‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoire (volume 2)Chapitre 6 sur 21 · RE ER PEN AA OU EVER RAR ROSE ESA EEE LE SNS · texte numérisé non relu

RE ER PEN AA OU EVER RAR ROSE ESA EEE LE SNS

de propriété sur les terrains que le séjour du saint avait sanctifiés, et cette contestation ayant soulevé un litige entre eux, la chapelle commémorative, que personne n’entretenait plus, tomba en ruines, et ne fut pas relevée. On remarque encore les pierres provenant de cette construction. Le mekam ruiné est connu sous le nom de cheräa de Sidi Mahammed-el-R’eribi.

Des vergers complantés de figuiers enguirlandés de vignes, de nombreux oliviers et des lentisques font de cette anse une délicieuse et fraiche oasis.

Si nous voulons suivre les crêtes, et contourner le vaste hémicycle que vient couper en deux parties égales l’ouad El-Hadjeur, nous rencontrerons successivement le Kaf-Mdounen, la Koudiet-Mgourent et le Kaf-en-Nahl. Le chemin passe par un couloir étroit qui semble avoir été taillé dans le rocher par la main de l’homme; ce passage est nommé Bab-el-Hadjeur, la porte des pierres. Des soulèvements réguliers pareils à des forts abandonnés, des assises disloquées et menaçantes, des blocs qui ont glissé et que le hasard a mis en chantier, une croûte épaisse formée de larges dalles qui semblent avoir été produites par un écoulement de lave en fusion, tout cela fait songer à ces naïfs entasseurs de pierres qui avaient entrepris d’escalader le ciel, ou bien à ces orgueilleux maçons de Babel qui en voulaient faire autant à peu près, mais par curiosité seulement, pour voir ce qui se passait dans la céleste assemblée. La pensée remonte

pres

aussi vers ces temps où Dieu prévenait ses peuples avant de les frapper : le Koran nous montre le prophète Salah avertissant les orgueilleux Temoudites, ce peuple qui taillait des rochers en maisons. Mais les gens de Temoud méprisèrent les avis de Salah, alors, une commotion violente de la terre les surprit, et le lendemain, on les trouvait gisants, morts et la face contre terre, dans leurs demeures de rocher.

En suivant toujours la crête, on pénètre, par le chemin de la Tniyet-es-Snoubeur (col des pins), dans une forêt de pins d’une ravissante verdure; puis on rencontre, au bord du chemin, la châbet Tamezguida; un gourbi-djamà dédié à Lella Tamezguida, une sainte plus ou moins authentique, s’élève sur la lèvre du ravin. Quoiqu’il en soit, les Bni-Meçcäoud, auxquels appartient cette amie de Dieu, n’en célèbrent pas moins sa fête chaque année, en automne, par un kousksou homérique et un dessert de graines de pin. Après avoir coupé la châbet Ou-Ilili, et laissé à droite le Draà-Aguelman, on arrive aux Hadjeur-Msennou, le plus singulier soulèvement qu’il soit possible de voir; ce rocher affecte, en effet, la forme de l’ancienne casquette à souffiet dont on coiffe volontiers, au théâtre, les négociants en épicerie. Quelques pins qui ont poussé dans ses anfractuosités lui font une aigrette qui ajoute beaucoup à son originalité.

Des maisons à terrasse ayant un simple trou pour cheminée, des enfants qui y prennent le soleil en se passant les doigts des mains dans

ceux des pieds, des femmes qui vont à l’eau, des hommes qui jardinent dans leurs vergers ; deux Kabils, la hachette sur l’épaule comme des licteurs, qui se sont arrêtés pour se raconter la nouvelle du jour, ou parler de douros ; des chèvres qui se tiennent debout pour atteindre quelque appétissante broutille ; un âne qui digère l'œil mi-clos et les oreilles pendantes: tel est le tableau patriarcalement champêtre que présentent habituellement les rives de l’ouad El-Merdja.

Continuant de suivre la crête, on entre par un chemin rocheux dans une charmante forêt de chènes sillonnée de délicieux sentiers faits pour un Seulement. À chaque pas, c’est une verrue rocheuse qui émerge d’un fouillis de verdure, ce sont des soulèvements qui semblent s’être éboulés, effondrés comme des châteaux de cartes; la Koudiet Azrou-Mouch, surtout, qui a versé ses pierres autour d'elle, paraît avoir été secouée violemment par une puissance surhumaine. On rencontre plus loin une délicieuse oasis de micocouliers, de chênes et d’oliviers séculaires : ces arbres doivent évidemment leur grand âge à la protection de quelque saint marabouth. En descendant sur l’ouad El-Merdja, dont on peut suivre le cours en longeant la berge de sa rive gauche, on arrive à son embouchure en coupant la châbet Anana et l’ouad Bou-Fellous. Un chemin taillé dans le roc pour l’exploitation de la mine de cuivre, aboutit à la route de Blida à Médéa au point où cette route est traversée par l’ouad Cheffa.

S'il est un site, dans la province d’Alger, qui ait le don d'attirer les touristes et d’exciter leur admiration, c’est bien ce que nous appelons « les Gorges de la Chiffa. » 11 n’est point de voyageur qui se respecte, point d’Anglais pourvu du moindre grain de curiosité qui ne soit venu visiter ce merveilleux couloir, cette effrayante crevasse qui vous étreint dans ses gigantesques murailles de rochers comme entre celles d’un tombeau de pierres, déchirure immense que nous n’hésitons pas à attribuer à Hercule, attendu que ce genre d’exploit est tout à fait dans sa manière, ainsi qu’il l’a prouvé en séparant les montagnes Calpé et Abyla pour favoriser le mariage de l'Océan et de la Méditerranée. Gette opinion serait d'autant moins exorbitante que personne n’ignore que ce héros joua un certain rôle dans le pays, quand ce ne serait que celui d’avoir soulagé Atlas en soutenant fort longtemps le Ciel sur son dos, et d'avoir fourni l’occasion à vingt de ses compagnons de fonder Icosium, ville qui, bien plus tard, devait s'appeler Alger. Peut-être encore, la coupure qui livre passage à la Cheffa, serait-elle le résultat d’un de ces furieux coups d’épée que savaient si bien donner ces paladins pourfendeurs dont Roland est le type le mieux réussi.

Quoiqu'il en soit, cette profonde gerçure qui s’évase vers le ciel dont elle laisse voir un long ruban d’azur, n’en laisse pas moins l’âme émerveillée et l'esprit confondu, et les plus forts d’entre les hommes sont contraints de se reconnaitre bien faibles et bien petits devant le Puissant qui

a soulevé ces masses immenses, et bouleversé ainsi les assises du monde.

La réputation des Gorges de la Cheffa n’est donc pas usurpée, et nous comprenons cet enthousiaste des premiers temps de l’occupation, qui, admirant Algérie du haut du Djebel Bou- Zarriâa, et croyant le désert immédiatement derrière la chaîne de montagnes qu'il découvrait de son observatoire, s’écriait avec un lyrisme qui n’est plus, pour nous autres incroyants, que de ’emphase et du boursouflage : « Du sommet de » la Boudzaréah, la coupure de la Chiffa semble » une porte du désert ouverte au travers de » l'Atlas, porte dont les pics des Bani-Salah et » des Mouzaïa seraient les piliers. »

L’ouad Cheffa, qui prend sa source principale non loin du col des Mouzaïa, longe la base du massif occupé par cette tribu, et l’enserre au sud et à l’est jusqu'à son débouché dans la Mtidja. C’est à partir seulement de la rencontre de la Cheffa avec l’ouad El-Merdja que la coupure se dessine nettement et dans toute sa sauvage et pittoresque âpreté.

La route de Médéa à Blida court de Jà sur la rive gauche de la rivière, dont elle imite servilement les capricieux méandres. Plus louad s’avance dans le nord, plus son lit se creuse et plus sa berge, qui soutient la route, s’escarpe et devient vertigineuse. C’est que, depuis l’ouad El-Merdja, cette route a été conquise sur le rocher; c’est à Paide de la barre à mine et de la poudre que nos soldats entreprenaient, en juillet

ne

1842, cette œuvre de géants; ce sont eux qui, à force de grignoter, d’émietter le rocher, ont fini par s'ouvrir un passage au-dessus de la rivière. Les dents de l'instrument de fer sont encore marquées le long des parois de la muraille, et le Temps n’est pas encore parvenu à effacer entièrement les numéros des corps — Zouaves, 53° de ligne, 6° et 7° compagnies de Discipline — qui ont entamé cette gigantesque besogne.

On ne peut se lasser d'admirer le spectacle magique que présentent les Gorges de la Cheffa, spectacle dont chaque pas vient changer le décors, et que modifient à chaque instant les jeux de la lumière.

C’est incontestablement le versant occidental du massif des Bni-Salah, celui qui forme la rive droite de la Cheffa, qui est le plus riche en beautés naturelles, en merveilles : dès que l’ouad El- Merdja, contournant le pied de la Cherâa des Bni-Ananês, a mêlé ses eaux à celles de la Cheffa, ce versant, qui se dresse à pic, et dont les sommets se perdent dans lPazur, se tapisse d’une végétation arborescente qui a poussé dans les anfractuosités des rochers, et qui, bien que chétive, se cramponne pourtant énergiquement de ses racines à toutes les aspérités qu’elle trouve à sa portée. C’est, dans cette forêt verticale, un fouillis de chênes-lièges, de chêneszéens, de chènes à glands doux, de micocouliers, de thuyas, de phillyréas, d’oliviers; c’est un embroussaillement, un emmêlement de tous les arbustes et de toutes les plantes qui ne

vivent que d’eau et de soleil; ce sont des pampres qui enlacent familièrement et qui enguirlandent tous les arbres qu’ils rencontrent; ce sont enfin des mousses et des lichens. Chaque fente, chaque crevasse de rocher est habitée par des plantes; toute la flore aromatique des montagnes est reprétentée sur ce versant dans son inculte énergie. Çà et là, c’est une roche gris-verdâtre qui vient:faire saillie au milieu de cette végétation comme le coude d’un pauvre au travers de son habit troué; c’est une clairière produite par un éboulement, et qui laisse voir à nu le squelette de la montagne; c’est un bloc schisteux qui est en suspension à mi-côte, et qui a été arrêté dans sa chute par une force qui semble tout à fait en opposition:avec les lois de la pesanteur; ce sont des cascades descendant nonchalamment des sommets, glissant mollement sur les rochers qu'elles lissent; pareilles à une longue chevelure qui se dénoue, ou à la queue d’un djeurr (1) de race, ou aux athoualkh (2) flottants d’un pacha tricaudal, ces merveilleuses cascades, qui semblent tomber du ciel, s’épanouissent à leur point de chute en une aigrette de diamants d’une richesse inouïe, particulièrement quand le soleil les frappe de ses rayons;

(1) Cheval dont la queue est longue et trainante.

(2) Queue ou crinière de -cheval fixée au bout d'une hampe, et portée devant les pachas dans les cérémonies. Leur nombre varie d’une à trois.

ce sont des filets d'argent coulant et caquetant sous les fougères; ce sont des roches moussues pleurant des larmes de cristal dans le calice des fleurs; c’est une averse des étoiies de la Voie lactée; ce sont des sources qui se déroulent gracieusement le long des pentes comme des rubans d’argent; ce sont-des anfractuosités, des crevasses où nichent des rapaces nocturnes.

Sous son vêtement vert, le versant cache ses misères : ses schistes qui s’exfolient et qui s’éfritent; il dissimule sous un tapis de verdure ses rides, sa calvitie, ses éboulements, ses dislocations; les cascades de roches émiettées alternent avec les cascades d’eaux limpides; c’est la pauvreté coudoyant la richesse; c’est le haillon auprès des étoffes précieuses.

Au fur et à mesure qu’on avance vers le nord, la muraille occidentale du massif des Bni-Salah va s’abaissant en pupitre jusqu’à sa rencontre avec lPouad Sidi-Ahmed-el-Kbir; mais, avant d'arriver en ce point, cette paroi verticale se hache de profonds ravins barrés çà et là de traverses imprévues, de barrières inexplicables : c'est un dédale plein d'ombre et de mystère, inaccessible et impénétrable pour l’homme, délicieux repaire pour les sangliers, pour les hyènes, pour les renards et les chacals. Avant nous, le quartier situé entre l’ouad El-Merdja et l’ouad Taksebt était le séjour de prédilection du lion et de la panthère; mais la civilisation, qui est l’ennemie du pittoresque, a détruit ces rois de la force, et cela sans autre prétexte que d’avoir

leur peau, qui, nous le reconnaissons, fait une superbe descente de lit.

Mais ce qui donne énormément de physionomie et de cachet à ce versant occidental, c’est le choix qu’en ont fait les singes pour y établir leurs lares; ils trouvent là, en effet, entre Merdja et Taksebt, tout ce que-peut rêver le membre le plus exigeant de la première section de la grande famille des quadrumanes : quiétude parfaite par suite de l’inaccessibilité du versant, fourrés épais, glands doux à profusion, et de l’eau à proximité. A certaines heures du jour, ils viennent s’ébattre en troupes sur les bords de la Cheffa, particulièrement vers En-Nadheur-Bou- Mesk, à l'embouchure de l’ouad Taksebt; nous ne voulons pas dire pourtant qu’ils y soient visibles tous les jours, pas plus là qu'ailleurs. Ils sont bien loin de trouver sur la rive gauche de la Cheffa les avantages que leur offre la rive droite; aussi, sont-ils bien moins nombreux sur cette première rive que sur lautre.

Le singe de la Cheffa est de très petite taille; il est dépourvu de queue, et ses tubérosités ischiatiques portent visiblement, comme chez les gens à profession assise, ces affreuses excroissances épidermoïdes qu'on appelle callosités. « De tout temps, disent les Arabes, cette marque particulière a fait le désespoir des simiens qui en sont affectés. »

C’est sur la rive gauche de la Cheffa, avonsnous dit, qu’a été tracée la route de Blida à Médéa. Dans la plus grande partie de son parcours,

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