RON
ment pu éviter; car, enfin, nous lui accordons, généralement, la prescience. Cette concession de notre part serait-elle exagérée?.…
Revenons à nos arbres. Quelques-uns n’ont plus que la peau et les os, et ne paraissent se soutenir que par un prodige d'équilibre; ils portent, pour la plupart, les nodosités, les gibbosités, les verrues, ces difformités de toutes les vieillesses, et les traces ineffaçables de la guerre: les uns montrent orgueilleusement leurs membres amputés, les autres leurs troncs troués par les balles, déchiquetés par la hache de nos soldats, ou brûlés pour les besoins du bivouac.
Barbares que nous sommes! incendier, détruire en moins d’une heure des arbres qui ont mis des siècles pour pousser! L’antiquité païienne, qui appréciait la valeur de l’ombre et de la verdure, avait placé les arbres sous la protection de la religion en établissant, comme article de foi, que la destinée des Hamadryades dépendait de certains de ces arbres avec lesquels elles naissaient et mourraient, que ces nymphes des bois avaient de la reconnaissance pour ceux qui les garantissaient de la mort, et qu’au contraire, ceux qui la leur donnaient en coupant, malgré leurs prières, les arbres qu’elles habitaient, recevaient sûrement la peine de leur crime. |
En Afrique, nous aurions eu bien souvent besoin de croire à quelque chose de semblable; car nous avons beaucoup coupé, beaucoup brülé inutilement, et, dans le pays du soleil, il est
de D
incontestable qu'un arbre est infiniment plus utile qu’un homme.
Nous ne pouvons nous lasser d'admirer ces vieux zenboudj : voyez, en effet, leur écorce squammeuse comme la carapace du dragon de lApocalypse, ces nervures qui, partant du pied, s’élancent gracieuses et déliées comme les colonnettes qui soutiennent, on ne sait par quel miracle, les voûtes de nos vieilles cathédrales; quelques-uns de ces végétaux-mastodontes, aux racines avachies, ramassées comme les entrailles d’un animal éventré, présentent, affaissés sur eux-mêmes, un contraste frappant avec leurs voisins musculeux, énergiques, trapus, forts comme la force elle-même.
S’il est une chose qui nous scandalise, c’est bien la hardiesse, le sans-gêne de certains parasites qui se sont installés dans les cicatrices des vieux oliviers, et qui surgissent vaniteusement de quelque cavité comme s'ils étaient les rejetons légitimes de ces contemporains de la création, lesquels leur donnent si généreusement la table et le logement.
Quel charmant et singulier spectacle que celui présenté par les convolvulus, ces fleurs d’un jour, couronnant, enguirlandant ces géants, et les taquinant de leurs espiègleries comme le font des enfants gâtés juchés sur les genoux de leurs grands parents! Par Dieu! ces liserons sont bien familiers! IIS enlacent ces bons vieillards, les couvrent de joyeux baisers, et mêlent leur jeune et tendre verdure au sévère feuillage vert-gri-