‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoireChapitre 30 sur 41 · PRESENT · texte numérisé non relu

PRESENT

vorer : un sommeil de plomb s’emparera aussitôt de lui, et te laissera tout le temps de pénétrer dans le trésor que garde le génie depuis près de quatre mille ans. Tu trouveras broutant autour de la source trente mulets tout harnachés, qui te serviront au transport des richesses que tant de siècles ont accumulées dans ce rocher. Tu dirigeras quinze de ces bêtes de somme sur ton habitation des Sâouda,; j'attendrai les quinze autres dans lPouad Er Roumman (1), où je serai ce soir à l'heure de l’eucha (2). Surtout, n'oublie pas ce dernier détail; car, en quelque lieu que tu sois, tu paierais de ta vie ton ingrate infidélité. »

— « Par Sidi Abd-el-Kader-el-Djilani! je ferai comme tu me las ordonné et comme je te Pai promis, » répondit le Salhi, qui commençait pourtant à ètre un peu ébranlé.

Le Mr’arbi remit au Salhi le pain et le concombre. Ameur s’apprêtait à prendre la route des Bni-Salah, lorsque le magicien lui glissa un solthani (3) d’or dans la main en lui disant : « Voici le prix de ton mezoued de bellouth; songe que, cette nuit, tu seras plus riche que le sultan de Bar’dad. »

On devine sans peine l'effet que dut produire ce solthani sur l'esprit du Salhi qui, bien certai-

(1) Rivière qui, plus tard, prit le nom de Sidi Ahmedel-Kbir.

(2) Une heure après le coucher du soleil.

(3) La valeur du solthani était de 9 francs environ.

nement, n'avait jamais vu d’or que dans ses rèves; de même que l'acier arrache lPéclair au silex, pareillement, la vue de cet or alluma dans les yeux du Kabil une lueur chargée d’une forte dose de cupidité. Il était, dès lors, tout au magicien.

Après avoir soigneusement serré son solthani dans sa mekrouça, et renfermé le petit pain et le concombre dans sa guelmouna, Ameur-ou-Kaci reçut du Marokain ses dernières recommandations et ses souhaits de réussite, et reprit le chemin de sa tribu.

Or, au temps des Roum comme aujourd’hui, on comptait entre la ville des Bni-Mezr’anna et la Source de Tizza onze ou douze farsekh (1) environ, ce qui faisait, pour un Kabil, quelque chose comme huit ou neuf heures de marche: le Salhi pouvait donc facilement arriver à destination pour l'heure convenue.

C'était vraiment merveilleux que la facon dont il escaladait les pentes du Sahel; Ameur-ou-Kaci avait bien réellement alors toutes les allures d’un homme qui marche à la fortune. Soit qu'il füt pressé d'arriver, soit que ses préoccupations lempèchassent de voir en dehors de lui, le fait est qu'il ne répondait à aucun des «es selam âlikoum! » que lui adressaient les gens de sa Connaissance qui le croisaient en chemin. Il était évident que l’objet de sa mission Pabsorbait énormément : ce n’était pas, en effet, une petite

1) Le farsekh (parasange) valait environ 5 kilomètres. (E DC)

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