‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoire (volume 2)Chapitre 17 sur 21 · PRISE R TENTE TS PONE CUT TE PENAEN PTE NE ETEE NET IETRAET EE PES · texte numérisé non relu

PRISE R TENTE TS PONE CUT TE PENAEN PTE NE ETEE NET IETRAET EE PES

Physionomie de Blida au siècle dernier. — Ses portes. —

Son enceinte de maisons. — Ses constructions et ses édifices remarquables. — Ses mosquées, ses mesdjed, et ses kebab. — Parcours et description de son périmètre. — Les rues de l’ancienne Blida et les: Mores- Andalous. — A travers les rues de Blida. — Les divers quartiers, et les professions qui y étaient exercées.— Les marchands stationnaires ou en boutiques, et les ambulants, — L'architecture moresque. — La maison moresque ou sarrasine. — La population de Blida. — Les Juifs. — Travaux agricoles ou horticoles des Blidiens. — Leur nourriture, — Le vendredi, jour consacré. — Blida exté-

rieure et sa banlieue. — Sa végétation. — Les chemins, sentiers et voies de communication, — Les bradj (maisons dans les jardins) remarquables. — Le bordj de

Yahïa-Ar’a et ses jardins d’orangers. — Renseignements sur ce personnage. — Il subit, dans sa maison de Blida, et par l’ordre du Pacha d'Alger, le supplice du cordon.

Mais nous voulons donner la physionomie de

la ville de Blida proprement dite au siècle dernier.

Elle avait six portes :

4° Bab-er-Rahba (1), au sud ;

20 Bab-el-Kebour (2), à l’ouest ;

3° Bab-es-Sebt (3), au nord;

4o Bab-ez-Zaouya (4), au nord-est;

5° Bab-ed-Dzer (5), ou Ed-Dzair, à l’est; 6° Bab-el-Khouïkha (6), au sud-est.

En avant de la porte d'Alger, laquelle se trouvait à hauteur de l’ancienne mosquée, Djamà- Baba-Mahammed (7), se développait un vaste cimetière arabe, qui occupait les emplacements où devaient s'élever, un siècle plus tard, les bâtiments de l'Hôpital militaire et ceux de la Remonte.

Les portes El-Khouïkha, Er-Rahba et EIl-Ke-

(1) La porte du Marché aux Grains, aux Huiles, aux Bestiaux.

(?) La porte des Tombeaux, des Sépultures.

(3) La porte du Marché du Samedi, parce qu’elle s’ouvrait sur le chemin qui conduisait au Marché du Sebt, sur la rive gauche de la Cheffa.

(4) La porte de la Zaouya, parce qu'elle s’ouvrait sur la route qui conduisait à la Zaouya de Sidi Medjebeur.

(5) La porte d'Alger. Ed-Dzer ou Ed-Dzaïr est l’abréviation d'El-Djezair, les iles, dont nous avons fait Alger.

(6) La porte de secours, du couloir, la poterne, le guichet.

(7) Cette mosquée portait également le nom de Djamäâ Bab-ed-Dzer.

bour, étaient également précédées extérieure-

ment d’une djebbana (cimetière), qui, en raison

du peu de profondeur à laquelle on y enterrait

les morts, devait singulièrement compromettre, surtout en temps d’épidémie, la santé publi- D que.

Blida n'avait pas d’enceinte proprement dite; mais on avait paré à cet inconvénient, dans un pays où le respect de la propriété est loin d’être assuré, en ouvrant, sur lintérieur de la ville, les portes et les jours des maisons bâties sur son périmètre. On ne pouvait donc pénétrer dans Blida que par les six portes que nous avons indiquées.

On remarquait encore, il y a quelques années, à gauche de Ia porte Er-Rahba, et sur la place de l’ancienne mosquée de Bab-Ed-Dzer, quelques portions des maisons qui composaient l’enceinte.

Le voyageur anglais Shaw, qui a visité Blida en 1729, dit que cette ville a un mille de développement (1,609 mètres), que ses murs extérieurs et ses maisons ne sont que de boue, et qu’ils sont percés en plusieurs endroits par les frelons. « On comprend, ajoute-t-il, que, dans ces conditions, ils ne soient pas bien forts. »

Toutes les constructions, en effet, étaient faites en thabia, c’est-à-dire en une sorte de pisé de mauvaise qualité dont les pluies avaient facilement raison. Du reste, Blida a encore de nombreux échantillons de ce genre de bâtisses.

Blida, à part ses mosquées, n’a jamais eu d’édi-

fices remarquables, ou valant la peine d’être cités. La fréquence des tremblements de terre ne permettait guère d’y élever des constructions de quelque valeur.

Blida, avant 1830, avait quatre mosquées : le Djamà (1) Sidi Ahmed-el-Kbir, qui était sur la Place d’Armes; le Djamà Sidi Mohammed-ben-Sàdoun, rue des Couloughlis; le Djamâ Et-Terk, rue du Grand-Café; le Djamà Baba-Mahammed, ou de Bab-Ed-Dzer ou Ed-Dzaïr, à la porte d'Alger.

Deux de ces mosquées, Djamâ Sidi El-Kbir, et Djamà Ben-Sädoun, appartenaient au rite Maleki (2); les deux autres étaient du rite Hanifi (3).

Nous savons que le Djamà Sidi Ahmed-el-Kbir a été bâti par le saint fondateur de Blida, sur le don de ziara qui lui avait été fait, en 1535, par le Pacha Kheïr-ed-Din pour cet objet, et pour la construction d’un four banal et d’une étuve.

Quant aux trois autres mosquées, elles ont été construites et reconstruites à des époques différentes, c’est-à-dire toutes les fois qu’elles ont été dégradées ou détruites par les tremblements

(1) Djamé (réunissant) indique spécialement le temple où il y a un menbeur, ou chaire à prècher, et dans lequel se réunissent les Musulmans pour célébrer la cérémonie du vendredi, qui est le jour consacré.

(2) L'un des quatre rites orthodoxes, fondé par l’imam Malek-ben-Ens, mort en 795 de notre ère. C’est celui qui est suivi par tous les Arabes de l'Afrique septentrionale.

(3) L’une des quatre sectes orthodoxes musulmanes : c'est le rite suivi par les Turks. Il a été fondé par Abou- Hanifa, mort en 767 de notre ère.

de terre, soit par la générosité des pachas, soit au moyen doffrandes ou de pieuses dotations provenant de fervents Croyants ayant beaucoup à se faire pardonner.

Nous l'avons dit plus haut, les mosquées de Blida avaient énormément souffert du tremblement de terre de 1895 : toutes étaient à peu près hors de service et d’une fréquentation dangereuse. Ainsi que l’atteste une inscription placée au-dessus de la porte du Djamä-et-Terk, — la Mosquée de la rue du Grand-Café, — c’est Hoçain- Pacha, le souverain régnant, qui les fit restaurer et rendre au culte en 1827.

Avant le désastre de 1825, la ville de Blida comptait onze Mesdjed (1) pour la prière de tous les jours. Il ne reste plus qu’un de ces oratoires, c’est celui qui est à gauche de Bab-er-Rahba, et qu’on nomme Mesdjed du kaïd Ahmed-ben-Kaddour. Il y a quelques années, ce Mesdjed servait de MSsid (2).

Il existait, en outre, dans l’intérieur de la ville et à ses abords, quelques Æebab (3), ou petites

(1) Mesdjed, de sedjed, action de se prosterner et de toucher la terre avec le front dans la prière. Le Mesdjed est une petite mosquée, une chapelle, un oratoire servant à la prière de tous les jours, et dans laquelle on ne lit pas la khothba, c’est-à-dire la prière du vendredi pour le souverain.

(2) Msid, école d'enseignement primaire musulmane.

(3) Kebab, pluriel de koubba, qui signifie coupole, dôme, voùte en forme de dôme élevée sur le tombeau d’un marabouth mort en odeur de sainteté. Quelquefois, ces petites

chapelles consacrées à la mémoire de quelque saint marabouth. C’est ainsi que, dans la rue du Baï — ou Bey, — on remarquait une Koubba dédiée à Sidi Abd-Allah, et servant de lieu de prière aux Aïcaoua; il en existait une autre rue Mahmoud, sous l’invocation de Sidi Kouïder-ben-Aïça.

A gauche de la porte d'Alger actuelle, c’est-àdire en dehors de la ville, auprès du lavoir de la Remonte, il existait un micocoulier plusieurs fois séculaire, qui abritait un gourbi couvert en dis, renfermant les restes de Sidi Mecâäoud. Ce gourbi avait été détruit pour construire un abreuvoir sur son emplacement, et les saintes reliques qu'il contenait avaient été dispersées et jetées à tous les vents de la terre. Ces Roumis ne respectent rien! Mais le châtiment du démolisseur avait suivi de près cette profanation : le - maçon italien chargé de la destruction du gourbi sacré, était frappé de cécité au moment où il donnait son dernier coup de pioche.

À côté, et sur l'emplacement de la Remonte, il y avait, Sous un énorme frêne, un autre gourbidjamà dédié à Sidi El-Bostandji (1). Frêne et gourbi ont été détruits.

Le périmètre de la ville était marqué, nous Pavons dit, par les maisons construites sur son pourtour, et dont les issues donnaient sur l’intérieur. En partant de l’ancienne mosquée Baba-

. chapelles sont seulement commémoratives, et rappellent la station d’un saint.

(1) Et-Bostandji, le Jardinier.

Mahammed, ou de Bab-ed-Dzer (porte d’Alger), laquelle a été démolie en 1857, la ligne périmétrique coupait la rue d'Alger actuelle, longeait tortueusement la rue Neuve jusqu’à la rue Annibal, en laissant l’emplacement de l'Hôpital militaire, qui était alors complanté d’orangers, en dehors de la ville; la ligne faisait alors un angle presque droit, et se jetait à l’est en longeant la face sud de l'Hôpital. C'était en ce point que s’ouvrait El-Khouikha (la Poterne). La ligne reprenait sa direction sud à peu près parallèlement au mur d'enceinte actuel (1).

La ligne s’ouvrait ensuite sur le quartier El- Bokâa (2), qu’elle bornait à l’est, ainsi que celui occupé par le service du Génie jusqu’au lavoir, quartier qui était désigné sous le nom de Hammam-Mzaleth (Étuve des Indigents).

Bab-er-Rahba était à trente mètres environ à droite de la porte actuelle. On remarquait encore, il y a quelques années, des ruines de maisons indigènes au bout de la Zankat (3) El-Bokäa, lesquelles indiquaient la direction primitive de cette rue, et son aboutissement à la porte Er-Rahba.

Le quartier à droite de Bab-er-Rahba se nommait Houmet-El-Djoun (4) : il y avait Djoun el-

(1) On remarquait encore, il y a quelques années, des portions des anciennes murailles encastrées dans nos constructions européennes. |

(2) Celui que nous avons appelé Bécourt.

(3) Zanka, rue; Znika, ruelle.

(4) Djoun, golfe, rade, baie, quartier que nous avons appelé El-Djenoun.

Ksir (le court), et Djoun eth-Thouil (le long). L’enceinte fermait les rues Kaïd Ed-Dira, et Djoun eth-Thouïl. Elle longeait les jardins de l’Artillerie, traversait la Manutention, le jardin de l’ancien État-major de la Place, et tournait ensuite vers le nord jusqu’au quartier de Cavalerie, qu’elle coupait pour aller aboutir à Bab-el-Kebour, porte des Tombeaux.

Depuis la Manutention jusqu’à la porte des Boulevards, régnait un vaste cimetière qui donnait son nom à cette porte des Sépultures ou des Tombeaux. La ligne périmétrique descendait ensuite jusqu’en face des Écuries du Train, tournait à l'Est, et arrivait jusqu’à la rue Bab-es-Sebt actuelle, qu’elle coupait à hauteur de la Rue Grande; puis elle continuait vers l'Est jusqu’à sa rencontre avec la rue Mered, qu’elle suivait jusqu’à la rue Bleue, à l’ouest, et la rue Mazouni, à l’est. C’est en ce point que se trouvait la porte du Sebt, Bab-es-Sebt.

On remarquait, il y a quelques années, au pied de l’ancienne muraille d'enceinte — maison du Commandant de Place, — laquelle fut habitée par le colonel Duvivier, un canon de fer qu’on disait avoir appartenu à l’artillerie de Mohammed-ben-Allal, ce khalifa de l’'Émir Abd-el-Kader dont nous avons parlé si souvent au cours de ce récit. C’était la pièce qui était en batterie sur la Koudiet Bni-Chebla, et qui fut démontée par un de nos artilleurs pointant de la Koudiet-Mimich (1).

(1) Mimich viendrait de mechmach, abricot. Les Turks

A partir de l’ancienne porte d’'Es-Sebt, au bout de la rue Mered, la ligne d'enceinte de la ville piquait droit au nord jusqu’à la rue de POrangerie.

Le quartier au-dessous de l’ancienne porte d’'Es-Sebt se nommait Ed-Deneg. L'ancienne muraille filait ensuite au nord jusqu’à la nouvelle enceinte ; puis elle tournait à droite en longeant ce rempart presque parallèlement, traversait l'emplacement occupé par la Gendarmerie, remontait au sud jusqu’à la rue du Baï (du Bey), au bout de laquelle s’ouvrait Bab-ez-Zaouya; elle remontait ensuite par la Zankat-Er-Rabià, la rue Bel-Hamdan, et atteignait la mosquée de la porte d'Alger, qui a été notre point de départ.

Les rues de Blida, au nombre de trente environ avant notre occupation, étaient percées assez régulièrement. Elles se rattachaient à deux artères principales qui venaient se rencontrer à peu près au centre de la ville, et qui étaient orientées du nord-ouest au sud-est, et du nord-est au sud-ouest. La première de ces rues se prolongeait de Bab-es-Sebt à Bab-er-Rahba, et de Babed-Dzer à Bab-el-Kebour. Cette dernière voie de communication était celle qui porte encore aujourd’hui le nom de rue des Couloughlis.

Un certain nombre des rues de Blida portent encore des noms rappelant que la ville a été créée et bâtie par les Mores-Andalous, ses pre-

appelaient cette koudia El-Memcha, dont les Arabes ont fait Mimich. Haouch El-Memcha.

miers habitants. Nous voulons en citer quelques-unes :

Rue Abd-Allah, — Bel-Hamdan, Braham (qui se nommait Zanket EI-Hadj-Braham), Kouïder-ben-Aïça, Mahmoud, Sâdi, Abd-el-Kader, Mebrouk, Ben-Khedda, Ben-Aziza.

Du reste, Blida est certainement la ville de l'Algérie qui a conservé le plus de noms arabes à ses rues. Nous citerons, indépendamment des dénominations que nous venons d'indiquer :

La rue Couchef (1), — Msellem (2), — El-Mazouni (3), — Araich (4), — El-Djoun (5),

(1) De kechef, action de découvrir, de dévoiler les fautes, de là, affront, honte.

(2) Msellem, — cédé, — participe passé de sellem (2e forme), abandonner, faire abandon, cession.

(3) El-Mazouni, originaire de la ville arabe de Mazouna, dans le Dhahra, région montagneuse entre le Chelef-Inférieur et la mer.

(4) Avec l’article, £l-Araïch, les Treilles, ou Berceau de Vigne, Tonnelle.

(5) El-Djoun, — baie, rade, port, — que nous avons appelée Æl-Djenoun, des Génies, des Démons. .

La rue Kaïd-Dira (1), — Sahara (2), — Souika (3), — Derdour (4), — Louyet (pour Sebäa-Louyat) (5), — Bécourt (pour Bokâa) (6), — Selloum (7), — Oukfoun (8), — Laouya (9), — Deneg (10), — Rabiâ (41), — Bou-Alem (12),

(1) A cause d’une habitation que possédait à Blida, dans ce quartier, le kaïd du Dira, montagne au sud d'Aumale.

(2) Sahara, région méridionale de l'Algérie, que nous appelons le Désert.

(3) Souika, petit canal d'irrigation, rigole.

(4) Derdour, lait et lait de beurre mèlés.

(9) Sebéa-Louyat, des Sept-Détours, Circuits, Sinuosités.

(6) Bokda, endroit, lieu. Au pluriel, mauvais lieux, maisons de prostitution.

(7) Selloum, échelle.

(8) Oukfoun, de oukeuf, se tenir debout, pause, repos, ou bien, du mot ouakf, fondation pieuse, avec le signe {anouin.

(9) Zaouya. C'était par cette porte qu’on se rendait à la célèbre Zaouya de Sidi El-Medjebeur, le contemporain de Sidi Ahmed-el-Kbir.

(10) Deneg, division de la mesure de poudre, ou denneg, regarder attentivement.

(11) Rabid, nom propre.

(12) Bou-Alem, nom propre; littéralement, Porte-Étendard. Peut-être cette rue avait-elle, plus récemment, pris ce nom

La rue Bab-er-Rahba (1), — Bab-es-Sebt (2).

Vingt-neuf rues de Blida portent donc encore aujourd’hui leurs noms arabes d’avant notre occupation. Ce ne sont pas, je pense, les historiens qui s’en plaindront, attendu qu’ils ont là des points de repère tout trouvés.

Mais nous allons parcourir l’ancienne Blida; bien qu’en définitive, il existe encore, comme nous venons de le voir, un grand nombre de rues des temps antérieurs à la conquête, ce ne sera Cependant pas sans peine que nous parviendrons à préciser les emplacements qui ont été occupés par la Blida actuelle.

La porte d'Alger (Bab-ed-Dzer ou Dzaïr) s’ouvrait sur la mosquée de Baba-Mahammed (3), qu'on traversait sous une voûte (sabaith) qui débouchait sur la rue de la Porte d’Alger ou

de l’ar’a du Djendel, qui était propriétaire du hammam qui fait l'angle de la rue Kaïd-Dira et de la rue Traversière.

(1) Bab-er-Rahba, Porte de la rue du Marché aux bestiaux, aux grains, à l’huile.

(2) Bab-es-Sebt, Porte du Marché du Samedi, celle par laquelle on s’y rendait. Le village de Mouzaïaville a été bâti sur son emplacement.

(3) Cette mosquée, dont le minaret ne manquait pas d’une certaine élégance, a été enlevée au culte musulman en 1839, lors de l’occupation de Blida, pour être affectée au casernement des troupes. Les Tirailleurs indigènes (devenus Tirailleurs algériens en 1856) l’ont occupée jusqu’en 1857, époque de sa démolition.

d'Alger. Cette rue conservait son nom jusqu’à sa rencontre avec celle du Bey.

A droite de la mosquée, et y attenant, il existait une petite chambre (bit el-Habous) (1), où l’on déposait les brancards pour transporter les morts, et où les retardataires trouvaient à coucher après la fermeture de la porte d'Alger.

Cette porte, à cause des nombreux voyageurs venant d'Alger, se fermait à l’eucha (2), tandis que les autres portes étaient closes au mor”reb(3).

Une demi-heure avant la fermeture des portes, le bououab (portier) criait, en se plaçant à l'entrée: « ÆEl-bab!... El-bab! » afin d’avertir les gens qui étaient dans la campagne qu’il allait fermer.

Les portes étaient à deux battants (defef), et fermées par un énorme zekroun (verrou) de fer. Une dhellala (espèce d’auvent) en abritait le devant.

C'était à droite de cette porte qu’on pendait les gens qui étaient condamnés à subir cette peine. L'instrument du supplice était des plus élémentaires : un morceau de bois fixé dans le mur, et auquel une corde était attachée, suffisait largement à cette nécessité sociale : un heursi (agent de police) hissait le condamné jusqu’à la

(1) Habous, donation à charge de restitution. Cette petite chambre était habous de la mosquée.

(2) L'eucha, une heure et demie après le coucher du soleil.

(3) Le mor’reb, le coucher du soleil.

potence, lui passait la corde au cou, et tout était dit.

Nous parlerons plus loin des différents genres de supplices en usage à Blida du temps des Turks.

À droite et à gauche de la voûte sous laquelle on pénétrait pour traverser la mosquée de la porte d'Alger, on trouvait des boutiques de bredäita (fabricants de bâts). L’extrémité de cette voûte était habitée par des hkaddadin (forgerons).

Les diverses professions ou industries étaient groupées par rues et quartiers. C’est ainsi qu’on trouvait les Æheurrazsin (cordonniers en neuf) dans la rue Bab-Ed-Dzer; la rue Kour-Dourli, — que nous avons appelée des Couloughlis, — jusqu’à la rue Abd-Allah, était affectée aux msebbebin (marchands en boutique d’étoffes, de vètements tout faits), et aux échellakichita (marchands en boutique d'effets d’'habillement et de meubles d'occasion). Ceux de ces commerçants qui exerçaient leur industrie à la criée et en marchant étaient appelés dellalin.

On remarquait encore, il y a quelques années, près de la mosquée de Ben-Sädoun, les arcades et les colonnettes du Café Kour-Dour’li, qui fut habité plus tard par un vieil hkaffaf (barbier).

La rue de Kour-Dour’li était aussi fréquemment désignée sous le nom de Zanket El-Briandji (1), la rue du Gargotier, à cause d’une auberge

(1) Briandji, aubergiste, gargotier. Cette Gpithète vient de brian, qui signifie ragoût de viande avec oignons et lé-

gumes.

ou gargote qui était très fréquentée du temps des Turks.

En tournant dans la rue Abd-Allah, — que nous avons appelée, dès notre occupation de Blida, rue des Juifs, — on trouvait de petites boutiques tenues par des kheudhdharin (marchands de légumes), et des fekkaiin (marchands de fruits). Cette portion de rue, jusqu’à la fontaine du Grand-Café, s'appelait souk et-tchina, marché aux oranges, souk ed-dellaä, marché aux pastèques.

En face de la rue du Grand-Café, toujours dans cette même rue Abd-Allah, s’ouvraient d’autres boutiques occupées par les djezzarin (bouchers).

Le pâté de maisons compris entre la rue Abd- Allah et la mosquée Ben-Sâdoun, était OCCupé par des Æheurrasin (cordonniers en neuf), des rekkabin (cordonniers en vieux ou savetiers), et des derratin (pileurs de café).

Le Café de Nacef, ainsi appelé de l’&in de ce nom, était près de la tonnelle de l’ancien Café d'Orient.

Le Souk et-ichina, dont nous parlions plus haut, se continuait jusqu’au Djamâ Et-TFerk, dans la rue du Grand-Café, laquelle se nommait autrefois Zanket El-Hakouma. En face de cette mosquée, se trouvait le Fondouk des Cherchalia gens de Cherchel), lesquels apportaient des Ælel (grandes jarres), des bouakeul (pots de terre), ét des thebart (grands pots avec anses).

En face de la Hakouma (lieu où se rend la justice) du Hakem, il existait une fontaine, ou

fououara (fontaine avec jet d’eau et bassin), qui appartenait à la mosquée.

Du Café du Hakem jusqu’à la Place d’Armes d'aujourd'hui, il existait de petits magasins ne prenant leur jour que par la porte, qui étaient occupés par des marchands de bernous (1), de haïk, etc. Cette partie de la rue était appelée Æ1- Kiceria, le marché aux vêtements.

Sur l'emplacement où fut plus tard l’État-Major de la Division militaire, sur la face Est de la Place d’Armes actuelle, il existait un Fondouk important qui était connu sous le nom de Bou- Kerkoula.

De chaque côté de la rue du Grand-Café, laquelle se prolongeait jusqu’à la mosquée de Sidi Ahmed-el-Kbir, il y avait des sair’in (bijoutiers) (2), des fahthamin (charbonniers), et des haththabin (marchands de bois).

En résumé, la ville était traversée, de Bab-El- Dzer à Bab-El-Kebour par des marchands établis dans des échoppes, sombres et malpropres comme celles que nous voyons encore aujourd’hui dans les quartiers des deux mosquées.

C'était un marché perpétuel où étaient représentés tous les genres de commerce, toutes les in-

(1) Les branës, pluriel de bernous, étaient de différentes espèces : le bernous noir, grossier, en laine, se disait « ber-nous zour'dani; » — le bernous blanc en laine, « bernous bidi; » — le bernous soie et laine, « bernous sousti. »:

(2) Les Juifs seuls travaillaient les métaux, l'or, l'argent et le cuivre, bien entendu. On comptait dans la ville une vingtaine de ces bijoutiers.

RD

dustries indigènes. Les dthiharin (épiciers-droguistes) vivaient des choses de la religion par la vente des parfums sacrés (les sebäa bekhourat) (1), et de celles de la coquetterie féminine, par le débit des ingrédients de toilette, les odeurs, les poudres et les essences. Ils ajoutaient à ce commerce celui des épices et autres drogues incandescentes.

Les nedjdjarin (menuisiers), et les haoukiia (tisserands) habitaient la Grande-Rue, celle qui partageait la ville, du nord au sud, en deux portions, et qui serait assez bien représentée par les rues Bab-Es-Sebt et Bab-Er-Rahba. Un second groupe de la corporation des nedjdjarin était établi sur l’emplacement de l’ancien hôpital, devenu plus tard la Caserne d’infanterie, le Conseil de guerre et la Prison militaire. Ce quartier était relativement mal famé à cause des maisons de filles qu’on y trouvait. C'était une succursale du quartier d’El-Bokâa.

C’est dans cette rue d’Er-Rahba que se trouvait le Marché aux Grains; il était en face de l'Hôtel-de-Ville actuel.

Il y avait, dans la ville, quatre fenadeukdjia

(1) Les « sebâa bekhourat, » les sept parfums, sont ceux que vont brüler sur les tombeaux des saints marabouths, les jours de pèlerinage, ou de ziara (visite à ces tombeaux), les fidèles Croyants. Ces sept parfums, nous le rappelons, se bornent habituellement à deux ou trois, qui sont le benjoin, l’encens, et autres baumes ou résines. Les Zaïrin sont les pèlerins qui, hebdomadairement ou annuellement, font cette sorte de pèlerinage.

(teneurs de fondouk), un pour les Kabils 4itatin (marchands d'huile), et trois pour y abriter les animaux.

Le Marché aux Bestiaux avait lieu les jeudis et vendredis en dehors de la porte Es-Sebt, ainsi nommée, avons-nous dit, parce qu’elle s’ouvrait sur le chemin du marché du Sebt, qui se tenait sur l'emplacement où a été bâti le village de Mouzaïaville.

Les khobbazin (boulangers ou marchands de pain), les dokhakhnia (marchands de tabac); les hammamdjiia (baigneurs, étuvistes); les ichakmadjiia (armuriers); les tchellakdjiia (fripiers); les serradjin (selliers); les éherrazin (brodeurs); les khiïathin (tailleurs); les Abbacia (1) (couseurs de bernous); les feukhkhardjita (potiers-faïenciers); les kahouadjita (cafetiers) ; les seuhleubdjiia (marchands de seuhleb), c’est-à-dire d’eau bouillie avec du sucre et saupoudrée de skendjebir (gingembre); les représentants de toutes ces professions, disons-nous, sont répandus, plus ou moins groupés, dans tous les quartiers de la ville. Quant aux heummarin (âniers ou muletiers), ils ont leurs écuries dans les fondouks, ou dans des hangars qui leur appartiennent.

Blida avait aussi ses dououacin (marchands ambulants, colporteurs, revendeurs). Cette profession était surtout exercée par les Juifs, 1eS-

(1) Cette profession de couseurs de bernous a été impor-

tée des Bni-Abbas de la province de Constantine; de là leur appellation d’Abbacia.

quels parcouraient la ville en demandant « sil n’y avait point quelque chose à vendre, » cri où le nez n’hésitait pas à faire sérieusement sa partie.

Les khobbazin (marchands de petits pains) surtout faisaient retentir toutes les rues de la ville de leurs cris agaçants, qu'ils développaient dans tous les tons de la gamme, et avec des modulations d’une justesse plus que douteuse :

« Aia! es-sekhoun! » — Allons! les chauds (pains)!

« Aia! es-sekhouna! » — Allons! la chaude (pain)!

« Ata! es-semid! » — Allons! la semoule (la fine fleur du pain)!

« Aia! el-msiiah! » — Allons! le nettoyé (son Ôté, deuxième qualité)!

« Aïal el-guerchala! » (1) — Alldns! le pain bis!

La rue du Boy actuelle est restée à peu: do chose près ce qu’elle était sous les Turks. C'était la rue principale, et celle qu'habitaient de préférence les riches, et les fonctionnaires et agents du Gouvernement. Ainsi, Mohammed-bel-Hadij, ancien kaïd el-Arab, y avait une maison. C’était celle dite du Saule.

L'ancienne maison servant, il y a quelques années, à une école de filles, appartenait à Lalla Nfouca, femme turke très riche. On arrivait à cette maison par un derb (2) voûté.

(1) Guerchala, son fin où il reste une certaine quantité de farine.

(2) Derb, impasse fermée par une porte, passage étroit.

La maison du forgeron, à gauche en descendant, appartenait au Hakem Ben-Amarouch.

Il existait également dans cette rue un mesdjed dédié à Sidi Abd-Allah, et dans lequel on avait établi un msid, ou école primaire musulmane.

En dehors de la muraille qui formait lenceinte de l’ancien hôpital, converti plus tard en caserne pour linfanterie, il existait encore, il y a une vingtaine d'années, des masures qui, autrefois, étaient occupées par des deubbar’in (tanneurs). Une dérivation de l’ouad Sidi-El-Kbir y amenait l’eau. Au delà des tanneurs, il y avait des oranseries, qui se prolongeaient jusque sur la place Bab-Es-Sebt.

En fait d’édifices rappelant quelques souvenirs, il ne reste plus à Blida que la Hakouma et le Café du Hakem. Nous en parlerons plus loin.

A présent que nous connaissons les rues de la vieille Blida, disons un mot de l'architecture moresque et de la maison arabe.

C’est aux Arabes que nous devons l’architecture moresque ou sarrasine. Le djamä de Korthoba (Cordoue), qui en est l’un des plus beaux types, a été construit au WIII: siècle de notre ère par Abd-er-Rahman I°", vice-roi des khalifes d'Orient en Espagne, qui, après s'être déclaré indépendant, prit le titre de khalife de Cordoue. Avec ses nefs surbaissées, cette architecture prend pour caractère le cintre rétréci à sa base, et la forme d’un croissant renversé.

Il va sans dire que Blida, avec ses tremble-

ments de terre fréquents et presque périodiques, n’a jamais songé à se donner le luxe de prendre ses modèles de constructions ni sur la mosquée de Korthoba, ni sur l’Alhambra de Granada. Ses maisons n’ont jamais été que des groupes de forme cubique avec tous leurs jours à l’intérieur, et piquetés, à l’extérieur, comme un dé à jouer, de trois ou quatre trous, — des judas, — étroits à n’y tolérer que le poing. C’est la maison jalouse et égoïste par excellence; c’est le chez soi mystérieux d’un maître qui n'existe que pour lui, cette habitation est non seulement le mur, mais la maison de la vie privée.

Nous allons décomposer entièrement la maison moresque, et en indiquer toutes les parties. En analysant l’une d'elles, nous connaïitrons toutes les autres.

Dans l’ancienne Régence d'Alger, la profession de maçon était, généralement, exercée par les Marokains, surtout pour les œuvres d'art, les mosquées, les oratoires, les zaouya, les koubba. Pour les grandes mosquées des villes, on employait à leur construction des esclaves chrétiens.

La maison arabe se composait, d’abord, de son seuil (dthbet-el-bab) ; d’une porte (bab); d’un guichet dans cette porte (khouikha); il existait un autre petit guichet grillé dans le haut de la porte (monkas), ou (chebbaik)} fenêtre grillée; d’un porche ou portique (sthouan), d’un anneau ou marteau de porte pour appeler (helka ou khorsa) ; d'un auvent {dholla); d’un plafond

(skeuf) ; l'arcade en ogive se disait el-kous ; l’enfoncement à l’intérieur faisant saillie sur la rue, elt-kebou ; le plancher, el-kaäa ; l'entrée, le corridor, skifa; la cour, ouosth ed-dar (le milieu de la maison); les poutres, kouatheun ; la galerie de bois, deurbouz ; le plancher de la galerie, sahin ; la terrasse, sthah ; le mur d'appui de la terrasse, stara ; les solives, karastha.

A Blida, les chambres prenaient leur nom de leur orientation ou de leur affectation : bit el-gueblia, ou du sud; — bit el-r’arbia, de l’ouest ou du couchant; — bit ech-cherguia, de l’est ou du levant, — bit el-bahria, de la mer, ou du nord; — la chambre où l’on travaille, où l’on mange, etc., Se nomme bit el-gâad; — la chambre à coucher, bit er-regad. Les portes se désignaient par les appellations de bab el-berrani, porte du dehors, et de bab el-fecil, porte de la séparation.

Il existait autrefois dans la cour de la plupart des maisons de Blida, soit une bestana ou seroula (cyprès), soit un érich (treille). On en trouve encore dans quelques-unes des maisons dela vieille Blida.

La population de Blida, avons-nous dit, se composait de Mores descendants des Andalous fondateurs de la ville, de Turks, de Kouloughlis, d’Arabes, de Mzabites, de Juifs, et de quelques Kabils des tribus montagnardes environnantes.

Les Mores étaient restés propriétaires des maisons de leurs ancêtres, et elles leur appartenaient d'autant plus justement, que chaque génération avait été obligée de les reconstruire

plus d’une fois. Les Turks occupaient les plus belles constructions de ia ville, bien qu’ils eussent bâti de préférence dans les jardins d’orangers qui l’entouraient. Les bradj ou maisons de campagne étant généralement moins maltraités que les habitations de l’intérieur par les trembleméents'de terre. |

Les Kouloughlis, qui composaient habituellement la garnison de Blida, habitaient également la ville et les jardins. Les Mzabites, qui ne vivaient que des professions dont ils avaient le monopole, s'étaient construit de petits magasins ou boutiques n’ayant de jour que par la porte, et dans lesquels ils couchaient au milieu d’un capharnaüm de produits de toute espèce. Quelques-uns avaient bâti en dehors dela ville; mais comme ils s’empressaient de regagner le Mzab dès qu'ils avaient amassé de quoi acheter quelques palmiers, ils se contentaient de louer des hanout (boutiques) pour un temps déterminé, que, le plus souvent, ils cédaient à ceux de leurs compatriotes qui venaient tenter la fortune dans le Tell.

Quant aux Juifs, avec le peu de sécurité qu’eût présenté un établissement de quelque valeur au milieu de gens qui ne songeaient qu’à les dévaliser, ils louaient aux Blidiens de petits magasins comme on en voit encore de nos jours entre les deux mosquées, ou bien, tous commerçants, ils se faisaient vendeurs à la criée d’étoffes, de vêtements tout faits, vieux ou neufs, et d’effets de friperie de tous genres.

Bien qu’astreints à des obligations des plus humiliantes, ils n’en étaient pas moins très nombreux à Blida, qui, nous l’avons dit, était un entrepôt commercial d’une grande importance.

Mais ils achetaient bien cher ce droit de faire du commerce : ainsi, ils ne pouvaient monter ni bête de selle, ni de somme; ils étaient obligés de porter des vêtements noirs ou blancs; il ne pouvait y avoir, dans leur habillement, ni vert, qui est la couleur du Prophète, ni rouge, qui était celle de l’étendard turk; ils ne chaussaient que des baboudj ou des belr’a, le quartier abattu.

Lorsqu'ils se présentaient devant le kadhy, ils lui baisaient la main. S'ils témoignaient en présence d’un Musulman, ils ne pouvaient être debout s’il était assis, ni assis s’il était debout. Ils juraient par la formule « hakk Allah!» par la vérité de Dieu!

En fait d'impôt, ils payaient la r’erama (1), comme les Musulmans.

La population de Blida ne les maltraitait pas trop. Mais, par exemple, ils ne se hasardaient pas à prendre des familiarités avec les Musulmans, surtout avec les Turks etles Kouloughlis ; car ils n’ignoraient pas à quoi ils se seraient exposés. Du reste, ils savaient conserver leurs distances devant les maîtres du pays, lesquels les ménageaient d'autant plus, qu’ils en avaient plus souvent besoin,

(1) L’impôt appelé r’erama était une taxe individuelle, une taille, un tribut.

Ils jouissaient, généralement, de quelque aisance; quelques-uns même possédaient une certaine fortune; mais ils ne s’en vantaient pas. Quoi qu’il en soit, souvent ils étaient saignés à blanc par les Turks, particulièrement quand ceux-ci avaient besoin d'argent. Pendant la période d’anarchie dans laquelle Blida fut plongée de 1830 à 1838, les Bni-Salah voulurent s’en mêler aussi, en 1836 surtout: ils avaient compris qu’il fallait qu'ils se pressassent; car tout portait à croire que nous ne tarderions pas à occuper la ville, et à mettre un terme à leurs déprédations.

Quelques-uns purent acquérir des maisons et des jardins d’orangers.

« On ne leur faisait pas de mal, nous disait un jour un vieux Turk, parce qu'ils n’en valaient pas la peine. »

Ils avaient deux ou trois synagogues très modestes, et qu’il eût été malaisé de confondre avec la mosquée de Cordoue. Leur cimetière était au nord de Bab-Es-Sebt, en face de l’ancien Magasin à Fourrages.

Quant aux Juives, elles ne portaient pour vêtement qu’une djebba (robe) de couleur, sans ornements d’or; elles avaient pour coiffure un foulard de soie noire, arrangé sur la tête à peu près comme celui qu’elles portent encore de nos jours. Elles ne sortaient que le samedi.

Les Musulmans croient que les Juifs se présenteront devant Dieu, au jour du jugement dernier, la main droite attachée au cou.

La population de Blida ne faisait point d’agri-

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culture; elle se bornaïit, généralement, à cultiver ses jardins d’orangers. La culture des céréales était faite presque exclusivement, autour de Blida, par les Kabils des tribus voisines, lesquels venaient, en dehors des touiza (1) qui leur étaient imposées par les Turks, faire leurs ensemencements dans la partie sud de lOuthan des Bni-Khelil.

La nourriture de la population se composait, généralement, de blé, d'orge et de fèves. Elle ne mangeait de la viande que très rarement, et seulement aux fêtes où c’est d'obligation religieuse. Il est bien entendu que ceux qui pouvaient se donner ce luxe, se nourrissaient volontiers de viande de mouton pendant la saison d’hiver.

Avant l’occupation française, un beau mouton se payait 6 francs; un bœuf, 55 francs; une vache, 25 francs.

Nous savons que le vendredi (nehar el-Djemûâa — jour de la réunion) est le jour consacré chez les Musulmans. Pendant la prière, qui durait une heure et demie, personne ne devait travailler. Longtemps encore après l’occupation française, les tisserands et les cordonniers ne se livraient, pendant cette journée, à aucun travail; ils profitaient de ce repos pour faire leurs achats.

La prière était indiquée, mais le vendredi seulement, par un pavillon vert (eulam el-akhedhar) qu'on hissait au sommet des minarets.Ce pavillon

(1) Touiza, corvée de labour.

indiquait également le jour du vendredi. À onze heures et demie, on hissait le vert; à midi, on l’abaissait, et on hissait le pavillon blanc. A midi et demie, ce pavillon était amené, et la prière commençait. Ce dernier signal était l’appel à la mosquée. Ce jour-là, tout Musulman devait revêtir ses plus beaux habits.

A la mort d’un dalem (savant), le pavillon vert était hissé au sommet des minarets, et n’était amené que lorsque les funérailles étaient terminées.

À présent que nous connaissons la vieille Blida intérieure, nous allons l’étudier extérieurement en circulant autour de son ancienne enceinte. Nous nous arrêterons sur les deux ou trois points de sa banlieue qui présentent quelque intéret.

Nous avons dit que les riches habitants de Blida, Turks, Kouloughlis, ou Mores, possédaient des maisons dans la ville, et des jardins d’orangers et des vergers dans sa banlieue. Ces bradj, ou maisons de campagne, étaient noyés dans la verdure sombre des arbres à feuilles persistantes et vernissées, les orangers, les caroubiers, les cyprès, et les dattiers sauvages, dont il existait un grand nombre, par groupes ou isOlés, dans la Mtidja, et, particulièrement, au bord des sources ou fontaines où avaient campé des sens du Sud. Les noyaux de dattes laissés sur le terrain y avaient germé, et étaient devenus des arbres dont les fruits n’arrivaient jamais à maturité.

La verdure blonde des oliviers se mêlait au vert tendre des agaves américains (aloès), aux terribles feuilles charnues, munies de dents terminées par des épines, à l’élégant rameau florifère, à l’inflorescence affectant la forme d’un élégant candélabre à plusieurs branches, à la croissance si rapide, que la longueur de sa hampe peut atteindre la longueur de plusieurs mètres en l’espace de quelques jours; des figuiers de Barbarie, aux raquettes hérissées de piquants comme un porc-épic sur la défensive, et portant crânement leurs fruits en pompon; puis des jujubiers sauvages à la verdure tendre et aux branches épineuses ; des touffes de lentisques ramassées et arrondies en boule comme un gros chat qui fait sa sieste; des micocouliers gigantesques ombragent les tombes des saints marabouths. Le palmier nain, cette plante par excellence de la Mtidja, et qui fit si longtemps le désespoir de nos colons, tapisse le sol de ses feuilles rayonnées et digitées d’un vert éternel; des genêts à fleurs jaunes secouant leurs bouquets d’or au souffie du zéphyr; des labiées odorantes à tige ligneuses parfumant les airs; du thym, du romarin, des sauges et des lavandes à senteurs énergiques,; des scilles maritimes à feuilles de fer-blanc et à oignon jouffiu; des asphodèles, aux fleurs disposées en grappes ramifiées. Toute cette végétation, qui poussait à la diable, et sans que l’homme s’en mêlât, faisait, autrefois, à Blida, un magnifique nid de verdure, un fouillis épais où toute la gamme des verts

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était représentée, un fourré très propre aux embuscades des hommes et des animaux, et nous en avons su quelque chose de 1830 à 1842. Sans doute, la Mtidja d'aujourd'hui est infiniment plus correcte, sous le rapport de la tenue, mais elle a bien perdu du pittoresque que lui donnait son mal-peigné d'autrefois. Nous ajouterons qu’elle s’est cruellement vengée du colon qui est venu l’éventrer de sa charrue perfectionnée, et il nous a fallu bien des années et bien des cadavres pour en avoir raison.

Avant la conquête, il n'existait point de routes proprement dites dans la Mitidja; on n’y trouvait que des chemins et des sentiers tracés par le pied de l’homme et par celui des animaux; aussi, n’avaient-ils rien de la rectitude de nos routes actuelles, laquelle, d’ailleurs, est la chose la plus difficile du monde à obtenir sans le secours d’instruments spéciaux.

L’amorce de la route de Blida à Alger était, à peu de chose près, la même qu'aujourd'hui dans l’espace de quelques centaines de mètres, puis ensuite elle festonnait capricieusement en appuyant tantôt à droite, tantôt à gauche. Elle passait entre la Æebiba (petite koubba) de Sidi Mohammed-Moula-eth-Thrik ou Sahab-eth-Thrik (1),

(1) On surnommait ce saint marabouth Moula ou Sahabeth-Thrik, c'est-à-dire le Maître ou le Compagnon du Chemin, parce que son tombeau se trouvait sur le bord du chemin, lequel était celui de l'Est. Les femmes y allaient en ziara (pèlerinage) le vendredi,

laquelle se trouve à l’entrée et à droite de la route actuelle de Dalmatie, avant d’arriver au cimetière européen. C’est entre ce point et l’ancien bordj de Yahïa-Ar’a (1), que le général de Bourmont avait établi son quartier-général le 24 juillet 1830, lors de la première expédition sur Blida. Du reste, cette ville n'avait que trois débouchés principaux, la route d'Alger, celle de l'Est ou de la Kabylie, et celle de l’Ouest ou du Sebt, qui conduisait aussi dans le Tithri. Nous ne faisons mention que pour mémoire du chemin qui aboutissait à la Zaouya de Sidi Medjebeur, et du sentier qui conduisait au tombeau de Sidi Ahmed-el-Kbir, au fond de la gorge de ce nom, bien que, pourtant, il fût plus fréquenté que tous les autres, à cause du pèlerinage hebdomadaire qu'y faisaient les Blidiens, et bien d’autres Croyants, ses serviteurs religieux.

A l’exception du bordj (maison de campagne) de Yahïa-Ar’a, dont nous venons de parler, il n’en est point d’autres, autour de Blida, qui rappellent quelque souvenir historique digne d’être cité.

Il n’est personne qui, ayant visité Blida, n’ait remarqué, à gauche de la route d'Alger, et, à cent et quelques mètres de la porte de ce nom, en face du point d’amorce de la route de Dalmatie, une charmante maison de style moresque rectifié, dont la coupole s’élève gracieusement

(1) Aujourd’hui, maison Gonin, en face de l’ancien théàtre du Tapis- Vert.

au-dessus d’un délicieux bois d’orangers qui lui fait, pendant les mois d'hiver de notre France, une ceinture de verdure, piquetée de fleurs odorantes et de fruits d’or.

Cest là un ravissant séjour, où il doit faire excellent à vivre, et qui rappellerait un coin de la demeure des Khalifes s’il était moins européanisé, c’est-à-dire moins ouvert, plus mystérieux, plus oriental, et moins accommodé aux exigences prosaïiques de la vie des civilisés. C’est vraiment dommage !

Un pin d’Alep, plusieurs fois séculaire, peutêtre, élève fièrement sa cime dans l’air bleu de velours de Blida, et étend horizontalement ses branches trapues autour de son tronc moussu et exCcorié, particularités qui indiquent le grand âge de ce géant végétal.

S’il fallait s’en rapporter à la légende, ce majestueux conifère aurait été, sous les Turks, un bois de justice, un gibet. Ce qui avait donné lieu à cette supposition, c’est que, pendant longtemps, on a pu constater la présence, enroulées autour de ses branches inférieures, de cordes d’un diamètre très suffisant pour supporter facilement un pendu indigène (1). Quand ces cordes, effilochées et noircies par le temps, étaient tourmentées par le vent, elles semblaient la chevelure d’un noyé lui flagellant les joues. Mais,

(1) Nous nous rappelons très bien avoir vu ces cordes en 1856, lors de notre arrivée au 1er de Tirailleurs à Blida.

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