‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoireChapitre 4 sur 41 · LA GENÈSE DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

LA GENÈSE DE CET OUVRAGE

Dès mon arrivée à Blida, en 1856, — on voit que ce n’est pas hier, — je m'étais mis en relations avec tous les personnages de quelque

marque qui y avaient joué un rôle d’une certaine

importance sous les Turks, ainsi qu'avec les | marabouths de la descendance de l’illustre fon- | dateur de cette ville, Sidi Ahmed-el-Kbir.

| Je n'avais eu garde d'oublier les anciens

chioukh des tribus montagnardes qui enserrent

Blida, et, particulièrement, le kaïd des Bni-

Salah, tribu d’origine berbère, dont la montagne

surplombe et domine «la Petite Rose » de la

Mtidja, et qui, de 1830 à 1839, — la période de

l'anarchie, — y a exercé une tyrannie des plus

intolérables.

C'était surtout au Café du Hakem (1), tenu, à cette époque — et depuis près de trente ans — par le Turk El-Hadj-Mosthafa-Karaman, et où le dernier Zakem de Blida, Mohammed-ben-Sakkal- Ali, passait toutes ses journées, voire même une

(1) Ce café existe encore aujourd’hui: il est situé dans la rue du Grand-Café, en face du Djamä-et-Terk (la Mosquée des Turks).

SeN NUL ET

partie de ses nuits; c'était, dis-je, dans cet établissement, que je fréquentais assidument, que je faisais mes meilleures récoltes de renseignements sur l’histoire du pays, et mes études les plus intéressantes sur les mœurs et les coutumes des gens de la ville et de la montagne, pendant les dernières années de la domination des Turks dans la Régence d'Alger.

Dès que mes renseignements furent complets, je me préparai à aller reconnaître dans la zone — plaine et montagne — dont je m'étais proposé d'écrire l’histoire, tous les points ou lieux qui avaient été illustrés par un fait historique ou miraculeux.Je comptais donner tout le temps nécessaire à cette reconnaissance, c’est-à-dire les rares loisirs que me laisseraient les fréquentes expéditions de cette époque, campagnes dont les Tirailleurs Algériens ne manquaient pas une ordinairement : cette brave et vaillante troupe était, en effet, de toutes les fêtes de la poudre, grandes ou petites, proches ou lointaines. En un mot, on ne les ménageait pas.

J'avais résolu de commencer mes excursions par la montagne des Bni-Salah, qu’à cette époque, je n’avais encore ni parcourue, ni escaladée, et je n'étais pas le seul dans ce cas; car, parmi les officiers de la garnison de Blida, on comptait aisément ceux qui avaient eu la témérité d’en faire l’ascension.

J'eus donc recours à l’obligeance si connue de Sid Ali-ben-Mahammed-ben-Hazouth, kaïd des Bni-Salah, et l’un de mes amis du Café du Ha-

kem, pour qu'il voulût bien me pourvoir de moualin el-blad (gens du pays) capables de me guider dans ce massif boisé, périlleux, et sans autres voies de communication que des sentiers de chèvres et des arêtes taillées en lame de rasoir.

Ben-Hazouth fit mieux que cela; il voulut me faire lui-même les honneurs du pays placé sous son administration, et j'en fus d’autant plus heureux, que cet excellent kaïd était de première force sur la topographie de sa montagne, sur les traditions de sà population, et sur les faits historiques auxquels le pays des Bni-Salah avait servi de théâtre.

Ben-Hazouth avait mis le comble à Sa gracieuseté en priant le marabouth Sid Abou-Izar, le chef de la descendance de l’illustre Sidi Ahmedel-Kbir, de nous accompagner pendant tout le temps que pourraient durer mes excursions.

Décidément, les dieux étaient pour moi! car Sid Abou-Izar connaissait merveilleusement nonseulement toutes les légendes concernant son ancêtre vénéré, mais encore celles de tous les saints de la montagne de Blida.

Le kaïd Ben-Hazouth s’était adjoint un jeune et vigoureux Kabil de ses administrés, Mohammed-ben-El-Misraouï, lequel possédait son pays mieux encore qu'il ne connaissait le fond de sa gquelmouna (1).

(4) La guelmouna, où capuchon du bernous, sert à tous les usages : c’est une coiffure, une poche, une besace, un garde-manger,

Sid Abou-Ilzar avait également obtenu de son parent Sid Mohammed-ben-El-Aabed, un maître en hagiographie musulmane, qu’il Paccompagnerait, et, au besoin, le suppléerait dans les pérégrinations que nous allions entreprendre.

Ces dispositions prises, nous nous réunissions pour déterminer notre itinéraire, et fixer le jour de notre départ.

Au jour et à l’heure convenus, le kaïd Ben- Hazouth, à cheval ; les deux marabouths, montés sur de bonnes mules, et Mohammed-ben-El- Misraoui, sur les deux solides jambes qu’il tenait de la générosité des auteurs de ses jours, m’attendaient, avant l’heure (1), devant l’État-Major de la Place, notre direction étant la porte de la Citadelle, devenue, plus tard, la porte Bizot.

Cette première excursion fut suivie de bien d'autres, et je dois dire, à la louange de mes obligeants collaborateurs, qu’ils se montrèrent, chaque fois que j'eus besoin d’avoir recours à eux, d'une précision et d’une ponctualité à faire honte à nos compatriotes.

Tout étant paré et en règle, je donnais le signal du départ, et notre caravane s’ébranlait dans la direction convenue. |

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(1) Il est à remarquer que les indigènes, bien que ne faisant point usage ordinairement de ce capricieux appareil que nous appelons une montre, n’en sont pas moins d’une exactitude irréprochable. Il est vrai qu’ils ont adopté l'heure mililaire, laquelle est toujours en avance de dix à quinze minutes sur celle des horloges publiques.

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