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de frapper l'imagination de ces grossiers Kabils par quelque prodige : il ne lui aurait pas coûté beaucoup, par exemple, de ressusciter un mort ou deux, — en supposant que les Sâouda aient valu la peine d’être ressuscités, — ou de contrarier la marche de la lune, ou de la fendre en deux avec son doigt, comme l'avait fait déjà le Prophète Mohammed — que la bénédiction et le salut soient sur lui! — Mais alors il n’y avait plus aucune espèce de mérite de la part des Säouda à croire à l’apostolat de Sidi Ikhlef. Ce que ce saint voulait, c'était l'affirmation de sa mission, et de sa qualité d’envoyé de Dieu par le fait seul de sa piété, et de l'accord qu’il avait la prétention de mettre entre ses actions et les préceptes religieux qu’il prèchait. Disons le mot, Sidi Ikhlef voulait être deviné ou cru sur parole.
Le saint marabouth ne tarda pas à reconnaître qu’il s'était bercé d’un fol espoir, et qu’il fallait à ces rustres autre chose que l'exemple et la pratique de presque toutes les vertus, pour arriver à modifier leurs mauvais penchants et leurs croyances erronées.
Dans le principe, les Säouda avaient mis un certain empressement à faire leur ztara (visite) à Sidi Ikhlef, et à lui apporter leurs maigres offrandes ; ils regardaient alors sa présence dans le pays comme une bénédiction, et ils en attendaient, il faut bien le dire, quelques bons miracles en leur faveur, une récolte d’oliviers ou de glands prodigieusement abondante, par exemple, la guérison de stérilités tenaces, ou le don
d’une postérité nombreuse à des gens qui avaient des raisons majeures pour n’y plus trop compter. Mais lorsqu'ils virent que le saint se bornaïit à leur prècher, et cela jusqu’au rabàchage, une morale dont la pratique ne pouvait rien leur rapporter, leurs visites à Sidi Ikhlef devinrent de plus en plus rares, et leurs offrandes se réduisirent petit à petit à des vœux. « Fais engraisser ton chien, il te mangera, » répétaient-ils grossièrement. pour s’excuser à leurs propres yeux de leur lésinerie envers le saint marabouth. Persuadé d’ailleurs qu'il avait perdu son pouvoir thaumaturgique, les Säouda ne voulurent plus le traiter désormais que comme un simple mortel.
Sidi Ikhlef gémissait bien plus de limpiété des Sâouda que de l’indifférence qu'ils affectaient à son égard; cependant, intérieurement, il éprouvait un certain dépit de voir que tous les efforts qu’il avait tentés pour faire de ces Kabils des Musulmans à peu près passables étaient restés complètement infructueux. Chez Sidi Ikhlef, l’homme reprenait évidemment, dans cette circonstance, le dessus sur le saint, la matière dominait l’esprit, et la bête saisissait les rènes du gouvernement intime de lPenvoyé du Dieu unique. Tout cela prouvait que, mème pour un saint, il est extrèmement pénible de prècher dans le désert.
Néanmoins, Sidi Ikhlef voulut, avant de prendre un parti extrème, attendre encore quelque temps; il lui en coûtait, disons-le, d’échouer chez les Säouda quand, dans le district de Mâskeur,
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il avait ramené à la foi musulmane des populations réputées impies à un degré bien autrement caractérisé que ne l’étaient ces Säouda. Mais les heures, les jours et les mois s’enroulèrent les uns sur les autres sans que ses sermons eussent produit, chez ces montagnards, d’autre résultat qu'un agacement général qu’ils ne cherchaient même plus à dissimuler; ils avaient tout à fait mis la parole du saint derrière leurs oreilles. Ainsi, ils affectaient de bâiller tout haut quand Sidi Ikhlef qui, quelquefois, parvenait à mettre la main sur un certain nombre d’auditeurs, entamait quelque pieuse exhortation; or, on sait combien le bâillement est contagieux; on s’imagine dès lors facilement le concert discordant que devait produire cette convulsive dislocation de mâchoires, et ce qu’il fallait de patience au saint pour rester calme devant cette désobligeante manifestation.
Sidi Ikhlef vit bien qu’il perdait son temps et qu’il fallait renoncer à la conversion des Säouda; aussi, comprenant très bien qu’il leur pesait sur la prunelle, n’hésita-t-il plus à reprendre son bernous de deroueuch et son bâton de voyage.
Un soir, il quitta sa femme et ses enfants — il avait des enfants — sans les avoir mis au courant de ses projets, et, pendant fort longtemps, on ne sut ce qw’il était devenu. On pensa qu’il s'était retiré chez les Ouzra, tribu montagnarde qui marchait assez volontiers à coté du sentier de Dieu; mais on ne savait rien de précis à ce sujet. À ceux qui leur en demandaient des nou-
velles, les Sâouda répondaient invariablement : « Il est entre l'oreille et les yeux de la terre! » IIS voulaient dire par là qu’on ne savait ce qu’il était devenu, et qu’ils ne s’en préoccupaient que médiocrement. On assure d’ailleurs qu’ils furent enchantés d’être débarrassés d’un homme qui s’obstinait, malgré ses insuccès dans cette direction, de leur prêcher une morale qu’on ne pouvait certainement pas appeler austère, mais qui, néanmoins, leur était extrêmement désagréable.
On s’habitua peu à peu à l’absence de Sidi Ikhlef; au bout de quelques mois, il n’en était plus question.
Un jour, les Sâouda donnaient une fête sur lP’ouad Er-Rabtha; ils mangeaient comme des gens à qui cela n'arrive guère d’une manière sérieuse qu’une fois l’an; leurs estomacs étaient à bout de capacité; — une noisette les eût fait déborder; — mais leur envie d’absorber n’était pas éteinte. L'homme est bon quand il a l’estomac garni, et ce détail n'avait pas échappé à un gaillard de haute taille qui semblait guetter, caché dans les nérions qui jalonnent l’ouad, le moment de s'approcher des Sâouda qui festinaient. L’instant était probablement opportun; car, Sortant tout-à-coup de sa cachette, cet homme se dirigea droit sur le groupe principal des repus. Quand il en fut près, il s'arrêta et leur: jeta ce souhait : « Que Dieu vous rassasie! » Au lieu de le lui rendre par cet autre souhait : «Que Dieu accorde sa miséricorde aux auteurs de tes jours! » les Sâäouda ne répondirent que par une
sorte de grognement,; ils firent en mème temps quelques efforts pour se lever, ce qui prouvait que l’arrivant était un personnage d’une certaine qualité; mais on sentait que, dans ce moment de digestion, tout dérangement devait leur être pénible. L’étranger le comprit sans doute aussi, car il les engagea avec bonté à rester assis, ce qu’ils n’hésitèrent pas à faire.
Il restait encore du kousksou dans les plats; chacun y avait fait devant soi une vaste excavation, mais le milieu était resté à peu près intact; les Säouda, malgré leur goinfrerie, s'étaient cependant rappelé cette prescription de la civilité musulmane : « Lorsque la nourriture est servie, prenez autour du plat et laissez-en le milieu, car la bénédiction du ciel y descendra. » Ils firent signe à l’étranger de s’asseoir, et l’un des anciens des Sâouda Pinvita, non sans regret de ne pouvoir en faire autant, à prendre sa part du festin. Le nouveau venu ne se fit pas prier longtemps : s’armant de l’une des cuillers qui étaient fichées dans le plat, il entama vigoureusement la base de la pyramide qui s'élevait au centre de la gueçcäa (1). Quelques minutes après, la bénédiction du ciel eût été fort embarrassée pour savoir où descendre dans ce plat dont on voyait déjà le fond.
Les Säouda mesuraient de l’œil les effets de la désastreuse absorption de l'invité; ils suivaient
(1) Vaste plat creusé dans une rondelle d'arbre, de frène, plus particulièrement.
pleins d’anxiété les mouvements de va-et-vient de sa cuiller, et il fallait qu’il fût réellement un personnage considérable, et qu'ils le connussent particulièrement pour le laisser continuer une manœuvre qui, visiblement, leur était pénible.
L'invité, en effet, n’était pas le premier venu, et les Sâouda avaient eu plusieurs fois l’occasion de juger de son pouvoir surnaturel : leur hôte n’était rien moins que le marabouth Ben-Rkhica, de la tribu des Soumata. Nous devons dire, dans l'intérêt de la vérité, que la qualité de marabouth lui était contestée par quelques hommes pieux, qui prétendaient que sa puissance tenait bien plus de la goétie que de la théurgie, c’est-à-dire qu’elle venait bien plutôt du diable que de Dieu. D'abord, il était originaire du R’arb, le pays de la magie, et il avait parcouru l'Égypte, dont il avait visité les plus célèbres écoles. On avait remarqué, de plus, que sa puissance ne s’exercait jamais en vue du triomphe de la cause de Dieu ou de son Prophète. Mais, comme sa morale n’était pas gênante, les Soumata — qui ne passaient que pour de médiocres Croyants — lavaient accepté à l’exelusion d’autres marabouths plus authentiques peut-être, mais aussi bien plus désagréables et plus incommodes. Il faut dire aussi que Ben-Rkhiça était très redouté, et qu’il n’était pas toujours prudent de s’exposer aux effets de son pouvoir, qu’il lui vint de Dieu ou de Satan le Lapidé.
La démarche de Ben-Rkhiça vers les Sâäouda n’était pas absolument désintéressée; il avait
appris la disparition de Sidi Ikhlef; il savait qu’on était sans nouvelles de ce saint marabouth, et que personne, chez les Säouda, n’en était mort de chagrin; le moment était donc opportun, selon lui, pour chercher à s'établir dans leur riche pays, et à y vivre à leurs dépens. La crainte que son pouvoir surnaturel inspirait à ces djebalya (montagnards) devait considérablement faciliter la solution de cette affaire, surtout que Sidi Ikhlef n’était pas là pour contrarier ses projets. L'important, pour le marabouth des Soumata, c'était de prendre pied chez les Saäouda : son habileté et le temps devaient faire le reste.
Nous ne savons si c’est à l’avidité, ou au désir de faire honneur à ses hôtes, qu’il convient d’attribuer l'énergie avec laquelle Ben-Rkhiça absorbait le kousksou des Sâouda; tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il leur parut plus affamé que la chienne de l’avaricieuse Haoumal, qui, de faim, se rongeait la queue. Mais une chose adoucissait leurs regrets, c’est la persuasion dans laquelle ils étaient que, par l’effet de sa puissance, Ben-Rkhica était capable de les indemniser au centuple de ce qu’il leur avait mangé. On citait de lui plusieurs miracles qui ne laissaient aucun doute sur ce fait : ainsi, maintes et maintes fois, il avait, affirmait-on, changé des pierres en pain, du sable en kousksou, des rochers en moutons, des cônes de pins en figues, du cuivre en or, des glands amers en glands doux. Il faut ajouter que ces transmutations pouvaient s’opé-
rer dans le sens opposé quand Ben-Rkhiça avait à se venger de quelque injure, ou de quelque oubli à son égard des lois de l'hospitalité. Bien que marabouth, il était, disons-le, irascible au dernier des points. Du reste, les Sâäouda savaient parfaitement tout cela, et leur avarice s’en était sensiblement détendue.
Ce détail n'avait pas échappé au marabouth Ben-Rkhiça, qui connaissait les Kabils sur le bout du doigt; aussi, crut-il le moment opportun pour lancer sa demande. Après avoir bu une forte gorgée d’eau à la tasse commune, et reçu par le mot : « Sahha ! » (1) les souhaïts de santé deses hôtes; après avoir témoigné par une retentissante éeugriäa (2) de la satisfaction de son estomac, et en avoir remercié Dieu par un «elhamdou-lillah ! » (3) d'actions de grâces, auquel les Säouda répondirent par un « Allah iâthik sahha ! » (4), Ben-Rkhicça prit la parole en ces termes : «O'Sâouda, ce n’est pas à vous qu’il est besoin de rappeler que le Prophète — sur lui la bénédiction et le salut! — à dit : « Tout Musul-
(1) Sahha, santé. On sous-entend : Dieu te donne.
(2) Émission sonore, par la bouche, de gaz provenant de l'estomac. Chez les Espagnols et chez les Arabes, ce bruit n’est point une grossiereté; c’est, au contraire, le remerciement de l'invité à Dieu et à son hôte de lui avoir donné assez de bien paur en remplir son ventre.
(3) La louange à Dieu! formule analogue à la prière appelée les grâces, que nous faisons après les repas. (4) Que Dieu te donne la santé!
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man qui babillera un Musulman dépourvu de yètements sera vêtu par Dieu dans l’autre monde des habits verts du Paradis, » et qu’il a ajouté : « Dieu — qu’il soit exalté! — nourrira des aliments réservés aux élus le Musulman qui aura apaisé la faim d’un Musulman. » Il est évident que vous n’ignorez pas davantage que le Prophète a dit encore : « A celui qui sera généreux, Dieu donnera vingt grâces, » et qu’il a répété souvent : « Soyez généreux envers votre hôte; car il revient chez vous avec son bien : en entrant, il vous apporte une bénédiction; en sortant, il emporte vos péchés. »
Bien qu’ils reconnussent qu’il était superfiu de leur remémorer tout cela, les Säouda n’en firent pas moins la grimace; ils sentaient vaguement, par l’exorde de Ben-Rkhicça, qu'ils étaient menacés d’une demande dont l’importance de- | vait naturellement être proportionnée aux formes flatteuses par lesquelles il formulait sa requête.
Ben-Rkhiça, qui avait vu la grimace, comprit que les compliments seraient insuffisants, et qu’il fallait s'adresser directement à la vanité de ces pingres. « Tout le monde sait dans l’outhen d'Alger et dans le Tithri, à Sâäouda, que vous n’ètes point de ceux dont on dit : « Ce sont des avares sordides capables de téter les femelles de leurs troupeaux, et de tirer les restes des mets d’entre leurs dents! » On n’a jamais dit d'aucun de vous, Ô hommes généreux : «Son rocher a fini par laisser tomber quelques gout-
tes. » Vous n’êtes point de ceux, en un mot, qui « feraient frire leur poisson au feu d’un incendie. »
— « Chez lui est la vérité! » se dirent les Säouda en se regardant d’un air qui signifiait : « Tout ce qu’il dit là est pourtant l’exacte vérité! »
Ben-Rkhiça vit bien qu’il avait touché la corde sensible des Sâouda en les louant d’une vertu qui leur était totalement étrangère; aussi, renchérit-il encore sur son thème en leur disant : «Il ne faut pas pourtant, à Säouda, que votre générosité aille jusqu’à la prodigalité, et vous n'êtes pas loin de toucher à cet excès. Rappelezvous donc que si Dieu a dit : «Ne te lie pas la main au COU, » il a ajouté : « Et ne l’ouvre pas non plus entièrement, de peur que tu ne deviennes pauvre. »
Il est clair que Ben-Rkhicça connaissait le proverbe suivant : « Baise le chien sur la bouche jusqu’à ce que tu en aies obtenu ce que tu veux. »
Il n’en fallait pas tant pour convaincre les Säouda qu'ils étaient la prodigalité même; du reste, ils s'en doutaient déjà un peu. « Par la vérité de Dieu! s’écria un vieux Sàäoudi à chachia vernissée de crasse et à bernous effiloché, Ben- Rkhiça a raison, notre prodigalité est notoire dans toutes les tribus de l’outhen et au delà, et ce n’est vraiment pas sans cause que nos sordides voisins, les Mouzaïa, nous jettent continuellement ce reproche à la tête. Néanmoins, il vaut mieux être taxé de prodigalité que d’avarice; on se rapproche bien plus de Dieu, — qu’il
soit exalté! — dont le plus bel attribut est, sans contredit, la générosité. »
— « Par ma nuque! Ô Bel-Kacem, tu parles comme le Livre, reprit Ben-Rkhica, qui connaissait l'influence du Säoudi sur les gens de sa fraction, et ce n’est pas sans raison que tu es estimé dans toute la tribu des Bni-Salah pour ta haute sagesse, tes vertus et la sûreté de tes jugements. »
Bel-Kacem savoura à petites gorgées ce compliment de Ben-Rkhicça : il était dès lors tout entier au marabouth des Soumata.
— « Aussi, continua Ben-Rkhica, mon plus vif désir est-il de vivre au milieu de vous, Ô Sâäouda! et cela parce que vous êtes des gens de bien, des sens craignant suffisamment le Dieu unique, et marchant à peu de chose près dans son sentier. »
— « Tout notre pays est à toi, Ô Ben-Rkhica, et nous sommes tes serviteurs, s’écria Bel-Kacem emporté par l'enthousiasme; nous n’avons que toi et Dieu, et ta présence parmi nous c’est la bénédiction de Dieu! »
— «Par Dieu! Ô Bel-Kacem, tu as dit La vérité! » s’écrièrent les Säouda.
— « Surveillez vos cœurs, à Sàäouda! Vous le voyez, reprit habilement Ben-R#hiça, vous re-. tombez encore dans la faute qu’on vous reproche avec tant d’âcreté, la prodigalité. Vous êtes des incorrigibles, et je vois que j'aurai fort à faire pour vous ramener dans les bornes d’une raisonnable générosité. Ce que je vous demande, continua humblement Ben-Rkhiça, c’est un coin
de terre pour y jeter quelques poignées d'orge, de quoi suffire à ma nourriture. Je ne suis pas, Ô mes enfants, de ces marabouths qui, bien que voués à la vie ascétique, n’en recherchent pas moins ici-bas, sur cette mère de la puanteur, la terre, toutes les jouissances qui nous sont promises dans l’autre vie. Peu pour moi, Ô Säouda, et beaucoup pour vous! Consentez-vous à me compter parmi les vôtres? »
La position était conquise. « Le peu pour moi et beaucoup pour vous » de Ben-Rkhica avait produit un effet prodigieux sur les Säouda; la cupidité allumait des éclairs dans leurs yeux verts, et ils ne se sentaient plus d’aise d’avoir mis, cette fois, la main sur un marabouth qui leur promettait plus de biens que de sermons. IS furent pris d’un accès de générosité, et Bel- Kacem, l’orateur de la fraction, s’empressa de répondre avec des larmes dans la voix et dans les yeux : « O monseigneur:! je te l’ai déjà dit au nom de tous, nous sommes tes serviteurs, et tout notre pays est dans tes mains. Nos jardins, nos forêts de chènes-lièges, nos sources, nos rivières sont à toi, » ajouta le Sâäoudi, convaincu, du reste, que Ben-Rkhica ne le prendrait pas au mot.
Bien que les Säouda partageassent cette même opinion, ils commencçaierit à trouver cependant que Bel-Kacem allait un peu trop loin, et que, du moment que Ben-Rkhiça ne demandait qu'un lopin de terre pour y semer quelques jointées d’orge, il était fort inutile de lui offrir toutes les
richesses du pays; ils étaient d'avis qu’il ne faut jamais jouer avec l’hyperbole, surtout lorsqu'il s’agit de gens dont on n’est pas parfaitement sûr.
Bel-Kacem avait bien remarqué la grimace désapprobative des Säouda; mais il était orateur, avons-nous dit, et l’occasion de parler devant la foule était trop belle pour la laisser échapper. Entrainé malgré lui sur les pentes glissantes de l’exagération, il continua : « Oui, monseigneur, je te le répète au nom des Sâäouda, tout notre pays est à toi, et, pour te prouver notre ardent désir de te retenir au milieu de nous, nous voulons, et dès demain, te bâtir, sur le point que tu choisiras, une maison digne de toi et de ta situation auprès du Dieu unique. Accepte, Ô monseigneur! l'offre de tes serviteurs, ou, par Sidi Abd-el-Kader! — que Dieu soit satisfait de lui! — nous en mourrons de désespoir. »
Ben-Rkhicça qui, sans doute, ne voulait pas la mort des Sâouda, se laissa faire violence, et accepta une offre qui lui était faite d’une façon si pressante, il savait, du reste, qu’il ne fallait pas laisser passer la nuit sur l'accès de générosité de ces Kabils : « Puisque vous le voulez absolument, Ô Sâouda, répondit le marabouth, j'accepte, non pas votre pays tout entier, mais un petit coin de terre sur le point même où vous me lofirez si généreusement, et, bien que je fusse venu dans votre pays pour y vivre dans la solitude, — car Notre Seigneur Mohammed a dit : « La vie retirée est déjà un acte de piété, » — je consens pourtant à ce que vous me bâtis-
SieZ, non pas une maison, mais un Simple gourbi où je puisse m’abriter contre la rigueur de vos hivers. Donc, point de folies, point de prodigalités, Ô mes enfants! un simple gourbi etrien de plus. »
Pendant que se passait cette scène, les autres groupes des Sâouda s'étaient rapprochés du groupe principal au milieu duquel s'était placé Ben-Rkhica, de sorte que toute la fraction était au courant de la question, et pouvait prendre part à la discussion à laquelle allait nécessairement donner lieu la proposition qu'avait émise Bel-Kacem au sujet de la donation à faire en faveur du marabouth des Soumata; car, à cette époque, c’est-à-dire il y a trois siècles et demi, les kanoun (chartes, règles) des Kabils et leur état politique étaient déjà, si l’on en croit quelques écrivains français, bien supérieurs aux constitutions tant vantées qui, beaucoup plus tard, réglèrent en Angleterre, en Amérique et en France les droits et les devoirs des citoyens. D’après les mêmes écrivains, il serait extrèmement difficile de voir fonctionner le suffrage universel avec plus de grâce et d’aisance que dans les Kabilies, abstraction faite, bien entendu, des coups de bâton qui pleuvent sur les minorités ; mais il n’y à pas grand mal à cela; car toujours les minorités sont factieuses. En effet, si toute puissance, toute force vient de Dieu, toute impuissance, toute faiblesse doit naturellement venir du côté opposé, du diable apparemment.
Le marabouth, qui sentait que la discussion
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allait commencer, se retira discrètement pour ne pas avoir l'air d’influencer l’assemblée. Bel- Kacem formula sa proposition : il s'agissait d’abord de spécifier l'étendue du terrain à donner en toute propriété à Ben-Rkhica. On fut bientôt d'accord sur ce point en promettant une compensation au propriétaire dudit terrain. L’assemblée, bien que chaude encore de générosité, ne fut pas aussi coulante sur la question de la maison qu’on devait bâtir pour le marabouth : les uns — les vieux — voulaient qu’on se contentât, — puisque le saint homme s’en contentait lui-même, — d’un simple gourbi de branchages; les autres — les jeunes — prétendaient qu’un saint n’est jamais trop bien logé, et ils penchaient pour une maison en pisé. Le parti des généreux allait succomber quand Bel-Kacem rappela aux anciens ces paroles du Prophète : « La générosité est un arbre planté dans le ciel par Dieu, le Maître des Mondes; ses branches atteignent la terre, et celui qui traite bien ses hôtes, qui se réjouit d’eux et leur montre un bon visage montera par elles au paradis. L’avarice, au contraire, est un arbre planté dans l'enfer par le démon, et dont les branches sont étendues sur la terre : qui veut y cueillir des fruits est enlacé par elles et attiré dans le feu. »
Cette citation donna beaucoup à réfléchir aux anciens. Bel-Kacem profita habilement de l’ébranlement qu’il avait produit dans l’esprit des vieillards pour les rallier, par un autre extrait du Livre, au parti de la maison en pisé!
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Pendant qu’on y était, on décida que cette habitation serait élevée sur le terrain dont on avait fait donation. à Ben-Rkhica, et que les maçons — tout le monde l’est un peu dans les Kabilies — se mettraient à l’œuvre dès le lendemain.
Cette décision, qui fut immédiatement communiquée à Ben-Rkhiça, remplit son cœur de la joie la plus vive; il était, de plus, fort satisfait de sa manœuvre.
Il y avait à peine trois ou quatre jours que les maçons étaient à la besogne, quand on apprit tout-à-coup le retour de Sidi Ikhlef dans le pays. Cette nouvelle déconcerta un peu les Sâouda; ils sentaient parfaitement que leur conduite et leur indifférence à l'endroit du saint homme n'étaient pas faciles à excuser; puis leur avarice avait déjà repris le dessus, et ils en étaient à regretter leur prodigalité envers Ben-Rkhica, surtout quand ils la comparaient à la sordidité avec laquelle ils avaient traité Sidi Ikhlef. Ils ne : voulaient pas trop se l’avouer; mais leur esprit était tourmenté, et l’on aurait dit que le remords allait s'emparer de leurs âmes.
Malgré le pouvoir surnaturel qu’on lui attribuait, Ben-Rkhiça ne paraissait pas plus enchanté que les Sâäouda du retour inattendu de Sidi Ikhlef; ce saint homme n'avait point, il est vrai, fait de miracles chez les Sâäouda; mais on savait pourtant, par des gens qui avaient voyagé dans le R’arb, qu'il avait joui de ce précieux don. Dieu le lui avait-il Ôté, ou bien le saint availil cru inutile de contrarier les lois de la nature
pour obtenir le mince résultat de convertir une poignée de Säouda? On ne savait rien de positif là-dessus. Quoi qu’il en soit, Ben-RkhiÇa sentait bien que, par l’essence de sa puissance, Sidi Ikhlef devait être plus fort que lui; c'était, dans tous les cas, un concurrent gênant et même redoutable pour le marabouth des Soumata, en ce sens surtout qu’il pouvait compromettre l’œuvre qu’il avait si habilement entamée, et faire avorter des projets qui ne demandaient plus qu’à mürir. Bref, Ben-Rkhiça n’était pas tranquille. Sidi Ikhlef avait reparu, avons-nous dit, chez les Säouda; mais ses yeux, comme ceux du prophète Jacob, étaient devenus bleus à force de pleurer : le saint marabouth était aveugle. A quelle cause fallait-il attribuer l’infirmité dont avait été frappé Sidi Ikhlef? Était-ce à l’indifférence en matière de religion des Kabils chez lesquels il avait porté la parole divine? Était-ce à la noire ingratitude des Sâouda envers lui? Sans vouloir pourtant l’affirmer, nous dirons qu'il devait y avoir un peu de tout cela dans le fleuve de larmes qu'avait versées le saint homme. Sans doute pour faire honte aux Sâouda et les jeter sous la griffe du remords, Sidi Ikhlef affectait, depuis son retour, de ne se vêtir que d’un bernous ravaudé en mosaïque, et dont les pièces, bizarrement disposées, étaient toutes placardées à côté de la blessure qu’elles avaient la mission de cicatriser. Le saint portait bien sous cette loque une espèce de gandoura de nuance fauve; mais le derrière de cet effet, considéré, sans
doute, comme une superfluité, avait servi à réparer, bien que très imparfaitement pourtant, le devant fort compromis de l'indispensable vètement; mais, nous l’avons dit, Sidi Ikhlef était un saint, et, même dans ce monde, les élus musulmans sont considérés comme dépourvus de sexe:
Depuis son retour, Sidi Ikhlef avait à peine ouvert la bouche pour parler; c'était au point que, même sa femme et ses enfants, ne savaient absolument rien ni du lieu où il avait passé le temps de son absence, ni des causes qui avaient amené sa cécité. À chacune des questions que lui faisait sa femme, — la femme est curieuse, — il répondait invariablement : « Reubbi!» (1) Gette explication paraissait, sans doute, insuffisante à la femme de Sidi Ikhlef; car, à chaque instant, elle répétait sa question, et toujours avec le même succès. Le nègre qu'avait ramené le saint, et qui lui servait de guide, était aussi impénétrable que son maître. Ce qu’il y a de certain, cest que le pieux marabouth avait dû énormément prier; car on remarquait à ses genoux des callosités qui attestaient, comme celles qui se voyaient aux rotules de Hoceïn-ben-Ali dou ettefnat (2), l'excès continu des génuftexions.
Pendant les premiers jours de son retour, les
(1) Mon Dieu! Formule employée habituellement par les Arabes quand ils ne veulent ou ne peuvent répondre catégoriquement.
(2) Celui qui a des callosités (aux genoux).
Sàäouda avaient évité de passer devant le gourbi du saint; bien qu’il fût aveugle, il leur semblait pourtant que Sidi Ikhlef pouvait les voir, et ils faisaient un détour pour l’éviter; cependant peu à peu ils s’enhardirent et s’approchèrent de sa demeure. Néanmoins, ils n'étaient que médiocrement rassurés quand les grands yeux blanclaiteux du marabouth étaient rencontrés par les leurs. Plusieurs Sâouda, des plus compromis dans l'affaire de Ben-Rkhiça, avaient été pris de frayeur en passant devant le saint, et s'étaient enfuis comme s'ils avaient eu Iblis (le diable) à leurs trousses : ils prétendaient avoir parfaitement vu les yeux du saint, toujours fixés sur le soleil, s’allumer soudainement et lancer des traits enflammés dans leur direction. Voyez un peu ce que c’est qu’une conscience qui n’est pas tranquille !
Depuis son retour, Sidi Ikhlef passait son temps assis sur une pierre près de son gourbi; son nègre — on prétendit plus tard que c'était l'ange Djebril lui-même — s'était donné la pénible mission de débarrasser le saint, temporairement, bien entendu, de ces insectes aptères et parasites qui vivent sur la surface cutanée du chef-d'œuvre du Créateur, l’homme. La besogne de Salem — c'était le nom du nègre — n’était pas précisément une sinécure; il mettait d’ailleurs dans ses recherches une conscience dont le saint pourtant ne paraissait pas toujours lui tenir assez compte; mais Salem n’en continuait pas moins, avec une abnégation admirable, la
poursuite de ces buveurs de sang. Du reste, le procédé d'extraction qu'employait le nègre lui assurait le mème travail pour le lendemain : il savait que Dieu a dit : « Tu ne tueras pas, » et, conformément à ce commandement, il se contentait d’expulser l’attachant parasite du point où il opérait. Comme Sidi Ikhlef occupait tous les jours la même place, l’incorrigible insecte ne tardait pas à regagner la position d’où il avait été si brutalement arraché.
Le gourbi de Sidilkhlef n’était guère qu’à quelques centaines de pas de la maison qu’on construisait pour Ben-Rkhicça, et les maçons étaient obligés, à moins de faire un grand détour, de passer devant la demeure du saint pour se rendre à leur travail. Ces allées et ces venues, ces bruits insolites éveillèrent l'attention de Sidi Ikhlef qui, un jour, finit par demander à Salem ce que cela signifiait. Le nègre lui répondit que les Säouda construisaient une maison superbe sur les bords de l’ouad Er-Rabtha, « maison qui, évidemment, ajouta Salem, doit servir de demeure à un grand de la terre; car il n’en est ni de mieux bâtie, ni de plus spacieuse dans toute la montagne des Bni-Salah. »
Cette réponse donna à réfiéchir à Sidi Ikhlef; il est inutile de cacher qu’il entra dans la pensée du saint que les Sâouda, revenant à des sentiments meilleurs, voulaient lui faire une surprise, et que le splendide édifice qu’ils construisaient lui était destiné. Il voulut en avoir le cœur nel : décidé dès lors à rompre le silence, il se
promit d'interroger les Sâouda quand, le lendemain, ils Se rendraient sur leurs chantiers.
Sidi Ikhlef était, en effet, assis sur sa pierre quand passèrent les Säouda chargés de poutrelles devant servir à la toiture de la maison : « O Säouda, leur cria le saint marabouth, où allez-vous donc ainsi tous les jours de si bonne heure? Nous ne sommes pas à l’époque où les travaux agricoles appellent, avant le jour, le fellah dans son champ. »
Stupéfaits de cette interpellation du saint, qu'ils croyaient aussi muet qu’il était aveugle, les Sâouda auraient bien voulu laisser sans réponse l'interrogation de Sidi Ikhlef, et cela d’autant mieux qu’ils n'avaient rien de particulièrement agréable à lui répondre; mais la question était trop nettement posée, et il n’était possible de s’y dérober que par la fuite ou par une irrévérence. Il faut l’avouer, malgré leurs mauvais procédés envers le saint marabouth, les Sâäouda lui avaient cependant conservé une certaine vénération, un certain respect dont ils ne se rendaient pas parfaitement compte, mais qui, néanmoins, les rivait malgré eux à son influence. Leur première pensée — c’est bien naturel — fut de se tirer de là par un mensonge : « Il est aveugle, se dirent-ils; si nous le trompions?» Mais il était une chose qui les gènait fort : Sidi Ikhlef, qui, autrefois, avait joui du don des miracles, pouvait parfaitement, bien qu’il n’en fit pas usage, le posséder encore aujourd'hui; or, il paraissait assez difficile d’en conter à un saint
qui, à défaut des yeux du corps, devait indubitablement voir très clair avec les yeux de lesprit. Le plus sage était donc véritablement de renoncer au mensonge, et c’est ce que firent les Säouda.
— «Tu nous demandes où nous allons, Ô monseigneur? répondirent-ils en balbutiant; mais nous allons achever la maison que nous bâtissons pour Sidi Ben-RKkhica. »
Les illusions de Sidi Ikhlef tombèrent immédiatement comme la grêle; le saint se contint cependant; mais il souffrit considérablement de se voir préférer Ben-Rkhiça, Ben-Rkhicça qu’il savait une puissance d’en-bas, une puissance ténébreuse. Il en conclut que les Sâäouda ne valaient pas mieux qu’autrefois.
S’efforçcant cependant de jeter la glace de la raison sur sa colère qui montait, Sidi Ikhlef reprit : « Par Dieu! Ô Sâouda, c’est là une action d'autant plus méritoire que la générosité n’est pas précisément votre qualité dominante. » Sidi Ikhlef avait évidemment tort, dans cette circonstance, de montrer du dépit. Nous savons bien qu’il en coûte toujours de voir ses illusions détruites; mais, alors, ce n’est pas la peine d’être 4 un saint, si l’on ne sait pas plus qu’un simple mortel mettre un frein à ses petites passions.
Le sarcasme jeté par Sidi Ikhlef à la face des Sàäouda avait porté en plein; on pense combien 4 il dut, en effet, leur être pénible, à ceux qui se À croyaient la générosité même, de descendre des hauteurs où les avait juchés Ben-Rkhiça. Ils ne surent que dire.
Sidi Ikhlef jouissait évidemment de leur confusion; bien qu’il fût aveugle, il avait compris, à leur silence, qu'ils devaient être très embarrassés. Le saint homme profita impitoyablement de cette situation et continua son persiflage. « Ah! cette construction qu’on dit si somptueuse est pour Ben-Rkhicça? Mais savez-vous, Ô Säouda, que, pendant mon absence, vous avez considérablement progressé dans la voie du bien. Par Sidi Abd-el-Kader! je ne vous reconnais plus, et il faut que Ben-Rkhica soit doué d’une éloquence singulièrement persuasive pour avoir pu vous amener à lui édifier une maison digne d’un sultan, quand, pour moi, vous n’aviez qu’un gourbi ruiné et tout à fait inhabitable. Par la vérité de Dieu! je vous en félicite, » ajouta ironiquement le saint.
Ce reproche cloua les Säouda au sol.
— «Il faut que ce... Ben-Rkhicça vous ait promis bien des félicités en ce monde, continua le saint sur le même ton, pour être parvenu à vous faire ouvrir vos mains cadenassées comme le coffre d’un Juif? »
Décidément, le saint allait trop loin.
— « Qu’espérez-vous donc, Ô impies fils d’impies, de ce si puissant Ben-Rkhiça que vous comblez de tant de biens?... Parlez donc, répondez-donc, Ô Sâouda, si vos langues ne sont point clouées à vos palais. »
Ils ne savaient trop que répondre. L’un d’eux se risqua pourtant à lui dire tout en balbutiant : « Cinq fois par jour, Ben-Rkhiça supplie le Dieu unique, celui dont tu nous a tant parlé... »
— «Et si inutilement, » murmura tristement le saint.
— « Pour qu’il nous emplisse de biens comme des abeilles se roulant dans le calice des fleurs. »
— «Je ne doute pas, reprit avec ironie Sidi Ikhlef que la prière de Ben-Rkhiça ne soit entendue du Très-Haut — qu'il soit glorifié! — et que vous ne vous emplissiez de ces biens que vous aimez par-dessus tout; mais, par celui qui a mêlé les âmes aux corps! s’écria le saint marabouth d’une voix tonnante et irritée, je vous le jure, Ô Sâouda, vous ne tarderez pas à être vidés comme une outre bue par le soleil! »
Après avoir dit ces paroles, qui attérèrent les Säouda au point qu’ils en laissèrent tomber les poutrelles qu'ils portaient sur leurs épaules, Sidi Ikhlef chercha le bras de son nègre Salem, et rentra dans son gourbi.
Il était évident que la patience du saint était à bout, et qu’il allait enfin attester sa mission par des faits propres à frapper l’esprit de ces grossiers montagnards; il allait leur montrer de quel côté était la vérité, de quel côté était l'erreur, il se proposait de leur prouver qu’il n’était pas si facile que voulait bien le dire Ben-Rkhica de 4 gagner sa place dans le séjour des élus, et que 4 la porte n’en était qu’entrebâillée pour les heu-4 reux de ce monde; il voulait leur démontrer que le firdous (paradis) dont il leur avait tant parlé 4 n’était et ne pouvait être qu’une compensation : 4 pauvres et malheureux en ce monde, il est à A vous; fortunés et heureux dans cette vie, beau-4
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