‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoireChapitre 22 sur 41 · AS · texte numérisé non relu

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formes en usage chez les nations civilisées : le 19 novembre, un brillant cavalier, montant un cheval richernent harnaché, se présente au blockhaus de l’ouad Sidi-El-Kbir (1), en indiquant par des signes que ses intentions n’ont rien d’hostile. Le commandant du poste envoie reconnaître par un sergent, qui revient bientôt rendre compte à son chef que ce cavalier est porteur d'une lettre de l’Émir, lettre qu’il désire remettre lui-même au commandant du blockhaus pour qu’il la fasse parvenir au maréchal Gouverneur général. Le lieutenant chef du poste, comprenant que la circonstance est solennelle, s’apprète à recevoir le cavalier avec tous les égards qu’il croit. être dus à l’envoyé d’un homme avec lequel les représentants de la France ont déjà traité deux fois, fait qui, aux yeux du lieutenant, plaçait Abd-el- Kader au rang des souverains. Un caporal, suivi de ses quatre hommes, va porter la réponse du chef du poste à l’envoyé, qui, mettant pied à terre, est introduit dans la redoute à laquelle le blockhaus sert de réduit. Le cavalier remet de la façon la plus courtoise sa dépèche au lieutenant, qui le fait ensuite reconduire en dehors de la redoute avec le même cérémonial. En trois bonds, le cavalier avait disparu dans les figuiers de Barbarie que traversait alors la route de Médéa.

(1) Le blockhaus de l’ouad $Sidi-El-Kbir existe encore sur la rive droite de ce cours d’eau, à l'entrée du Champde-Mars actuel.

Cette dépêche, à l’adresse du maréchal Valée,

était tout simplement la déclaration de guerre de l’'Emir; elle était ainsi conçue :

CA

« Le seigneur El-Hadj-Abd-el-Kader, commandeur des Croyants, au maréchal Valée.

» Le salut sur ceux qui suivent le chemin de la vérité.

» Ta première et ta dernière lettre nous sont parvenues. Nous les avons lues et nous les avons comprises. Je t'ai déjà écrit que tous les Arabes, depuis Oulaça jusqu’au Kef, sont d’accord pour faire la guerre sainte. J'ai fait ce que j'ai pu pour combattre leur dessein, mais ils ont persisté. Personne ne veut plus de la paix; chacun se dispose à la guerre. Il faut que je me range à l’opinion générale pour obéir à notre sainte loi. Je me conduis loyalement avec toi, et Lavertis de ce qui se passe. Renvoie mon consul qui est à Oran, afin qu’il rentre dans sa famille. Tiens-toi prêt. Tous les Musulmans déclarent la guerre sainte. Tu ne pourras, quoi qu’il arrive, m’accuser de trahison. Mon cœur est pur, et je ne ferai jamais rien de contraire à la justice.

» Écrit le lundi soir à Médéa, le onze de reumdhan 1255 (18 novembre 1839). »

P. S. « Lorsque j'ai écrit au Roi, il m'a fait répondre que tu avais la direction de toutes les affaires pour la paix comme pour la guerre.

Je choisis la guerre, ainsi que tous les Musul- » mans. Tiens-toi pour averti, et réponds ce que » {u jugeras à propos, puisque c’est à toi à parler » et non à un autre. »

Dès le commencement de novembre, l’'Émir, qui, de Takdimt, était accouru à Médéa, y avait convoqué ses khelifas par une lettre qui se terminait ainsi :

« La trahison est partie de chez l’infidèle; ses preuves de perfidie ont éclaté; il a traversé, sans mon autorisation, le pays qui m’est soumis (1). Relevez vos bernous et serrez vos ceintures pour le combat; il est proche. Le trésor public n’est pas riche ; vous-mêmes vous n’avez pas l’argent nécessaire pour faire la guerre ; donc, aussitôt cet ordre recu, prélevez la mâaouna (2). Hätez-vous, et venez me rejoindre à Médéa, où je vous attends. Salut. »

Les khelifas, accourus à Médéa à lappel de leur sultan, avaient été unanimes pour demander la guerre sainte. C’est à la suite de cette réunion que l’Émir avait adressé au maréchal Valée la déclaration de guerre dont nous avons donné la teneur plus haut.

(f) Allusion au passage des Biban (Portes de Fer) effectué le 28 octobre 1839.

(2) Impôt extraordinaire prélevé dans un but religieux.

Abd-el-Kader donnait en même temps l'ordre à Mohammed-beu-Allal et à El-Berkani d’envahir la Mtidja par le sud et par l’ouest, les contingents de Sid Ahmed-ben-Salem, khelifa du Hamza, devaient s’y précipiter par Pesi.

Les raisons par lesquelles l'Émir cherchait à justifier la rupture de la paix n'étaient pas de première valeur; mais enfin nous devions nous estimer très heureux qu’il daignât nous en donner; il s'était, du reste, tellement passé de cette formalité depuis cinq mois que duraient les hostilités, qu’il aurait pu, sans trop d'inconvénients, s’en dispenser encore.

Les optimistes quand même, les partisans de l'occupation restreinte, les croyants aux traités avec les Arabes, doivent être fixés aujourd’hui sur la valeur de leur système ou de leurs illusions : C’est bien la guerre cette fois, el croyezle bien, la guerre avec toutes ses fureurs, ses acharnements, ses terribles représailles ; la guerre avec ses ruses sanglantes, avec ses embuscades nocturnes, ses tueries en détail, chasse à l'ennemi sans trève ni merci, où le kheudmi (1) et le plomb seront également impitoyables

Nous aurons occasion de parler plus loin des misères, des privations, des maladies, des jours sans repos, des nuits Sans sommeil que souffrirent nos admirables soldats de 1839 à 1841. À aucune époque de notre histoire, l’armée n'avait

(1) Couteau arabe ne se fermant pas.

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