‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoire (volume 2)Chapitre 9 sur 21 · DE SERIES SEP SE PES PE EE PRE RQ IDR RÉ · texte numérisé non relu

DE SERIES SEP SE PES PE EE PRE RQ IDR RÉ

taillé en crémaillère à branches très rapprochées dans un sol schisteux et glissant, courait sur un plan incliné qui en rendait le parcours extrèmement dangereux.

Conséquences funestes de la rupture du traité de la Thafna. — Les Arabes se préparent à la guerre. — Occupation du Camp de l’'Ouad El-Allaïg et des blockhaus de la rive droite de la Cheffa. — Reprise ‘de la guerre aux troupeaux par les Hadjouth. — Affaires de sang autour du

Camp de l’Ouad El-Allaïg. — Le commandant Raphel. — {1 donne dans un piège qui lui est tendu par Brahimben-Khouïled, et il y trouve la mort. — Déclaration de guerre de l’'Émir Abd-el-Kader. — Massacre de l’escorte | dun convoi à Mokthâ-Mekhlouf. — Désastre de l'Ouad

El-Allaïig, — Belle défense du blockhaus d’Aïn-el-Amara.

— Dévouement du caporal Bourdis. — La glorieuse journée du Haouch-Mebdouà (les Cinq-Cyprès).

Il ne me reste plus, pour compléter notre tour d'horizon, qu’à reprendre le récit des faits de guerre qui ont eu pour théâtre le terrain qui se développe au nord de Blida, en prenant pour

limite extrème, de l'Est à l'Ouest, l’ouad Bni- Azza, la Châbet-El-Mechdoufa, en avant du village de Bni-Mered, l’ancien Camp de l’Ouad El- Allaïg, le Haouch-Mebdouâ (ferme des Cinq- Cyprès) et la Cheffa.

Nous terminerons par l’histoire sommaire de Blida, tout en peignant la physionomie de la « Petite Ville » pendant la période de la domination turke, et celle des huit années qui précédèrent son occupation par les Francais.

Par l’expédition des Biban (1), effecéuée dans la seconde quinzaine d'octobre 1839, nous venions de rompre définitivement le traité boîteux de la Thafna; car il était évident que la violation de ce territoire, que l’'Émir Et-Hadj-Abd-el-Kader regardait comme sien, ne pouvait manquer d'amener la rupture ouverte qu’il recherchait. En tout cas, rien ne lui était si facile que d’en faire un prétexte, et il n’y manqua pas.

D'ailleurs, depuis longtemps. déjà, les Arabes se préparaient à la guerre, et attendaient impatiemment le signal de commencer les hostilités. A vrai dire, si, depuis la conclusion du traité de la Thafna, nous étions en état de paix avec l'Émir, on ne s’en apercevait guère dans la Mtidja. Sans doute, ce n’était pas la grande guerre ; mais la situation n’en valait pas mieux; car, nous lPavons vu au cours de ce récit, les Hadjouth n’avaient point cessé un instant leurs

(1) Biban, pluriel de bab, porte. En y ajoutant « de Fer, » cela nous a donné’ « Les Portes de Fer. »

fructueuses razias sur le lopin de territoire que nous nous étions réservé par ce singulier traité.

Voulant assurer la sécurité dans le sud de la Mtidja, entre l’ouad El-Harrach, à l’est, et l’ouad Ech-Cheffa, à l’ouest, le maréchal Clauzel avait décidé, dès le mois de juin 1836, que tous les centres de population et tous les points stratégiques de cette zone seraient occupés militairement. C’est ainsi que, conformément à cette mesure, il avait prescrit l'établissement immédiat sur l’un des points de la Cheffa, nommé Sidi- Ali-el-Meddah, d’un camp devant servir de base d'opérations dans une expédition qu’il avait l’intention d'entreprendre sur le Tithri.

Ce camp devait être relié à Bou-Farik par un poste intermédiaire. Ce fut la position de Sidi- Khalifa, située à 8 kilomètres à l’ouest de ce premier point, qu'on choisit pour y établir un ouvrage retranché. Les travaux terminés, la colonne du général de Brossard, chargée de la construction de ces postes, avait repris sa marche dans la direction de la Cheffa, elle s'était arrêtée de nouveau sur lPouad Æl-Allaïg (1), à six kilomètres de Sidi-Khalifa, et y avait construit une redoute qui était destinée à recevoir un blockhaus.

Mais le besoin de concentrer les troupes avait

(1) Point que, selon notre habitude, nous avons nommé improprement tour à tour oued El-Alleg, El-Alleug, Lallèque, Alleg, Halleg, et qui, en définitive, est appelé ouad El- Allaïg, la Rivière des Ronces, par les indigènes.

fait décider bientôt l'abandon de ces postes, à l'exception de ceux de Sidi-Khelifa et des Oulad Jâäich (Dalmatie).

La création des Camps Supérieur et Inférieur, en 1838, n’ayant point ralenti les courses et les déprédations des Hadjouth, on résolut d'occuper le camp de l’Ouad El-Allaïg ; des blockhaus relièrent cette position d’un côté à Blida, et de lautre à Koléa.

Les choses en restèrent là jusqu’au mois d’oc-

tobre 1839; mais on sentait que la guerre était imminente, et que les Arabes attendaient impatiemment le signal de reprendre en grand les hostilités.

. Pour compléter le récit des actions de guerre qui eurent pour théâtre la zone septentrionale de Blida, il ne nous reste plus qu’à esquisser les terribles péripéties qui se sont déroulées, dans les trois derniers mois de 1839, entre le poste de Bni-Mered et le Camp de la Cheffa, et, particulièrement, autour du Camp de l’Ouad El-Allaïg.

Dès le 20 octobre, un fort parti de Hadjouth, conduit par le fameux El-Bachir-ben-Kouïled, que nous connaissons depuis longtemps déjà, passe la Cheffa en armes, sous le prétexte de courir après des bœufs qu’on lui avait volés pendant la nuit. Le brave chef de bataillon Raphel, du 24° de ligne, commandant supérieur du Camp de l’Ouad El-Allaïg, marche à eux et les oblige à repasser la rivière.

Le 12 octobre, les Hadjouth tombèrent sur le troupeau d’un Khelili rentrant du marché d’'Es-

At

Sebt; le vigilant commandant Raphel, qui $’en est aperçu, fond sur eux du Camp de l’Ouad El- Allaïg, à la tête de quatorze cavaliers des Chasseurs d'Afrique, et les met en fuite. Mais, voulant dégager un de ces Chasseurs que ces maraudeurs ont enlevé, l’intrépide commandant se trouve bientôt très loin de son camp, et il était déjà enveloppé, lui et sa petite troupe, lorsque le lieutenant Picard, du 24° de ligne, arrive à la tête du piquet et le dégage.

Le chef de bataillon Raphel, commandant supérieur du Camp de l’Ouad El-Allaïg (1), avait eu la naïveté d'autoriser quelques tentes de Hadjouth — deux ou'trois familles avec un troupeau étique

(1) Nous voulons donner une idée de ce qu'était, en 1839, ce Camp de l'Ouad El-Allaïg, autour duquel vont se dérouler tant de scènes sanglantes, tant de sauvages tueries : il Se composait d’une grande redoute en terre et d’un blockhaus servant de réduit. Au mois de novembre, sa garnison était forte de quatre compagnies du 24e d'Infanterie et de deux pelotons du 1er Chasseurs d'Afrique. Elle était placée sous les ordres du vaillant commandant Raphel, du 24e de ligne, venu récemment des Zouaves, où il était capitaine.

Ce Camp qui, nous l'avons dit, avait été construit en 1836, s'élevait sur les bords d’un cours d'eau sans importance, qui portait le nom d’ouad El-Allaïig, à cause des ronces au milieu desquelles il courait en serpentant quand venait la saison des pluies. A cette époque, le pays environnant était très boisé, embroussaillé plutôt, surtout au nord.

La redoute commandait le pays environnant au nord et à l’ouest ; on y arrivait de plain pied par le sud et l’ouest. La source qui formait l’ouad sourdait au sud du Camp.

— à venir s'établir sous la protection de notre canon : elles craignaient, disaient-elles, d’être enlevées par les indigènes dissidents. Une première fois, leur troupeau fut surpris par des coureurs Hadjouth; mais quelques Chasseurs d'Afrique avaient suffi pour le faire rentrer au bercail.

Le commandant Raphel commence à soupçonner une trahison de la part de ses protégés, lesquels, en définitive, — il le reconnaît bientôt, — ne sont que des espions.

Pendant la nuit du 9 au 10 novembre, 300 cavaliers des Hadjouth s’embusquèrent dans les hautes broussailles de Bou-Mendjàäa, entre le Camp de l’Ouad El-Allaïg et le blockhaus de Bou- R’lal. Vers neuf heures et demie du matin, deux d’entre eux portant, l’un, l’uniforme de Gendarme maure, et l’autre, celui de brigadier de Chasseurs d'Afrique, se dirigeaient vers les troupeaux des gens de Bou-Bernou, paissant, sous notre protection, à 3 ou 400 mètres du camp.

Les gardiens de ces troupeaux, évidemment complices de ces maraudeurs, les laissèrent approcher, et feignirent de ne s’apercevoir de la ruse que lorsqu'ils virent leurs bœufs effrayés s’enfuir dans la direction de la Cheffa. C’est alors qu'ils appelèrent les troupes du camp à leur aide.

Ce matin du 10 novembre, la diane a été battue et sonnée à six heures; les hommes de garde, comme d'habitude, ont enlevé les chevaux de frise qui ferment l'entrée du camp, pour laisser passer les détachements de 10 cavaliers qui, ce jour-là, doivent, l’un se diriger sur Blida pour y

Ha

porter une dépêche importante, l’autre, sur Bou- Farik pour le service de la correspondance. Il est resté une réserve de 30 cavaliers dans le Camp pour le cas — assez probable — où il serait attaqué.

A dix heures, les sentinelles placées sur les remparts, du côté de la Cheffa, font entendre le cri: « Aux armes!» Tout est bientôt en mouvement dans le Camp : les tambours battent l’assemblée, les trompettes sonnent à cheval, et le premier piquet d'infanterie, fort de 80 hommes, part au pas de course dans la direction où les factionnaires venaient de signaler la présence des Hadjouth, dont un fort détachement s'était porté au-devant du troupeau des tentes de Ben- Bernou, que poussaient devant eux les deux maraudeurs déguisés.

Le commandant Raphel, montant un magnifique cheval noir, se met à la tête. des 30 Chasseurs d'Afrique de réserve, lesquels sont aussi rapidement prêts (1) que l'infanterie, s’élance à la poursuite des coupeurs de route, qui, à la vue de cette sortie, — ils ne voulaient pas autre chose, — abandonnent le troupeau, et fuient de toute la vitesse de leurs chevaux dans la direction de la Cheffa. Le commandant Raphel, selon son habitude, très en avant de sa troupe, charge furieusement les fuyards, quand, tout à coup,

(1) Habituellement, la moitié des chevaux restaient sellés, tout au moins ceux du piquet. Il est arrivé assez fréquemment que les chevaux restèrent sellés pendant quatre jours.

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