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l'arrivée de cette colonne au Camp-Supérieur, et, d’ailleurs, l’eût-il connue, les mouvements de troupes entre le camp de Bou-Farik et Blida étaient si fréquents, qu’il ne s’en fût pas inquiété davantage.
Vers trois heures du matin, les deux bataillons prirent les armes en silence, etse dirigèrent, du Camp-Supérieur, vers la Koudiet Ameur-ou- Ammar et les sentiers qui sont à l'embouchure de l’ouad Es-Semmar (1); ils escaladèrent sans bruit les premières pentes; les têtes de colonnes devaient se rejoindre sur un petit plateau, audessous de l’Aïn-Bni-Chebla, en tournant les grandgardes.
L'expédition était périlleuse en raison surtout de la difficulté du pays; puis l’éveil pouvait être donné trop tôt, et nos deux bataillons auraient eu en un clin d’œilles Réguliers etles Kabils sur les bras. Mais tout se passa pour le mieux : deux ou trois petits postes avancés furent surpris, et les Réguliers qui les composaient mis immédiatement hors d'état de donner l'éveil. Après des efforts inouïs, de la part surtout de la colonne de gauche, les deux bataillons se rejoignirent audessus des grand’gardes, dont on connaissait la position, attendu que les Réguliers ne se donnaient plus, depuis longtemps déjà, la peine d’en changer l'emplacement quand venait la nuit.
(1) L’ouad Es-Semmar du (maréchal-ferrant) prend sa source derrière la Koudiet Mimich, et se jette dans l’ouad Sidi-El-Kbir en face de la porte Bizot.
Tout dormait. A un signal donné, nos soldats se rabattent à droite et à gauche sur les cabanes en feuillage, et se précipitent à la baïonnette sur les Réguliers qui, surpris, épouvantés, fuient sans armes dans toutes les directions; mais, emprisonnés dans un cercle de fer auquel ils viennent se heurter, ils sont rejetés jusque sur les escarpements de l’ouad Sidi-El-Kbir.
Mais des feux s’allument bientôt sur les crêtes; tout le massif en est constellé; de grands cris se font entendre; les Réguliers et les contingents sont sur pied : ils s'appellent, se hèlent; le tumulte est à son comble dans la montagne. Pendant ce temps, nos soldats poursuivent les Réguliers des grand’gardes sans relâche; la baïonnette continue impitoyablement son œuvre de destruction, et les cadavres vont rouler au fond des ravins, ou restent accrochés par leurs bernous à quelque broussaille surplombant l’abime.
L'ordre en a été donné: la baïonnette seule doit frapper; aussi l’ennemi, sans autre indication qu’un bruit vague de branches cassées, de pierres roulées, de cris rauques, tâtonne-t-il un instant avant de se lancer à la recherche des assaillants; il se rue à tout hasard vers la rivière en poussant des hurlements que répète l’écho de la montagne. Les fantassins et les contingents de Ben-Allal sont bientôt sur nous; mais un dernier effort de nos soldats achève la défaite des Réguliers des grand'gardes, qui sont précipités dans l’ouad Sidi-El-Kbir, et tués ou faits prisonniers. Nous faisons volte-face sur le petit plateau qui précède
la Koudïet Ameur-ou-Ammar pour donner le temps à nos hommes de se rallier, et nous y attendons l'ennemi de pied ferme. Le combat s'engage sérieusement en avant de la koudia, qui, s’avançant en presqu'île dans la rivière, n’est abordable que de front.
Le jour allait paraître; n’ayant plus de raisons pour continuer le combat, nos troupes repassent la rivière, et sont bientôt à l’abri du feu de l’ennemi, qui n’ose pas les suivre dans les Zenboudj de Sidi-Iàkoub.
Nos pertes, ce jour-là, furent insignifiantes.
La Koudiet Ameur-ou-Ammar est un petit mamelon jaunâtre apparténant au premier étage du versant septentrional du Petit-Atlas. Ce mamelon se termine par une plate-forme ayant servi d’assiette à l’un des cinquante-deux blockhaus (1) défendant la partie du fameux obstacle-continu, qui s’étendait de l’ouad Sidi-El-Kbir à la mer, en passant à l’ouest du village actuel de Fouka. La tête de cet obstacle est également celle du fossé d'enceinte de l’ancien territoire militaire de Blida.
En 1841, sous le gouvernement du général Bugeaud, on songea à faire, dans la Mtidja, de la colonisation où devait dominer l’élément militaire. Comme on était alors en pleine guerre, et que le champ des hostilités s’étendait jusqu’à la banlieue d’Alger, cette idée avait sa valeur: il
(1) Nous y avons eu un ouvrage appelé redoute des Bni- Salah; il y avait au-dessous de cette redoute, sur la rive gauche de l’ouad Sidi-El-Kbir, une maison crénelée.
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fallait, en effet, pour coloniser, des hommes ayant au même degré l’habitude du fusil et de la pioche.
Par l’article 2 du traité de la Thafna, l'Émir avait bien voulu admettre notre souveraineté sur ce qu’on appelait autrefois l’outhan (district) d'Alger; nous nous étions réservé dans ce district : « Le Sahel d'Alger, la Mtidja, bornée à l’est » par l’ouad EI-Khadhra (1) et au-delà; au sud, » par la première crête de la première chaîne du Petit-Atlas jusqu’à la Chiffa, en y comprenant » Blida et son territoire; à l’ouest, par la Chiffa » jusqu’au coude du Mazäfran, et, de là, par une » ligne droite jusqu’à la mer, renfermant Koléa » et son territoire, de manière que tout le terrain » compris dans ce périmètre soit français. »
Nous Pavons dit plus haut, bien que nous eussions mis toute la discrétion possible dans ce partage, et que, par cette raison, nous fussions en droit de croire à une paix sérieuse, les Hadjouth, sous le prétexte, sans doute, que le sultan (2) ne les avait pas consultés, et que le traité du 30 mai 1837 les lésait dans leur honorable industrie, s’empressèrent, dès le mois de juillet 1839, de recommencer leurs incursions sur notre territoire. Trois mois plus tard, toute la Mtidja était en feu, et le trop fameux traité avait eu le sort de tous les traités, lesquels,
(1j Entre L’Arbä et Le Fondouk.
(2) C'était habituellement sous le titre de sullan que les Arabes désignaient l’émir Abd-el-Kader.
généralement, ne paraissaient être faits que pour être violés.
La guerre continua avec la même intensité pendant toute l’année 1840. On voulait cependant faire de la colonisation dans la Mtidja; on ne rêvait que fermes-modèles, exploitations gigantesques, grandes cultures, sociétés agricoles; de Pautre côté de la mer, on trouvait que la colonisation ne marchait pas. Les diverses commissions qui, par l’ordre du Gouvernement, étaient venues s'assurer si la Mtidja, dont on parlait tant, existait bien réellement, avaient répondu affirmativement; elles avaient même fait des rapports superbes sur ce qu’elles appelaient l’ancien grenier de Rome, sur cette terre merveilleuse qui, jadis, assuraient-elles, donnait une double récolte de céréales chaque année : « Si c'était le grenier de Rome, disait-on judicieusement en France, nous ne voyons pas pourquoi ce ne serait pas le nôtre; faites-nous donc du blé alors, beaucoup de blé. Il est indécent qu'après huit ou neuf ans d'occupation, l'Algérie ne nourrisse pas sa mère, la France. Voyez-vous, ajoutait-on, il n’y a que les Anglais pour savoir coloniser. »
Entre nous, et il en a toujours été ainsi depuis que nous sommes en Algérie, nous paraissons avoir une assez médiocre opinion de notre aptitude pour tout ce qui tient à l’industrie, au Commerce, à la colonisation, aux hardies spéculations ; mais qu’un étranger vienne nous dire cela, notre vanité nationale se dressera aussitôt sur ses ergots, et nous soutiendrons que nous som-
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mes les premiers colonisateurs du monde, et que nulle nation ne s’entend mieux que nous aux opérations industrielles ou commerciales.
Le Gouvernement de l'Algérie n'aurait pas mieux demandé que de faire du blé dans la Mtidja ; mais, jusqu’à présent, les féroces Hadjouth avaient paru différer radicalement d’opinion avec les Commandants en chef ou Gouverneurs sur cette question des céréales, et rien ne faisait supposer que ces barbares eussent l’intention de modifier de si tôt leur manière de voir à l’endroit de l’ancien grenier de Rome.
La reprise des hostilités en 1839 ne semblait pas devoir hâter la solution dans le sens que nous désirions, et cependant les impatients de France ne se lassaient pas de gourmander l’autorité supérieure africaine sur ce qu’ils appelaient sa lenteur et son manque d'initiative.
L'année suivante, en 1840, et sous le Gouvernement général du maréchal Valée, on voulut absolument donner une satisfaction à l'opinion, qui, du reste, n'avait pas la moindre idée de la situation vraie de la colonie: on se mit donc à la recherche du meilleur moyen de contenir les Hadjouth dans les limites que leur avait fixées le traité de la Thafna, limites pour lesquelles, nous devons le dire, ils ne professaient qu’un médiocre respect. Rigoureusement, et pour des gens de bonne foi, la Cheffa, bien qu’elle manquât quelquefois d’eau, eût dû suffire pour marquer notre frontière ; nous avouerons cependant qu’à partir du coude du Mazâfran, où cette fron-