‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoire (volume 2)Chapitre 8 sur 21 · ER PRE ENCEINTE PI ME ER D · texte numérisé non relu

ER PRE ENCEINTE PI ME ER D

abords de Sidi-El-Madani, des constructions effondrées, des pans de murs qui, de la route, semblent les restes d’une ville de Lilliputiens, et que quelques voyageurs ont pris tout simplement pour des ruines romaines : ce sont les débris des camps où s’établirent, en 1842 et plus tard, les troupes employées aux travaux de la route de Blida à Médéa.

Nous l'avons dit, le lit de la Cheffa, surtout dans la portion qui traverse le Petit-Atlas, est encombrée de blocs, de fragments entassés les uns sur les autres, de cailloux roulés, de lames schisteuses; sans cesse les pentes dont cette rivière baigne le pied viennent lui verser leur tribut de pierres et de débris de végétaux; elle charrie entre ses berges, qu’elle ronge, des échantillons de tous les terrains qu’elle traverse, par elle ou par ses affluents.

Parfois, il y a concert dans la gorge, mais un concert sublime : c’est quand le vent, soufflant sa note aiguë dans le feuillage de ce long couloir, accompagne le gémissement des eaux qui se heurtent aux obstacles du fond de lPabime, et le cliquetis métallique des cascades qui pleurent des diamants sur une nappe de cristal; on croirait alors entendre les sons d’orgues gigantesques soutenant les grandes voix de la nature dans leur hymne à l'Éternel.

Le lit de l’'ouad Cheffa, surtout vers son débouché dans la Mtidja, est tacheté de lauriersroses (Nerium oleander) qui en égayent le cours. On sait que les toxicologues classent cette apo-

cynée, si commune dans les rivières du Tell (1), parmi les narcotico-âcres, et que l’extrait aqueux de cette plante est un poison très actif. On va même jusqu’à raconter que des individus seraient morts pour avoir mangé du rôti cuit à laide d’une broche faite du bois de cet arbuste.

Le massif que longe la Cheffa au sud et à lPest est habité, nous l’avons dit plus haut, par l’importante tribu des Mouzaïa. Les Turks, pendant leur domination, et les Français, jusqu’en 1842, durent compter avec cette tribu, qui tenait la route de Médéa; aussi, que de combats n’avonsnous pas eu à livrer ou à soutenir, depuis l’expédition de novembre 1830 jusqu’à la soumission des Mouzaïa en juin 1842, pour franchir le fameux Col du Ténia (2), dont le passage nous était toujours disputé à l’aller comme au retour! La position de ce col était, en effet, formidable et très facile à défendre : c'était un passage étroit, ou plutôt une coupure de quelques pieds de large dominée à droite et à gauche par des mamelons coniques d’une grande élévation. Ajoutons qu’on n’arrivait à Ce passage que par un sentier raide et difficile, bordé à droite par un profond précipice, et à gauche par des hauteurs escarpées, et qu'aux abords du col, le chemin,

(1) Tell, en arabe, colline, monticule.

(2) Le col du Ténia, le col du col. C’est ainsi que les bulletins officiels désignent la Tniyet-Mouzaïa. Tniya signifie pente de montagne, chemin dans les montagnes, col, défilé.

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