de l’Ouad El-Allaig.
Sans s’arrèter à compter ses ennemis, le vaillant commandant continue la charge. Superbement monté, il a pris, nous le répétons, une grande avance sur sa troupe. Le lieutenant Wittersheim, du 1°" de Chasseurs d’Afrique, le suit de près. Ces deux héroïques soldats, qui sont reçus par une décharge générale à bout portant, tombent frappés mortellement; Djilali-ben- Dououad, l’un des plus cruels meneurs de bandes de la Mtidja, se précipite à bas de son cheval, se jette sur le cadavre de l’infortuné commandant Raphel, et, en un clin d'œil, il Pa décapité. Sa noble tête, qu’il convoitait depuis longtemps, a été fourrée avec une joie féroce dans son émara (musette pour l'orge), laquelle, accrochée au guerbous (pommeau) de sa selle, se mit à pleurer du sang (1).
(1) Les têtes des Français étaient payées en raison de l'importance du décapité. Ainsi, celle du commandant
Un autre de ces farouches ennemis faisait subir la même mutilation au cadavre du lieutenant Wittersheim.
Saisis d’un héroïque délire, nos 30 Chasseurs d'Afrique fondent comme une trombe sur cette masse confuse, qui fait retentir les échos de Ia plaine de ses horribles cris de triomphe; mais il est trop tard; ils ne peuvent plus venger que des morts. La vue de ces deux corps sans tête, de ces valeureux chefs qu’ils avaient appris à estimer, et qu'ils aimaient, les rend fous de fureur : leurs lames font dès lors une terrible besogne. Ce n’est bientôt plus qu’une horrible mêlée dans
‘laquelle sont noyés les uniformes bleus. A cha-
que instant, leur nombre diminue, et si des secours tardent à arriver, le peloton de Chasseurs sera entièrement anéanti, car la partie devient de plus en plus inégale.
Mais une sonnerie de clairons se fait entendre : c’est le brave capitaine Carbuccia qui accourt avec le piquet, et qui dégage les quelques Chasseurs qui combattaient encore; il poursuit de ses feux les cavaliers ennemis jusqu’à ce qu'ils aient disparu de l’autre côté de la Cheffa. Ils laissaient un grand nombre des leurs sur le terrain de la lutte, et sur le chemin de la poursuite.
Dans cette journée néfaste, l’armée avait perdu
Raphel fut payée 15 douros (75 francs) à Djilali-ben- Dououad. Du reste, les prix ont varié selon les temps et la situation financière du Trésor de l'Emir.
l’un de ses plus vaillants officiers. En effet, la valeur héroïque et les nombreux traits de bravoure par lesquels s'était distingué le commandant Raphel, étaient légendaires dans l’armée d'Afrique.
Quant au peloton du 1° de Chasseurs d’Afrique, il avait eu, outre ses deux officiers, 4 hommes tués, et 19 blessés sur 30 cavaliers.
Le corps du commandant Raphel fut inhumé, le soir même de ce jour, sur le terre-plein de la barbette droite du réduit du Camp de l’Ouad El- Allaïg. Celui du lieutenant Wittersheim fut déposé à quelques pas plus loin.
Quant au fameux Brahim-ben-Khouïled, qui dirigeait le djich (bande) ennemi dans cette journée du 10 novembre, et qui était l’ennemi personnel du commandant Raphel, il s’était con- .tenté de s’adjuger son cheval, dont il fit sa monture de combat.
C’est le 19 novembre, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que l’'Émir Abd-el-Kader fit remettre sa déclaration de guerre au général commandant supérieur de Blida, par un cavalier d’excellent et grand air, dont le cheval était richement harnaché.
Dès le lendemain, 20 novembre, la plaine de la Mtidja était envahie par les bandes de l’'Émir, aux ordres de trois des ses khalifas : les forces de Mohammed-ben-Allal débouchent par la route de Miliana; celles de Mohammed-ben-Aïca-El- Berkani par la direction de Médéa ; enfin, celles d’'Ahmed-ben-Eth-Thaïyeb-ben-Salem pénètrent
dans la plaine par les routes de l'Est. Tous ont promis à leurs contingents le sac de la Mtidja.
Le même jour, 300 cavaliers Hadjouth, que conduit Brahim-ben-Khouïled, ont franchi la Cheffa, et tombent à Mokthà-Mekhlouf, point Situé à 1,590 mètres de la redoute de Sidi-Khalifa, et à 4 kilomètres de Bou-Farik, sur un détachement composé de 39 hommes du 23° de Ligne et du Train des Équipages, escortant, sous les ordres d’un lieutenant, deux prolonges de vivres destinés à la garnison du Camp de lOuad El-Allaïg. Malgré une admirable défense, le détachement est massacré tout entier. Un seul de ces valeureux soldats, — un grenadier, — haché de vingt-trois coups de yataghan, ne conserva sa tête que parce que Brahim-ben- Khouïled — il l’avoua plus tard — ne sut par où le prendre pour consommer son horrible opération.
Mais nous voici arrivés à cette funeste journée du 21 novembre, dans laquelle le sang français va de nouveau couler abondamment. Ce sera encore ce malheureux Camp de l’Ouad El-Allaïg qui fournira les victimes; c’est à ce coin de terre marneuse, embroussaillé de ronces, de jujubiers sauvages, piqueté çà et là d’oliviers qui élèvent leurs têtes mal peignées au-dessus de cette végétation inextricable, désordonnée, à laquelle l’homme n’a point touché depuis des siècles; c’est ce terrain, on ne peut plus propre aux embuscades, aux guets-apens, qui va servir de table du sacrifice pour cette terrible héca-
tombe que la conquête de la terre d'Afrique va encore exiger de nos soldats.
Le 21 novembre, dans la matinée, 2,000 cavaliers arabes, sous les ordres des khalifas de Miliana et de Médéa, Mohammed-ben-Allal et Mohammed-ben-Aïca-El-Berkani, et marchant sur trois lignes, drapeaux déployés, passent la Cheffa entre le Haouch El-Graïdia et le Camp de l'Ouad El-Allaïg, et se portent dans la direction de Bou-Farik pour y faire une démonstration.
Malheureusement, le contre-ordre de suspendre le départ des quatre escortes journalières n'étant pas parvenu au camp, le chef de bataillon Gallemant, du 24 d'Infanterie, qui en exercait le commandement supérieur depuis la mort de l'héroïque Raphel, n’avait pas cru devoir suspendre le départ de la correspondance sur Blida, bien qu’il wignorât pas pourtant que l'ennemi ne pouvait être loin, et que, par suite, il était probable que, d’un moment à l’autre, les bandes des deux khalifas de l’'Émir reviendraient sur leurs pas.
Il s'était contenté de retarder le départ, et de ne mettre la correspondance en route qu’à dix heures trois quarts seulement. Il portait, en outre, à l'effectif de 40 hommes le piquet d’escorte, qui, ordinairement, n’était que de 15 et commandé par un sergent, et le plaçait sous les ordres du sous-lieutenant Bardet, auquel il recommandait la plus grande surveillance.
Cet officier était à peine à un kilomètre du Camp, que les bandes arabes reparaissaient dans
ne
la plaine. Sentant son piquet compromis, le commandant Gallemant se hâte de sortir, pour protéger sa retraite, avec tout ce qu’il avait de monde disponible, c’est-à-dire avec 132 hommes du 24 de ligne, et 23 Chasseurs d'Afrique du 1 régiment.
Ce mouvement donnait lieu à une fatale méprise; car, au lieu de se replier sur le Camp, le sous-lieutenant Bardet, croyant que le commandant supérieur märchait à lui pour le soutenir, s’arrèêta pour attendre la colonne, que cette déplorable erreur forçait à se sacrifier en se portant à 1500 mètres du camp, c’est-à-dire beaucoup plus loin qu’elle ne devait et ne pouvait le faire.
A la vue de cette proie, si peu redoutable par son nombre, les cavaliers ennemis fondirent d’abord sur le piquet, qu’ils anéantirent, à l’exception de quelques hommes qui avaient pu rejoindre la colonne en marche. M. Bardet fut tué un des premiers. Les bandes arabes se rabattirent ensuite sur le détachement du commandant Gallemant, qu’elles enveloppèrent et fusillèrent à bout portant.
La petite colonne avait fait halte, et répondait comme elle le pouvait aux charges furieuses de ces foules hurlantes, qui tournoyaient autour d'elle à lui en donner le vertige; mais son feu n'ayant point arrêté les Arabes un seul instant, le Commandant essaya de se former en carré; il n’en eut pas le temps : une balle le traversait de part en part, et son cheval le ramenait au Camp presque mourant.
ap
C’est dans ces conditions que le détachement se mit en retraite, protégé, assez inefficacement d’abord, par le canon du camp, qui tira pourtant 56 coups à boulet et 10 à mitraille. Mais, chargé à chaque pas, ses cartouches épuisées, il fit, dans le parcours des quelques centaines de mètres qui le séparaient du poste, des pertes extrêmement cruelles : 52 hommes seulement sur les 195 — y compris les 40 du piquet — qui étaient sortis du Camp, presque tous blessés, et leurs vêtements criblés de balles, parvinrent à y rentrer, et encore fallut-il qu’un feu de deux rangs, partant de la face sud de la redoute, exécuté par 18 hommes de garde, par les malades et les cantiniers, arrêtât les Arabes à 200 pas du parapet.
Pendant que les débris de la colonne se retiraient sur la redoute, 300 cavaliers environ étaient restés sur le terrain du combat pour dépouiller les cadavres et en couper les têtes, lesquelles, au tarif de l'Émir à cette époque, étaient payées 45 francs chacune. Un homme de grand courage, le capitaine Carbuccia, du 24° de ligne, exécuta une sortie avec ce qw’il put trouver d'hommes valides dans le Camp, — une quarantaine environ, — et, chargeant ces bourreaux occupés à leur horrible besogne, il parvint à les éloigner un instant et à leur faire lâcher prise. Mais, quand ils s’apercurent du petit nombre de leurs agresseurs, ils se retournèrent contre eux, et le valeureux capitaine fut, à son tour, obligé de se retirer avant d’avoir pu remplir entièrement sa mission.
Pourtant, son dévouement ne fut pas absolument stérile; car il put ramener 13 blessés que les Arabes n'avaient pas eu le temps de mutiler,
et au nombre desquels étaient le capitaine Grand-
champ, dont le visage était-tailladé comme celui d’un nègre du Soudan, le fourrier Benet et le sergent Marchand. Ce dernier avait vu la mort de près, il était déjà entièrement dépouillé de ses vêtements, et le yathaghan de lArabe effleurait Son Cou, lorsque l’arrivée du capitaine Carbuccia l’obligea à renoncer à sa sauvage opération, et à fuir de toute la vitesse de son cheval.
Quelques blessés ayant simulé la mort durent la vie à cette ruse.
Tous les autres corps, restés sur le champ du combat, furent impitoyablement décapités sous les yeux de la garnison, impuissante à s’y opposer.
Cependant, le soir, le sentiment du devoir l’emportant sur la crainte du danger à courir, ce qui restait d’à peu près valide dans le Camp exécuta une sortie pour aller ramasser les morts : on put rendre ainsi les derniers honneurs à 107 cadavres, dont 9 seulement furent retrouvés avec leurs têtes.
Une seule fosse fut creusée pour recevoir les victimes de cette terrible journée.
Ce vaste tombeau est placé à 60 mètres sur la diagonale de l’angle de la Redoute de l’Ouad El- Allaïg qui regarde le Camp-Inférieur (1).
(1) Devenu plus tard le village de Montpensier.
Quelques années après, on en eût vainement cherché la trace : pas un souvenir, une pierre, une croix de bois rappelant cette funeste hécatombe. L’oubli pour toujours, la terre affaissée, aplanie, nivelée sur ces grandes victimes de l'honneur militaire, sur les cadavres mutilés de ces martyrs du devoir, et le colon algérien traîne inconsciemment, depuis longtemps déjà, la charrue de la civilisation, en chantonnant une chanson à boire, peut-être, sur les ossements blanchis de ces cent glorieux décapités.
Il est vrai que nous sommes si riches en faits de cette espèce, que nous aurions fort à faire S’il nous fallait élever des tombeaux, des monuments à tous nos héros (1). Cependant, ce serait d’un bon exemple que de mettre un peu d'ordre, dans ce pays sans histoire, au classement de nos archives humaines, et de rappeler sans cesse à la jeune génération algérienne ce que nous a coûté la conquête de cette terre d'Afrique, particulièrement dans la Mtidja, cette nécropole de décapités. Il serait temps, en effet, de commencer l'Histoire monumentale de ce pays (2). Bni-Mered a bien sa pyramide commémorative ; pourquoi lPancien Camp de lOuad EI-Allaïg n’aurait-il pas la sienne? Nous gaspillons nos souvenirs ; nous sommes des négligents de notre gloire. Nous savons par des pierres, par des inscriptions gravées dans le rocher sur nos
(1) Ces'pages ont été écrites vers 1863.
(2?) On commence à s’en occuper.
routes stratégiques, que tel régiment a fait tant de kilomètres de route en 183..., sous le commandement de. tel ou tel officier général ou supérieur; mais nous ignorons, d’une façon absolue, que, le 21 novembre 1839, par exemple, cent sept soldats français, dont deux officiers, tombèrent sous le feu d’un ennemi qui leur était numériquement quinze ou vingt fois supérieur.
Plus tard, lorsqu'on exécuterà les fondations de quelque ferme sur lempläcement où ont été enfouis les débris humains de la néfaste journée du 21 novembre, et qu’on remuera les ossements des 98 décapités, les savants se demanderont si ce ne serait pas là l’une des sépultures de ce peuple acéphale dont saint Augustin assure avoir vu quelques spécimens, ou de cet autre peuple sans tête que la Fable place au nord des pays hyperboréens.
Chaque fois que nous visitions ce champ de la mort, nous cherchions à reconstituer, par la pensée, cette affreuse scène de la décapitation de nos malheureux soldats, des enfants, des conscrits pour la plupart, comme à Mered, et ce passage des Orientales de Victor Hugo — Les Têtes du Sérail — nous revenait en mémoire :
« Superbe il se montrait aux enfants du Prophète, « De six mille têtes paré!
« Livides, l’œil éteint, de noirs cheveux chargées... »
En même temps que les bandes des deux khalifas de l’Emir se livraient à leur féroce
opération de la mutilation des cadavres, l’un d’eux, Mohammed-ben-Allal, avait lancé un fort détachement à lPattaque du blockhaus d’Aïn-el- Amara, situé à 1,800 mètres à l’ouest du Camp de lPOuad El-Allaïg. Vigoureusement accueilli par les vingt hommes composant la garnison de ce poste, auxquels le lieutenant Pailhé, du 24° de ligne, qui le commandait, avait prescrit d'attendre l'ennemi et de ne tirer qu’à coup sûr, les assaillants, après un combat de deux heures, finirent par lâcher prise, emmenant, sous les yeux de la petite garnison, plus de 200 chevaux de main, chargés de morts et de blessés. |
Si ce succès ne ressuscitait pas nos morts, c'était, néanmoins, une consolation pour le brave 24e d'Infanterie; car il était vengé.
Après ces deux opérations, qui avaient eu une issue si différente, les Arabes repassaient la Cheffa en toute hâte dans la soirée.
Nous avons rapporté, au cours de ces récits, toutes les actions de guerre qui s'étaient livrées autour de Blida et de sa banlieue pendant les terribles mois de novembre et décembre 1839; il ne nous reste plus qu’à raconter le glorieux combat du 31 décembre de cette même année: il nous reposera heureusement de toutes ces tueries, de ces égorgements, de ces guets-apens, désastres, il faut bien le dire, qu'avec un peu plus de prudence et de prévoyance, nous eussions pu, le plus souvent, éviter. Ah! que, dans tous les temps de notre histoire, notre chevaleresque... naïveté nous a coûté de sang généreux
versé inutilement ! Au moins, si, dans la journée du 31 décembre 1839, il y en eut de répandu, cette fois, ce ne fut pas celui de nos soldats.
Le 29 décembre, le Camp-Supérieur de Blida, toujours bloqué par les Bni-Salah, en était arrivé à manquer complètement d’eau potable; de plus, on y était absolument sans nouvelles de la colonne mobile de Bou-Farik, laquelle était chargée des ravitaillements de ce Camp. La position devenait d’instant en instant plus critique; aussi, était-il urgent de prendre une détermination.
Le colonel Gentil, du 24° de ligne, commandant supérieur du Camp, résolut de faire connaître la situation au général Rullière, commandant les troupes à Bou-Farik. Il demanda un homme de bonne volonté qui consentit à se charger de la dangereuse mission de lui porter une dépêche : huit se présentèrent ; le colonel fixa son choix sur le caporal Bourdis.
Il ne s’agissait de rien moins que de parcourir trois lieues d’un pays occupé par l’ennemi, de traverser ses postes, d'échapper à la vigilance de ses sentinelles et de ses coureurs: c'était, en un mot, jouer sa tête pour le salut de tous. Bourdis n’hésita pas : il partit à minuit, sans déguisement, Ss’'abandonnant à sa fortune, et sans autre préoccupation que d’atteindre son but et de remplir sa mission.
Après avoir failli vingt fois tomber entre les mains des Arabes qui sillonnaient sans cesse la route du Camp-Supérieur à Bou-Farik, le brave
caporal Bourdis arrivait sain et sauf à sa destination.
Les galons de sergent suffirent pour récompenser cet admirable trait de dévouement (1).
Au reçu de la dépêche du colonel Gentil, le maréchal Valée quittait Alger, et allait se mettre à la tête des troupes réunies à Douéra sous le commandement du général Rostolan, puis il se portait, avec un convoi considérable sur Bou- Farik, où il couchait le 30 décembre. Le lendemain 31,laissant son convoi dans cette place, le maréchal se dirigeait sur le Camp-Supérieur de Blida, en passant par les postes de Sidi-Khalifa et de l’'Ouad El-Allaïg. C’est en opérant ce mouvement qu’il livra le glorieux et magnifique combat dont nous allons raconter les péripéties.
Depuis plus de deux mois, les khalifas Mo- ‘hammed-ben-Allal et Mohammed-ben-Aïca-El- Berkani, dont les bataillons étaient campés, nous le savons, dans la montagne des Bni-Salah, se préparaient à frapper un grand coup dès que loceasion s’en présenterait. Des ordres avaient été donnés dans toute l’étendue du commandement de ces deux lieutenants de l’'Émir, c’est-à-dire des outhen (districts) de Médéa et de Miliana, pour la levée des goums et des contingents de ces deux circonscriptions, lesquelles s’étendaient de Bordj-Hamza (Bouira) à Tenès.
(1) Le sergent Bourdis fut tué au ravitaillement de Miliana, le 8 octobre 1840. Les soldats de cette valeur ne vivent jamais vieux.
Les forces dont ils pouvaient disposer et qu’ils avaient sous la main au 31 décembre, se décomposaient de la manière suivante :
Infanterie régulière {dskeur), ? bataillons à 8 compa-
BHLÈS à 22 08 Mare die te La ie ae NL 1,600 fantassins. Infanterie irrégulière {fouzd), gens des
contingents ....., et in, dde 000 AE Cavalerie régulière fkhtiala).......... 150 cavaliers. Cavalerie irrégulière (goum).......... 2,500 ..- id,
Effectif des forces en ligne..... 7.250 hommes.
L’artillerie n’étaitreprésentée que parune seule pièce (datant de 1813) du modèle dit sreusban (pierrier) par les Arabes.
Un Nègre d’une force herculéenne (Régulier du bataillon d’El-Berkani) portait le pierrier (720 kilogrammes) sur son dos, etle mettait en batterie là où les thobjia (canonniers) le jugeaient convenable. La fonction de ce canonnier de somme lui avait valu le surnom de « Bomba. »
L’infanterie régulière, les gens de pied des tribus, et la cavalerie régulière (spahis de l’Émir), étaient sous le commandement du khalifa El- Berkani. Les deux bataillons réguliers étaient sous les ordres directs de leurs ar’aouat (commandants), Sid Mohammed-Bou-Chareb et Sid El-Hadj-Mahammed-El-Ammali.
La Æhitala (cavalerie régulière), restée avec El- Berkani, était commandée par Sid Bel-Kacem.
Le khalifa Sid Ben-Alial s'était réservé la direction générale des cavaliers du goum, lesquels
étaient placés sous les ordres directs de Mouloud-ben-El-Ahrech, et des kaïds ou chioukh de leurs tribus.
Les forces françaises se composaient de :
Deux bataillons du 2° d'Infanterie légère ; Un bataillon du 17° de même arme; Deux bataillons du 23° d'Infanterie de ligne ; Trois escadrons du 1° de Chasseurs d'Afrique; Quatre pièces d’artillerie ; ce qui portait notre effectif à 2,500 baïonnettes et à 350 sabres environ.
Le maréchal Valée avait pris le commandement dela colonne. Son but, nous l'avons dit, était de ravitailler le Camp-Supérieur de Blida qui, ainsi que l'en avait fait informer le colonel Gentil, du 24° de ligne, était absolument à bout de ressources en vivres et en eau, et cela en présence de forces ennemies menacçantes relativement considérables.
Sid Mohammed-ben-Allal s’était mis en marche, pendant la nuit du 30 au 31, pour se porter, avec son goum, sur Bou-Farik. Il avait franchi la Cheffa à hauteur du Haouch-Mebdouâ. En se portant au-devant de la colonne, son but était de la harceler sur tout son parcours et de l’amener ainsi sur un point qu'il avait fixé, terrain sur lequel il se faisait fort — du moins, il affirmait — de l’exterminer. Nous dirons plus loin les moyens sur lesquels il comptait pour réaliser son audacieux programme.
Les goums du khalifa rencontraient la pointe d'avant-garde de la colonne à sa sortie de l’en-
ceinte du camp retranché de Bou- Farik. Une nuée de cavaliers, d’une certaine audace, répandue dans la plaine, se mirent à harceler la colonne avec une agacçante opiniâtreté. Un peloton du 1 de Chasseurs d'Afrique, aux ordres du lieutenant de Lapeyrouse, qui avait été lancé en tirailleurs d'avant-garde, maintenait cet essaim bourdonnant dans des limites qui le rendaient inoffensif pour la colonne, laquelle s’avancait calme et compacte dans la plaine, sans trop paraitre s'inquiéter de ce qui se passait sur ses flancs.
Nous avions là de vieux régiments d’ Afrique remarquablement commandés, et qui, depuis longtemps, avaient fait leurs preuves : aussi, Arabes et Kabils s’en approchaient-ils avec la plus grande circonspection.
Quoiqu'il en soit, grisé par le sang des décapités et mutilés de l ouad El-Allaïs et de Mokthà- Mekhlouf, Sid Mohammed-ben-Allal, le meilleur des lieutenants de l'Émir, a rêvé de faire, en ce jour, de la Mtidja, le tombeau de l’armée française. Il avait, certainement, choisi son terrain ; car le maréchal, qui manœuvrait à l’engager à à accepter le combat, ne put réussir à l’y décider.
Nous avons dit que le khalifa de Médéa, Sid Mohammed-ben-Aïça-El-Berkani, était resté dans ses Campements des Bni- -Salah, avec les deux bataillons réguliers et les gens de pied des tribus montagnardes, lesquels devaient se tenir prêts à marcher au premier signal.
Vers dix heures, la colonne française s’arré-
tait aux Aïoun-ech-Châr, à trois kilomètres et demi du Camp de l’Ouad El-Allaïg, pour y faire sa grande halte et y déjeuner. À ce moment, elle est complètement cernée par la cavalerie de Sid Ben-Allal; mais celle-ci est facilement tenue en respect par nos Chasseurs, qui tiraillent avec elle sans autre inconvénient que celui de brüler de la poudre, et de dépenser, sans résultat appréciable, une grande partie de ses munitions.
Sid Ben-Allal paraît enchanté de sa manœuvre, et il ne doute plus de l’anéantissement de la colonne avant la fin de la journée. Aussi, dans cette persuasion, expédie-t-il Sans retard un courrier à son collègue Sid El-Berkani, avec un billet ainsi concu : « Descends au plus vite avec toutes tes forces, avec tout ton monde. Je cerne la colonne des Chrétiens, et, s’il plait à Dieu, elle est à nous! »
Au recu de ce billet de son collègue, El-Berkani fait appeler le commandant de son bataillon régulier, Sid El-Hadj-Mahammed-el-Ammali, ainsi que celui du bataillon de Ben-Allal, Sid Djelloul-Es-Sakka (1), leur communique l’ordre du khalifa de Miliana, et leur prescrit de rassembler sur-le-champ les deux bataillons, ainsi que les fantassins des tribus, et de les porter Sur la rive droite de l’ouad Sidi-El-Kbir, où ils attendront de nouveaux ordres.
(1) L’ar’a Djelloul avait été surnommé Es-Sakka, le porteur d’eau, parce que, dans sa jeunesse, il distribuait de 4 l’eau aux combattants, sur le champ de bataille, pour ; l'amour de Dieu, c’est-à-dire gratuitement.
nee
À onze heures, les Réguliérs avaient exécuté le mouvement prescrit, et franchissaient l’ouad Sidi-El-Kbir, à l'embouchure de l’ouad Bou-Arfa, à hauteur du haouch de Mohammed-ben-Hazzouth (1). Ils faisaient une halte de trois quarts d'heure sur ce point en attendant de nouveaux ordres, qui finissent par arriver.
Les deux bataillons de Réguliers et les fantassins des tribus vont prendre position à hauteur du Haouch-Mebdouâ, lequel est situé à 5 kil.
au nord du Camp-Supérieur, à 7 de l’ouad Sidi-El-Kbir, c’est-à-dire du pied de la montagne des Bni-Salah, et à 3 kil. 500 à l’est de la Cheffa. Le bataillon de Sid El-Berkani marche droit devant lui, laissant le Camp-Supérieur — qui n’a pas tiré — à sa droite. Celui de Ben-Allal appuie sur sa gauche, vers la Cheffa. Ces bataillons sont en colonne par pelotons sur deux rangs.
Les 150 cavaliers réguliers, qui étaient détachés auprès des khalifas, et qu’on n’engageait jamais, parce qu’ils étaient employés habituellement à faire rentrer les impôts, c’est-à-dire au service du Makhzen (Gouvernement), avaient recu, ce jour-là, l’ordre de marcher avec les bataillons réguliers. Ils étaient placés sous les ordres de Sid Bel-Kacem, le commandant de la khiiala (cavalerie régulière), et du jeune et brillant cavalier Mohammed-El-Aboudi, qui, plus tard, devait servir dans nos rangs.
(1) Le même qui, plus tard, fut nommé par nous kaïd des Bni-Salah.
Ju 30 —
Ces cavaliers étaient placés en réserve en arrière des bataillons réguliers, qui, eux-mêmes, formaient la réserve des fantassins irréguliers.
Les contingents des tribus marchaient en troupeau de moutons en avant du bataillon régulier, et à 2 ou 300 mètres vis-à vis de l'intervalle séparant ces deux unités. Dès que la colonne de Sid El-Berkani fut établie sur la position qu’elle devait occuper, elle fut arrêtée; les braves auxiliaires des contingents s’empressèrent de se porter en avant pour s'embusquer dans un Jidh (1) qui s’étendait parallèlement à leur front, disposition qui n'avait rien de commun avec les formations de notre ordonnance. Il faut dire — et c’est là qu'est leur excuse — que c'était la première fois qu’on les obligeait à attendre l’ennemi, et à faire preuve d’une témérité et d’une crânerie qui n'étaient ni dans leur tempérament, ni dans leurs goûts; et puis cette idée de les encadrer, pour ainsi dire, entre les bataillons réguliers, leur semblait blessante pour leur amour-propre de medjahedin, de champions de la Guerre sainte. Craignait-on qu’ils n’eussent point la solidité du roc devant les sabres des Chasseurs et les baïonnettes des fantassins francais? Bref, cet ordre les tracassait.
Quoiqu'il en soit, les gens des contingents plantent fièrement leurs drapeaux sur leur front. Il est vrai qu’ils ne sont pas même à distance de balle froide de la colonne française ; ils savent
(1) Dépression de terrain, ravin, lit d’un torrent,
trop combien nos Chasseurs sont friands des étendards de l'ennemi, et, par suite, combien il leur serait imprudent à les tenter.
Le porte-canon Bomba a placé sa pièce en batterie sur la droite de la ligne des drapeaux, et à la même hauteur. Les quatre servants sont à leur poste de combat.
Le maréchal reprend sa marche vers le Camp- Supérieur en se portant directement au sud, c’est-à-dire en passant par la Zaouya de Sidi- Medjebeur. Le goum ennemi n'avait pas cessé de tirailler avec les flanqueurs de la colonne, mais toujours sans vouloir ni se laisser aborder, ni accepter le combat. Il est clair que le khalifa Mohammed-ben-Allal a des projets dont le maréchal n’a pas encore le mot; mais que, probablement, il ne tardera pas à pénétrer. Il a renoncé d'ailleurs à Pamener à un engagement sérieux, et ne S’occupe plus du goum que pour le tenir en respect.
Mais la colonne était arrivée à hauteur du Haouch-Bni-Tamou, à 5 kilomètres environ au nord-est du Haouch-Mebdouâ, point au sud duquel les Réguliers et les contingents avaient pris position. Le maréchal commence à comprendre la tactique de Ben-Allal, qui a voulu lui tendre un piège en l’attirant vers des forces relativement imposantes. Jugeant, sans doute, que le moment était arrivé de lui faire commencer son mouvement en avant, Ben-Allal envoya l’ordre à Sid El-Berkani de mettre en marche les fantassins des tribus dans la direction de la
colonne française, et de les faire suivre de près par les Réguliers. Fzoud et Askeur devaient faire halte dès que la colonne française serait en vue, et prendre leurs dispositions de combat.
Cette tactique était toute nouvelle pour les Réguliers, qui, jamais, depuis leur création, n'avaient attendu de pied ferme la charge de nos Chasseurs, et l’attaque à la baïonnette de nos fantassins. Aussi, le khalifa El-Berkani reçut-il des observations à ce sujet de la part de quelques vieux Kouloughlis et Mâdna appartenant de longue date déjà au corps des Réguliers ; mais, de crainte de passer, aux yeux de leur chef, pour de tièdes Musulmans, ils n’insistèrent pas.
Dès que la colonne française fut en vue, c’està-dire que son avant-garde de Chasseurs d’Afrique eut atteint la corne nord-ouest du petit bois de la Zaouya de Sidi Medjebeur, les contingents des tribus furent, en partie, déployés dans un ordre qui paraissait vouloir représenter une ligne de tirailleurs, et cela à 300 mètres environ en avant des Réguliers restés en colonnes par pelotons, les deux bataillons séparés par un intervalle de 30 mètres environ, et à la même hauteur.
Les contingents avaient à peine commencé le feu, toujours à distance de balle froide, que le peloton d'avant-garde du 1°" de Chasseurs d’Afrique, celui de M. de Lapeyrouse, et sans attendre les escadrons, fondait d'autant plus impétueusement sur cette tourbe kabile, qu’il venait d’apercevoir les trois drapeaux des Auxiliaires des
tribus : en un clin d’œil, la droite de la ligne des tirailleurs fut éventrée, renversée, roulée sur elle-même et sabrée, et, pourtant, l'effectif de ce peloton n’était que de vingt-huit cavaliers et un officier.
Le colonel Changarnier, — du 2° d'Infanterie légère, — dont le vaillant régiment formait la tête de colonne, et dont l'avant-garde venait d’apercevoir la colonne d’El-Berkani, faisait prévenir le maréchal Valée qu’un corps assez considérable d'infanterie ennemie se montrait sur sa droite et au sud de la ferme des Cinq-Cyprès, c’est-à-dire à deux kilomètres environ de la tête de la colonne française. Cette bonne nouvelle, qui se répandit bientôt de la droite à la gauche de notre petite armée, fut accueillie par un immense cri de joie. C'était, évidemment, une excellente aubaine ; car il n’était pas dans les habitudes de cet insaisissable ennemi de nous faire l'honneur de nous attendre de pied ferme en rase campagne. Nous allions donc pouvoir venger, dans le sang de leurs bourreaux, les glorieux décapités du mois dernier.
La colonne française s’arrête et prépare la charge par quelques coups de canon. « Quelques mekkas, — boulets ramés, — habilement envoyés, nous disait un vieux Régulier, nous abattaient sept ou huit hommes à chaque coup, et traçaient un chemin sanglant sur tout leur par- COUrS. »
Ayant recu l’ordre d’attaquer, le colonel Changarnier se précipite, à la tête de son régiment et
= Job
avec son impétuosité habituelle, dans la direction du bataillon régulier de gauche. De son côté, le colonel Le Pays de Bourjolly, du 1° de Chasseurs d'Afrique, fond, rapide comme la foudre, sur celui de droite. Mais les gens des tribus, le 1”achi, la tourbe, la multitude, n’ont pas attendu la charge des Chasseurs et se sont enfuis dans toutes les directions, pas assez promptement cependant pour que nos cavaliers ne pussent les joindre, les tourner et les ramener sur les baïonnettes du 2° Léger, qui s’en donne à cœurjoie. Deux cents fantassins des Mâdna, qui couvraient tant bien que mal les deux bataillons réguliers, essaient de résister à la terrible pointe des Chasseurs ; mais ceux-ci chargent dedans, selon l'expression d’un Régulier, et les tue jusqu'au dernier.
Le 2° Léger, qui était arrivé sur les Auxiliaires sans tirer, en expédie un grand nombre avant de songer à faire des prisonniers.
Mais, la défaite et la fuite des contingents ont découvert les Réguliers, qui reçoivent la charge des Chasseurs en colonne, c’est-à-dire sans avoir pu prendre une formation définitive, sans avoir pu brüler à peine une ou deux cartouches. « Nous avons tiré comme nous avons pu, nous disait un dskri (fantassin régulier d’'El-Berkani) qui avait pris part à l'affaire; mais, déjà ébranlés, mis en désordre par ces khououajin (làches) des contingents qui s'étaient rués sur nous dès la charge du peloton de Chasseurs, abandonnés par les goums de Ben-
Allal, il était certain que Dieu avait décidé que nous serions battus. »
Aussi, mal préparés pour recevoir la charge des Chasseurs, et l’attaque à la baïonnette du 2 Léger, les deux bataillons réguliers sont rompus, culbutés en un clin d'œil, et jetés pêlemêle l’un sur l’autre, et cette troupe, sur laquelle les deux khalifas, Mohammed-ben-Allal et Ben- Aïca-El-Berkani, avaient fondé les plus belles espérances, cette troupe qui, dans leur pensée, devait détruire la colonne du Maréchal, qu’ils avaient cherché à amener, dans ce but, entre POuad Sidi-Ahmed-el-Kbir et lOuad Ech-Cheffa, dans cetangle oùunossoldats devaient trouverleur tombeau, selon l'expression du khalifa Ben-Allal, et cette troupe, disons-nous, n’était bientôt plus qu'une cohue tourbillonnant sur elle-même dans un désordre inexprimable. La terrible lame des Chasseurs, si redoutée des Arabes et des Kabils, fait son œuvre silencieusement, sourdement :
un coup de pointe à la veine jugulaire ou dans le flanc; le sang jaillit et le cadavre est fait. Nos vieux Chasseurs, en effet, n’ont point leurs pareils pour envoyer un ennemi dans ce monde d’où l’on ne revient pas.
Quant aux petits fantassins du 2° Léger, ils n’ont pas tiré un seul coup de fusil : la baïonnette seule suffit à la sanglante besogne. C'est la journée de la pointe. Pas de détonations, pas de cris ; rien que des râles, des bruits de chutes de corps mous, et cette odeur fade de boucherie, de sang porté à une haute température par le
fanatisme et la haine d’un côté, par le patriotisme et l'amour de la gloire de l’autre. Les cadavres s’entassent les uns sur les autres.
Quelques Réguliers, honteux de fuir sans combattre, essayent de se grouper pour tenter quelque résistance; mais Chasseurs et fantassins ne leur laissent pas un moment de répit, et il ne leur reste plus d’autres moyens d’en finir que la mort ou la fuite, et le choix de l’une ou de l'autre n’est point toujours laissé à leur disposition.
Le Nègre Bomba — le porte-canon — avait été tué par un Chasseur dès le commencement de l'action; les canonniers avaient subi le même sort, et avant qu'ils eussent fait leur seconde décharge.
Quant à Sid Mohammed-ben-Allal, dont la tactique évidente avait été d’attirer la colonne dans le piège qu’il avait naïvement essayé de lui tendre, il avait disparu avec son goum dès que les Chasseurs, laissant achever par le 2e Léger la destruction des Réguliers, avaient pu s'occuper de cette cavalerie irrégulière, qui avait abandonné lâchement, et sans chercher à la secourir, l'infanterie de l’'Émir. Les Chasseurs l'avaient chargée avec leur impétuosité ordinaire, et reconduite battant, la pointe aux reins, jusqu’à la Cheffa, en semant de ses cadavres le chemin de la poursuite.
Sid Ben-Allal avait pu se convaincre que ce n’était point là ni le lieu, ni le jour que le Maître des Mondes avait marqués pour être les témoins de la défaite de l’armée française.