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pitons striés, cannelés par les eaux du ciel, terrains fuyants, dislocations menaçantes! telles sont les marques laissées par les révolutions géologiques qui ont soulevé les montagnes.
La première zone concentrique, celle qui passe sous nos pieds, et qui a déjà été étudiée dans le cours de cet ouvrage, a tout les caractères qui distinguent la chaîne atlantique : les terrains qui la composent et sur lesquels sont assises ses forêts appartiennent aux schistes ardoisés. Les soulèvements y sont bizarres, étranges, et à la facon dont les lames schisteuses ont été brisées, on devine qu’ils ont dû se produire brutalement, à moins qu'il ne convienne d’attribuer la comminution de ces lames à des commotions, à des:
ébranlements du sol, à une sorte de foisonnement intérieur qui aurait tracassé l’enveloppe superficielle. On pourrait également rapporter à cette dernière cause les éboulements partiels de terre végétale qui se remarquent sur les pentes. Cette opinion serait d’ailleurs d'accord avec la tradition. On ne peut nier pourtant, dans cette circonstance, l’action destructrice des agents atmosphériques, Pair et l’eau ; on sait que, sous leur influence, les lames se délitent, s’éboulent, et que cette désagrégation, en mettant en sur-: plomb des bancs solides, amène la chute et la ruine de volumineuses assises qui semblaient devoir braver le temps à perpétuité.
Dans les vallées, les bancs schisteux ont bien moins souffert, et, en certains endroits, la stratification s’y est maintenue si parfaite, qu’on se-
rait tenté de prendre ces bancs pour les fondations de constructions gigantesques.
Comme dans tous les terrains de rochers à structure schisteuse, cette première zone renferme de nombreuses sources ; les eaux y sont magnifiques et limpides à rivaliser de pureté avec le cristal.
Au milieu de ce fouillis d’ondes solides dans lequel le regard se perd, et qu’on ne se lasse pas d'admirer, on devine un douar de gourbis perché au sommet d’un sentier vertical, qui semble la trace bâveuse laissée sur son passage par un colimaçon. C’est un de ces paysages d’écran dans lesquels les peintres chinois, avec leur naïf mépris de la perspective, placent une maisonnette à toit retroussé, ou font pousser un arbre fantastique sur la tête d’une bonne femme à pieds problématiques. Pour arriver à ces demeures de Lilliputiens, ou à ces cages d’oiseaux, il faut évidemment avoir fait de fortes études en l’art des acrobates ; aussi, les Kabils qui les habitent sont-ils toujours porteurs d’un long bàton qui, sans doute, doit leur servir de balan- * cier. Un troupeau de chèvres, qui semble en équilibre au bout d’un piton, n’y laisse deviner sa présence que par quelque mouvement imprimé à la bande par un bouc turbulent; bêtes el bergers se confondent avec le rocher.
Il n’est rien de plus majestueusement sauvage que la vallée du Sidi-Abd-el-Kader, lequel va se jeter dans l’ouad El-Harrach après avoir pris les noms d’ouad Targa et d’ouad El-Mokthà, et celle
de l’ouad El-Merdja, cours d’eau allant se perdre dans l’ouad Cheffa. La rive gauche du Sidi-Abdel-Kader est ridée de nombreux torrents qui versent leurs eaux à cet ouad presque en cascade, et par des rainures profondes qu’a lustrées la rapidité de l'écoulement. Ces douars d’Ir’zer- Boucin et de Tagredach, habités par des Kerracha, sont suspendus à la lèvre de louad Targa, et le gourbi-djamâ de Lella Imma-Ouaçäa commande la Thrik-Acammer, qui coupe louad Targa un peu au-dessous du point où louad Ouchchen se jette dans ce premier cours d’eau.
La rive droite du Sidi-Abd-el-Kader est formée par les contre-forts rocheux d’Amdjoun, de Tizi- Ouafis et de Sidi-Mohammed. Ce cours d’eau, qui prend le nom d’ouad Targa en recevant l’ouad Tala-Izzan, court parallèlement à la chaîne rocheuse dont nous venons de parler, laquelle se dresse presque à pic et forme, avecle versant opposé, comme un livre à demi-ouvert. Les nombreux ravins qui, sur les deux rives, tombent perpendiculairement à l’ouad Targa, ajoutent encore à l'illusion en faisant ressembler ces: rides profondément fouillées aux lignes de ce livre. L’arête de ces draä (contre-forts) est exactement aiguisée en lame de rasoir, et il serait de toute impossibilité de la parcourir, elle est coupée par deux cols, Tizi-Ouafñis et Tizi- Sidi-Mohammed, qui font communiquer les douars de Guergour et de Bou-Ikhlef avec la tribu des Bni-Mecäoud, que cette arète sépare de celle des Bni-Salah.
Il a été érigé sur cette arête un gourbhi-chapelle à Sidi Mohammed, et, depuis lors, cette portion du Djebel Amdjoun a pris le nom de Draû-Sidi-Mohammed. Non loin de cette chapelle, la piété des fidèles a dédié un gourbimekam à l’illustre Sidi Mouca-ben-Naceur, saint marabouth qui a son tombeau chez les Bni- Misra.
L’ouad El-Merdja, qui prend sa source à Draâ- Talakat, petit contre-fort rocheux descendant perpendiculairement à Draû-Amdjoun, coule dans un sens absolument opposé à l’ouad Targa. Sa rive droite est formée par le versant sud du massif des Bni-Salah; elle a pour points culminants le pic de Sidi Abd-el-Kader et le sommet de Djamàed-Draû, d’où se précipitent de nombreux cours d’eau ou ravins. Plusieurs chemins et sentiers descendent de ces sommets en serpentant : tracés en corniche à mi-côte des versants, et larges tout juste pour y poser le pied, ils côtoient, comme celui qui conduit au douar des Amchach, des précipices à pic et à lèvres nues que nous ne recommandons pas aux personnes qui sont sujettes au vertige. Un autre chemin, qui n’est autre chose que le prolongement de celui de Blida à la baraque-caserne de Tala-Izid, mène également sur l’ouad El-Merdja par une suite interminable de lacets étroitement repliés l’un sur l'autre. Celui-là est le chemin historique : tracé jusqu’à Pouad El-Merdja par nos soldats, en 1840, le général Changarnier y essayait, nous l'avons dit plus haut, le 26 août, avec une colonne de
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2,000 hommes, le ravitaillement de Médéa. Nos soldats, harassés de fatigue, ne parvenaient à jeter leur convoi dans la place que le 28, vers dix heures du matin.lIls avaient rencontré des chemins affreux, impraticables, et les tribus dont ils eurent à traverser le territoire, les Ouzra particulièrement, n’avaient pas manqué cetté occasion de les attaquer vigoureusement. Le général Changarnier se garda bien de reprendre la même voie pour revenir sur Blida.
Le général Duvivier avait renouvelé, au mois d'avril 1841, la tentative du général Changarnier ; inutile d’ajouter qu’il n'avait pas été plus heureux que ce dernier. Cette course lui avait coûté 11 morts et 54 blessés.
Le chemin muletier dont nous parlons traverse le territoire des Bou-R’eddou, qui sont une fraction des Bni-Salah, et jette des embranchements sur les douars des Ferdjouna et des Bni- Annas.
Ce versant méridional est assez peuplé; il est pittoresquement sauvage, d’un accès difficile. Moins boisé que le versant septentrional, il n’en a pas moins certains de ses quartiers, ceux qui sont plantés de pins, qui présentent une végétation très remarquable; les noyers et les peupliers y sont aussi en très grand nombre, et les pampres y atteignent une taille extraordinaire. L’ouad El-Merdja, qui est une rivière relativement importante, et qui coule toute l’année, donne au pays qu’il parcourt de l’eau, du vert, et de cette bonne fraîcheur tant appréciée des
vieux Africains, surtout de ceux qui ont beaucoup guerroyé dans le Sahra. Cette rive droite est très vivante, et l’on y remarque des douars de gourbis d’une certaine importance, celui des Bou-R’eddou surtout, au milieu duquel s'élève, dans les cyprès, un djamà dédié à Sidi Ali-ben- Mbarek, le saint d’El-Koleïâa (Koléa). De beaux vergers font à ces douars ou hameaux une délicieuse ceinture de verdure. Des chênes d’une dimension colossale, qui, Sans aucun doute, ont été placés sous la protection de ce saint marabouth, font au douar principal des Bou-R’eddou une avenue magnifique. On ne trouve d’Européens qu’au point où confluent l’ouad El- Merdja et l’ouad Cheffa : ils font partie du personnel d'exploitation de la mine de cuivre dite de l’ouad El-Merdja, mine dont les gîtes se rencontrent à 4 ou 500 mètres en amont du pointoù la Cheffa recoit son affluent.
La rive gauche de l’ouad El-Merdja est formée par des soulèvements rocheux dont quelques-uns sont d’une forme extrèmement bizarre; la presque verticalité de ces rochers a amené le glissement des terres qui les enveloppaient, et leur base s’en est enrichie. Aussi, cette sorte de berme qui court entre le pied de ces soulèvements et l’ouad El-Merdja est-elle couverte d’une végétation remarquablement vigoureuse. À partir du Draà-Talakat, où l’ouad El- Merdja prend sa source, l’arêle rocheuse et la rivière courent parallèlement dans le sudouest.
L’ouad El-Merdja prend son nom d’un marais formé par les eaux de l’ouad El-Hadjeur, son affluent de gauche. L’embouchure de ce cours d’eau forme une sorte d’anse largement ouverte, ayant à son centre un ilot peuplé de chênes séculaires de taille gigantesque. Un micocoulier superbe se laisse escalader par une vigne qui létreint de ses pampres monstrueux, pareils à ces serpents qui étouffèrent dans leurs nœuds Laocoon et ses enfants. Nous avons la clef du respect qui s’attache à ces arbres, et nous savons la cause de leur préservation de la hache kabile: ils sont sous la protection de Sidi Mahammed-el-R’eribi, saint marabouth qui a son tombeau chez les Säouda, lesquels sont une fraction des Bni- Salah, et dont nous avons raconté la légende au cours de cet ouvrage. C’est là, sur la limite de la tribu des Bni-Mecâoud et des Bni-Salah, qu’il avait établi, si nous nous le rappelons, sa kheloua, et qu'il mourut. Les premiers n'auraient pas mieux demandé que de garder les précieux restes du saint marabouth; mais ses dernières volontés avaient été si formellement exprimées, que les Bni-Mecâoud n’osèrent pas lutter contre un élu de Dieu, et qu’ils se décidèrent à rendre sa dépouille mortelle aux Säouda. Une mule inconnue s'était chargée d’ailleurs du transport du cadavre du saint à destination.
Les Bni-Mecâoud avaient bien élevé un djamämekam sur le lieu où Sidi Mahammed-el-R’eribi avait rendu son âme à Dieu; mais, plus tard, les Bni-Salah ayant contesté à leurs voisins le droit